Laurence Daigneault (à l’avant-plan), présidente du syndicat des enseignant.e.s du Cégep Ahuntsic. Elle pose sur le terrain du Cégep avec d’autres manifestants (Photo: François Robert-Durand).

Une soixantaine d’enseignants du Cégep Ahuntsic manifestaient devant les différentes entrées du cégep le 11 mai. Comme d’autres enseignants à travers le Québec, ils réclamaient de meilleures conditions de travail. Au Québec, les enseignants de  cégep syndiqués à la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec-Confédération des syndicats nationaux FNEEQ-CSN ont débrayé pendant 48 h du 11 au 13 mai.

« Nous ne faisons pas grève de gaieté de cœur. On est arrivé au bout de notre patience. Ça fait un an et demi qu’on négocie. Dès le début de la pandémie, les centrales syndicales ont demandé une suspension des négos, mais le gouvernement a insisté pour continuer. Aujourd’hui, la convention n’a toujours pas évolué. Notre principale demande concerne les enseignants non permanents, comme les chargés de cours de la formation continue. Pour le même travail, ils sont payés environ deux fois moins que les enseignants permanents du régulier. Au Cégep Ahuntsic, nous sommes 600 enseignants, dont environ 40% ont un statut précaire. C’est le cas aussi dans tout le Québec. Je tiens à mentionner que nous ne faisons pas grève à cause du Cégep Ahuntsic. La Direction et l’administration ne font qu’appliquer la convention », déclare Laurence Daigneault Présidente du Syndicat du personnel enseignant du Collège Ahuntsic.

Les statuts

Au cégep, deux enseignements se côtoient. La formation au régulier est la plus connue, fréquentée souvent par des étudiants sortants du secondaire. La formation continue propose à des professionnels déjà sur le marché du travail d’acquérir de nouvelles compétences. Un type de formation qui convient également à des nouveaux arrivants, des personnes en réinsertion ou des personnes souhaitant se perfectionner dans un domaine. Au fil des ans, les cégeps offrent de plus en plus de formation continue. Pour combler la demande, les cégeps doivent embaucher des enseignants; ce sont souvent des chargés de cours non permanents.

L’incertitude

Plusieurs manifestants faisaient des rondes autour du Cégep (Photo: François Robert-Durand).

Souvent, les enseignants non permanents connaissent leurs affectations peu de temps avant le début du cours. Jusqu’au dernier moment, ils ne savent pas s’ils vont avoir une rentrée d’argent.

« C’est difficile de vivre dans l’incertitude, de session en session on ne sait pas si on va travailler, quand et où. Je ne peux pas organiser de vacances avec ma famille parce que je peux être appelée à la dernière minute pour enseigner à la session d’été. Je ne peux pas avoir de projet à long terme. Je ne sais si je vais travailler la session suivante. Souvent au mois d’août je ne sais pas si je vais travailler à la session d’automne et combien d’heures, sur quel cours, » raconte Marie-Pier Ouellette, enseignante non permanente au département Français et lettres au Cégep Ahuntsic depuis 9 ans.

Les heures travaillées

Le travail d’enseignant ne se résume pas au temps passé en classe. Les heures travaillées c’est aussi la préparation des cours et le temps passé à encadrer les étudiants.

« Certains étudiants ont parfois besoin de poser des questions spécifiques sur leurs travaux, sur des examens pour avoir des précisions. Les enseignants non permanents ne sont pas payés pour le temps qu’ils passent à analyser les copies avec les étudiants et à répondre à leurs questions, » ajoute la présidente du syndicat au cégep Ahuntsic.

Les assurances

Si ces enseignants ou leurs enfants tombent malade, ils ne sont pas pris en charge par une assurance.

« Bien qu’ils fassent le même travail, ils ne bénéficient pas des protections de leurs collègues enseignants permanents. J’ai trois enfants, si l’un d’eux tombe malade, c’est mon conjoint qui doit les garder, je n’ai pas la possibilité de m’absenter, » explique Andrée-Anne Clermont, enseignante de littérature française au Cégep Ahuntsic.

Sortir de la précarité

Le changement de statut de l’enseignant passe aussi par le cumul d’heures de cours.

« Si je veux continuer à enseigner, je dois accepter toutes les demandes. Je dois travailler 12 mois par an avec les deux semaines de congé de la construction. Parfois une session au Cégep Ahuntsic, parfois dans un autre Cégep, parfois le soir. Si j’en refuse une, je perds ma place et retarde mon changement de statut, je retarde ma sortie de la précarité, » explique Madame Ouellette.

Au bout de 12 ans de précarité et de stress, Andrée-Anne Clermont changera de statut en septembre prochain.

« Jusqu’à aujourd’hui, je ne savais jamais quel cours j’allais donner. Le cours 101, le cours 103 ou un autre. Ce n’est pas la même préparation. C’est très fatigant. La précarité d’enseignant non permanent a aussi un impact sur le logement. Je vivais dans un logement que j’avais lorsque j’étais étudiante. Nous vivions là avec mon conjoint parce qu’il n’était pas cher. Mais à l’arrivée de mon deuxième enfant, le logement était devenu trop petit. Il fallait déménager. Mais nous n’avons pas trouvé facilement un logement dans nos moyens. Et puis un matin, je reçois un courrier me disant que je change de statut, je deviens enseignante permanente.  Je suis très contente. Mais aussi déstabilisée. Pendant plus de 12 ans, je me suis conditionnée pour m’adapter aux conditions de vie stressante. Je dois réapprendre à fonctionner normalement », dit Madame Clermont.

 Étudiants solidaires

« Nous soutenons la grève des enseignants. Nous sommes d’accord avec leurs revendications. Évidemment, personnellement je trouve un peu difficile de ne pas avoir cours cette fin de session. Contrairement aux étudiants de ma cohorte, je suis censée être en cours cette fin de session. Eux, ils sont en stage. Je dois travailler un peu plus pour les cours non dispensés. Mais d’un autre côté, je soutiens les enseignants. Il faut qu’ils aient de bonnes conditions pour nous enseigner. De bonnes conditions pour les enseignants, c’est de bonnes conditions pour notre éducation. C’est notre futur, » commente Daphné Viau, la vice-présidente de l’Association générale des Etudiants du Collège Ahuntsic (AGECA).

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Isabelle
Isabelle
5 Mois

Excellent texte qui expose les faits et qui décrit très bien les difficiles conditions de travail des professeurs non permanents et la triste et injuste réalité des enseignants à la formation continue qui sont, malheureusement, plus nombreux au fil des ans.

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