Le matin, angle Garnier et Sauvé lors de l’arrivée des élèves vers l’école secondaire Regina Assumpta. (Photo: François Robert-Durand)

« Papa, une voiture m’a presque bousculé aujourd’hui !», dit à son père un élève du Collège Regina Assumpta.

Entre 7 h 30 et 8 h le matin, la circulation automobile est dense un peu partout: c’est l’heure de pointe. Toutefois, aux abords du Collège privé Regina Assumpta situé sur Sauriol, entre Garnier et Papineau, la circulation automobile est non seulement dense, mais elle est dangereuse.  Et pas de quartier pour les piétons!

Sur le passage piéton, alors que les lumières indiquaient Allez-y-les piétons, un ado commencer à traverser. Une voiture force le passage. L’automobiliste sur Sauvé veut à tout prix s’engager sur Garnier pour déposer son enfant devant l’entrée du Collège Regina Assumpta. Marc Coiteux, le père du jeune homme qui a tenté de traverser sur le passage piéton, est en colère.

« Cela fait quatre ans que je signale le problème, aux élus, à la direction, à la police ! On attend quoi pour agir? Un jour, un enfant sera blessé ! On nous promet des comités, des actions, mais peu de choses ont été réalisées : un débarcadère, la rue Francheville bloquée, la piste cyclable sur Sauriol avec le sens unique. Les voitures se garent tout de même en double file, les enfants se faufilent entre les voitures, les automobilistes continuent de passer au rouge. Les enfants ne peuvent toujours pas aller à l’école en toute sécurité. Je viens moi aussi en voiture, mais je ne dépose pas mon fils à l’entrée du Collège, il a des jambes, il peut marcher ! Je me stationne sur Louis-Alphonse-Venne à hauteur de Hamel, il marche ensuite tout seul jusqu’au Collège », explique M. Coiteux.

Des situations…renversantes

Postés non loin du Collège, la journaliste et le photographe du Journaldesvoisins.com ont compté, le jeudi 4 novembre, entre 7 h 30 et 8 h 05, soit sur une période de 35 minutes:

  • 430 voitures qui ont circulé sur Garnier au coin Sauvé;
  • 62 voitures qui ont grillé la lumière sur Sauvé et Garnier;
  • 17 voitures qui ont accéléré brutalement sur Sauvé et Garnier;
  • 74 voitures qui n’ont pas respecté les passages piétons, forçant à 18 reprises des élèves à zigzaguer entre les voitures;
  • cinq (5) voitures qui ont freiné brusquement pour éviter des collisions;
  • cinq (5) conducteurs et conductrices qui ont eu des comportements agressifs (cris, déboitement brusque avec klaxon, etc.).

Le Collège Regina Assumpta reconnaît le problème

Interrogé à ce sujet par le JDV, Michel Laplante, directeur général du Collège Regina Assumpta, déclare:

« Malgré les interventions répétées des policiers affectés à la circulation, le comportement dangereux de certains parents ne change pas. Il y a en a même qui insultent les adultes tentant d’intervenir. […] Nous communiquons régulièrement, demandant aux parents de déposer leurs enfants un peu plus loin, d’utiliser d’autres moyens de transport », dit M. Laplante.

Des surveillants du Collège ont même été mis à contribution à l’entrée de l’établissement. Mais le directeur général du Collège constate que toutes les mesures prises, soit débarcadère et piste cyclable compris, ne résolvent pas le problème. Il lui semble même que le goulet d’étranglement est encore plus prononcé qu’auparavant.

Michel Laplante s’engage à lancer un sondage auprès des parents automobilistes. Il saura alors pourquoi les parents de quelques 1 000 élèves accompagnent leurs enfants en voiture, certains d’entre eux jusqu’au pas de la porte du Collège. Il pourra ainsi leur suggérer des solutions pour désengorger la rue Garnier et ses alentours. Car il y a d’autres moyens d’arriver jusqu’au Collège. Environ 1 000 élèves utilisent les transports en commun tandis que près de 300 adolescents empruntent les autobus scolaires venant de Laval.

Le débarcadère du Collège Regina Assumpta, sur Garnier. (Photo: François Robert-Durand)

 

Le conseiller du Sault-au-Récollet veut faire mieux

« Moi, je crois beaucoup au processus de l’urbanisme participatif. Je m’engage : en janvier 2022, on va s’assoir tous autour d’une table, les riverains, la police, les parents du Collège Assumpta et la Direction du Collège, avec l’AMAAC (ndlr: Association pour la mobilité active d’Ahuntsic-Cartierville) et Ahuncycle. Tout autre organisme […] du quartier est le bienvenu. Nous travaillerons ensemble pour trouver une solution. Si cela convient, pourquoi pas une rue-école sur Garnier ? Le temps de réalisation dépendra des solutions choisies », déclare au JDV Jérôme Normand, conseiller de la ville du district du Sault-au-Récollet.

Le conseiller Normand précise qu’installer une barrière automatique pour barrer la rue demande des prestataires, des soumissions, des permis, etc. et cela peut prendre de un à trois ans. Alors que barrer la rue avec des barrières légères déplacées par des bénévoles peut se mettre en place en quelques mois, voire quelques semaines, selon les cas. Il ajoute que sécuriser les abords du Collège Regina Assumpta entre tout à fait dans les objectifs du Plan local de déplacements d’Ahuntsic-Cartierville.

Lavallois dans la mire/renouveau de Papineau
Frederic Bataille, représentant d’Ahuncyle confie plusieurs idées au JDV. Pour réguler la circulation autour du Collège, il songe, entre autres, à un usage différent de Papineau.

« Le trafic semble provenir majoritairement de Laval. […] Nous avions déjà fait une demande auprès du ministère des Transports pour enlever le statut d’autoroute au moins sur le Papineau. Nous pourrions ajouter une piste cyclable, un couloir pour les autobus, des trottoirs plus larges sur le pont et le reste de Papineau dans Ahuntsic-Cartierville. […] L’objectif de diminuer le trafic automobile serait en partie atteint. […] Au lieu d’accompagner leurs enfants à l’école, les parents pourraient encourager leurs enfants à prendre le vélo ou les transports en commun », propose M. Bataille.

Le porte-parole d’Ahuncycle propose la création d’une voie dédiée exclusivement aux autobus sur Henri-Bourassa, comme le projet du métrobus mentionné récemment pour cette artère, ce qui rendrait les autobus plus fiables. Sans dépendre du trafic, les bus sur la ligne d’Henri-Bourassa arriveraient à l’heure, précise M. Bataille.

Et aussi, suggère-t-il, la fermeture complète aux automobiles sur la rue Sauvé, comme cela se fait déjà dans plusieurs villes d’Europe. La rue Sauvé entre Papineau et Berri serait exclusivement partagée entre vélos, piétons et autobus, précise le porte-parole d’Ahuncycle.

Il faudrait aussi augmenter la capacité de transport : plus de bus ou des bus plus grands. Sur l’axe Est-Ouest, plus de lignes de bus inciteraient plus d’élèves à prendre l’autobus.

« Et puis, augmenter le temps de traverse aux lumières au coin Henri Bourassa et Papineau permettrait aux jeunes d’avoir le temps de traverser. […] C’est sûr les automobilistes seront gênés. Mais, ceux qui ne sont pas vraiment obligés de prendre leur voiture choisiront de se déplacer autrement. Pour les inciter à changer de mode transport, il faut rendre plus difficile le déplacement avec voiture et en même temps faciliter les autres moyens de transport », précise M. Bataille, représentant d’AhunCycle.

Inciter autrement

D’après M. Bataille, le Collège devrait récompenser les employés qui viennent en vélo. Après tout, ils participent à l’effort collectif pour l’environnement et pour la décongestion du trafic.

Pour M. Bataille, l’approche urbanisme participatif, avec la création d’un comité citoyen par exemple, permet de trouver des solutions efficaces et satisfaisantes.

La rue Sauriol, en face de l’école secondaire Régina-Assumpta. (Photo: François Robert-Durand)

« Il faut trouver des solutions. Et on ne peut pas détruire des maisons pour donner plus de place aux automobilistes. Il faut inciter les gens à choisir d’autres moyens de se déplacer rendus fiables et sécuritaires », dit M. Bataille.

Selon le porte-parole d’Ahuncycle, il faut travailler le comportement des parents. Les insultes et les passages piétons forcés ne sont pas acceptables.

Sécurité par le PDQ?/Sécurité par les jeunes?

À ce jour, le commandant Alexandre Lelièvre, chef du poste de police (PDQ) 27, mentionne par courriel au JDV, qu’il pourra avoir un entretien avec le JDV lorsqu’il aura circonscrit la plainte et procédé à son analyse. Il ajoute que pour l’instant, il n’a pas tous les faits afin de répondre correctement aux éventuelles questions du JDV.

Julien Voyer, chargé de projets et développement au Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM) insiste sur la possibilité d’intégrer les jeunes dans ce processus de sécurisation. Il a porté le projet J’identifie, j’agis avec les jeunes de l’école  secondaire Calixa-Lavallée de Monréal-Nord. Des suites de ce travail, les jeunes, en collaboration avec l’arrondissement concerné et d’autres intervenants, ont sécurisé un passage piéton dangereux.

« Après tout c’est la sécurité des jeunes du Collège Regina Assumpta dont il s’agit. Nous pouvons les écouter, les intégrer dans le processus. Ils connaissent très bien les coins dangereux pour eux. Nous pouvons mettre à disposition nos outils. Et nous sommes ouverts pour participer à des événements ou rencontres de type comité citoyen », dit M. Voyer au JDV.

Le CAA propose aussi d’embaucher les jeunes dans ce processus en devenant Brigadier scolaire CAA. Les élèves, après une formation, peuvent assurer la sécurité des plus jeunes élèves. Des experts de la Fondation CAA-Québec analyseront la situation avant la mise en place éventuelle d’une brigade CAA.

Pour Marc Coiteux, père d’un élève du Collège Assumpta, il faut faire quelque chose d’efficace et aller au-delà des rencontres et des promesses.

« Le Collège Regina Assumpta est coincé dans un tissu urbain dense. Il faut réfléchir pour que la rue Garnier ne soit plus la deuxième 440. C’est tout un défi de rendre fluide l’accès des ados à leur Collège. Mais ça fait 20 ans que j’habite Ahuntsic-Cartierville, et j’ai vu que ce problème ne datait pas d’hier ! Je veux juste que cela se règle et que nos enfants soient en sécurité. Il faut arrêter de se lancer la balle, entre la police, l’arrondissement et le collège », conclut M. Coiteux.

Début décembre, la direction du Collège Regina Assumpta prévoit lancer un sondage auprès des parents automobilistes. La direction du Collège se dit prête à collaborer avec les différents acteurs de la mobilité dans son secteur pour trouver une solution.

Le conseiller Jérôme Normand, s’il est réélu, s’engage donc à mettre en place un comité en janvier 2022, avec tous les acteurs concernés, afin d’améliorer la mobilité de ce secteur. AhunCyle est prêt à y participer. Le CEUM peut soutenir dans la mesure de ses moyens le projet citoyen. Le Collège aura, quant à lui, déjà en mains les résultats du sondage qu’il compte effectuer début décembre auprès des parents automobilistes qui viennent conduire leurs enfants le matin.

Reste à savoir si les résultats seront au rendez-vous.

Pour aller plus loin
Rendre les routes plus sécuritaires, CAA-Québec et Vélo Québec partagent la route… et vous? , Et si on partageait la route? , Sécurité routière aux abords des écoles : CAA-Québec vous présente ses règles d’or! , J’identifie, J’agis
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C.L.
C.L.
26 Jours

Nous sommes dans une grande ville….les problèmes viennent depuis l’installation des pistes cyclables…
Eux aussi peuvent prendre les transports en commun….
Pour qq cyclistes la semaine, tout est bloqué…

Pourquoi ne pas garder ces pistes pour les fins de semaine seulement?

Les gens travaillent la semaine….
Les écoliers vont à l’école…

Les cyclistes sont sur les rues même si elles ne pas désignées…

Des choix sont à faire….pour tous…

MSL
MSL
26 Jours
Répondre à  C.L.

En plein ça ! Plus de pistes cyclables, été comme hiver! La fin de la voiture solo. Vous avez tellement raison que les choix sont à faire pour tous et pas que pour les automobilistes. Après tout, ça fait presque 100 ans que tout tourne autour d’eux et ça finit par tourner la n rond! En ville sans ma voiture à tous les jours, ça c’est révolutionnaire. Cette fin de semaine on revient en arrière d’une heure, pas de 4 ans . Pensez-y.

S.L
S.L
26 Jours
Répondre à  C.L.

Non, le problème ne vient pas des pistes cyclables, mais du nombre croissant de voitures. Et détrompez-vous si vous ne voyez pas de cyclistes, ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. D’ailleurs le Journal des voisins a publié un article intéressant à ce sujet il y a quelques semaines. Si vous comptez le nombre de personnes seules dans leurs voitures, vous verrez que toutes ces voitures prennent beaucoup d’espace, enlevant de la place aux piétons et autres usagers. L’ajout des pistes cyclables est bénéfique pour les rues qui en sont dotées, car elles apaisent la circulation et permettent à tous de se déplacer, pas seulement les personnes les plus nanties qui ont les moyens de posséder une voiture. 78% de la chaussée est utilisée pour les véhicules uniquement, et seulement 2 % (à peine) pour les pistes cyclables. Où est l’équilibre? Il n’y en a pas pour l’instant, alors que le vélo est bon pour les gens, leurs santé, pour contrer la pollution, pour rendre les rues plus humaines, pour sécuriser les plus vulnérables et…je pourrais continuer. Si vous allez sur Prieur, vous verrez que bon nombre des élèves de Mont Saint Louis y vont à vélo.

Claude
Claude
18 Jours
Répondre à  S.L

Un des gros problèmes vient du fait que les parents veulent absolument amener leur enfant le plus proche possible de Regina Assumpta… mon Dieu ils ne peuvent marcher quelques mètres ces jeunes !!!

Benoit
Benoit
26 Jours
Répondre à  C.L.

Tellement d’accord avec vous

Marc n.
Marc n.
26 Jours
Répondre à  C.L.

100%d’accord

Didier Tol
Didier Tol
26 Jours
Répondre à  C.L.

Je travaille la semaine et de me déplacer à vélo comme de plus en plus de citoyen soucieux des enjeux environnementaux. Déplacer un ou deux individus de 60-80kg avec un véhicule de 1500 kg qui occupe 3m2 de surface ou sol c’est là le problème. Le vélo est une solution pour limiter le trafic et non l’inverse…
https://ici.radio-canada.ca/tele/le-telejournal-18h/site/segments/reportage/377420/chantier-congestion-famille-transport-en-commun

Annie L.
Annie L.
26 Jours
Répondre à  C.L.

Le vélo est un moyen de transport au même titre qu’une auto. Les rues sont pour tout le monde, ceux qui font le choix de circuler en voiture comme ceux qui font le choix écologique, économique et bien meilleur pour la santé de circuler en vélo. J’amène ma fille à la garderie tous les matins avant de me rendre au travail, le tout en vélo. Je prends moins de place qu’une voiture et je ne pollue pas. En aucun cas je ne bloque le chemin aux voitures !? Je roule plutôt à côté d’une longue file de voitures qui roule pare-choc à pare-choc, justement sur les rues citées dans l’article autour de Regina Assumpta.

Claudette
Claudette
25 Jours
Répondre à  C.L.

Je suis tout à fait d’accord avec vous. En passant, quand je suis piétonne, et je le suis souvent, je donne toujours la priorité aux véhicules (!) parce que si jamais il y a il y a contact entre moi et un véhicule bien c’est pas le véhicule qui va y goûter alors je m’enlève de leur chemin et je regarde quand je traverse la rue. Bien oui, pour moi c’est toujours celui qui peut faire le plus de dommage qui a la priorité. Au lala, vous allez voir le paquet de -moins qui apparaitra! À oui, je ne suis pas une troll.

Lafleur Louis
Lafleur Louis
25 Jours
Répondre à  C.L.

C.L. donne une réponse digne d’un autre siècle tout en ignorant que la source du problème est bien connu; trop d’autos

Raymond Ouellette
Raymond Ouellette
26 Jours

J’ai l’impression que plusieurs parents ne se considèrent pas restreints par les normes et reglements comment l’est la population en général. Je ne m’avancerai pas sur ce qu’en serait la raison. Piéton avec un carrosse, je me suis fait signaler de contourner, par le conducteur d’une voiture arrêté pleinement sur le coin de Garnier et Guillaume-Chambon, de passer derrière sa voiture et carrément dans la voie de circulation sur Garnier. Plutôt, j’ai insisté que ce soit lui qui se déplace dans cette voie! Cette fois, elle s’est pliée à mon insistance, mais quelle indignation de sa part! Beaucoup de ces gens se moquent simplement des règlements parce que ceux-ci ne sont pas appliqués. L’émmission de contraventions, etde façon quotidienne, aux contrevenants, aiderait possiblement, et serait, le nombre de ceux-ci étant sans doute très élevé, une mine d’or pour les coffres de la ville. ”Hit them where it hurts”

Djamel Benati
Djamel Benati
24 Jours

((aussi, suggère-t-il, la fermeture complète aux automobiles sur la rue Sauvé, comme cela se fait déjà dans plusieurs villes d’Europe. La rue Sauvé entre Papineau et Berri serait exclusivement partagée entre vélos, piétons et autobus, précise le porte-parole d’Ahuncycle)))….nous aimerions bien que la journaliste puisse voir le flux de circulation sur toute la rue Sauvé Est pour se faire une idée. Bloquer la rue n est guère une solution recommandable car on desengeoge un tronçon et on punit les autres

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