Témoignage inédit de Stéphane Tessier,

guide-animateur-historien

La « force » de l’inertie!

 

Le Parc Nature de l’Île-de-la-Visitation est un lieu sans pareil. La nature à quelques jets de pierre de la ville! Sa création au début des années 1980 a été l’œuvre de visionnaires et l’héritage des mouvements citoyens qui ont mis en valeur et protégé ces lieux. Ils sont essentiellement le long de la rivière des Prairies. La création des parcs nature par la Communauté Urbaine de Montréal avait pour but de préserver des milieux naturels dans la métropole du Québec. Ce patrimoine naturel est aussi historique et les divers parcs nature d’est en ouest possèdent des bâtiments patrimoniaux de grand intérêt : la Maison Thomas-Brunet au Cap Saint-Jacques, la Maison Pittfield au Bois de Liesse, le Manoir MacDougall et la maison du chauffeur au Bois-de-Saraguay, la Maison Émeril-Pépin à Ruisseau-de-Montigny et la Maison Bleau à Pointe-aux-Prairies. Elles sont pratiquement tous inutilisées et non accessibles au public malgré qu’elles sont des biens appartenant à la communauté…aux Montréalais. Dans bien des cas, leur état et leur emplacement isolé rendent les choses compliquées.

Le parc nature de l’Île-de-la-Visitation est celui qui est le plus fréquenté en raison de son accessibilité. Je l’ai découvert au mois de juin 2000. En bon Montréalais, je ne connaissais pas ma ville! Tout comme pour Tourisme Montréal! J’ai complété une formation en histoire au milieu des années 1990. J’ai travaillé dans les musées dans le Vieux-Montréal et à l’Île Sainte-Hélène. Puis, un jour au « Sault-au-Récollet » !? Ça ne me disait rien du tout.

D’ailleurs en 2017, j’ai suivi une formation de guide de ville à l’ITHQ et je peux vous confirmer que pour l’industrie du tourisme, il n’existe rien au nord du boulevard Saint-Joseph!

Mon étonnement en 2000 quand j’ai découvert ce lieu exceptionnel avec la plus ancienne église de Montréal (église de la Visitation construite en 1751), le boulevard Gouin et son ensemble de bâtiments patrimoniaux, puis le parc nature avec son Île de la Visitation, le site des Moulins et la Maison Meunier et la Maison du Pressoir. Un héritage provenant directement du régime seigneurial!

J’ai travaillé avec un grand plaisir de 2000 à 2006 pour l’organisme Cité Historia comme guide-animateur, coordonnateur à l’animation et au volet historique. Cité Historia que l’on appelait aussi le Musée d’histoire du Sault-au-Récollet animait le secteur du parc puis à diffuser l’histoire du quartier et de la région du nord de la ville.

Les visiteurs du parc pouvaient visiter dans la même journée la maison du Meunier et la Maison du Pressoir où guide-animateur et expositions étaient offerts au public. Au regret de plusieurs, Cité Historia croule sous les dettes et c’est la faillite. Cette disparition a créé un grand vacuum. Les visiteurs se cognaient à des portes fermées. La faillite a pris tout le monde par surprise (dit-on!).

Je n’étais plus à l’emploi de Cité Historia depuis 2006, mais je suis resté en contact avec le musée et les intervenants locaux comme les sociétés d’histoire. À l’été 2016, j’avais envie de retourner au Sault-au-Récollet. Les parcs nature avaient confié à l’organisme GUEPE spécialisé en l’interprétation et la mise en valeur du patrimoine naturel la responsabilité d’animer la Maison du Pressoir. J’ai eu le grand plaisir de représenter GUEPE à la Maison du Pressoir. Le service d’offre alimentaire à la Maison du Meunier a été contracté à l’organisme la Corbeille de Cartierville à l’ancien Bistro des Moulins géré par Cité Historia.

J’étais très excité de revenir sur les lieux, mais mon enthousiasme s’est effrité peu à peu.

La disparition de Cité Historia est celle aussi d’une compétence. Celle d’animer un site patrimonial et de créer du contenu via des expositions. À la Maison du Pressoir, une exposition sur les communautés religieuses du Sault-au-Récollet a dû être démontée en raison de la faillite et les objets empruntés retournés à ces communautés. Cette exposition située au grenier de l’édifice une fois retiré a laissé cette pièce vide. Il n’a été possible de présenter une humble petite exposition seulement après deux ans! Aux frais de l’organisme GUEPE!

À l’époque de Cité Historia,  recevait des groupes scolaires, associations de retraités, camps de vacances, etc. Nous en recevions à longueur d’année. À mon retour en 2016, la Maison du Pressoir ferme ses portes au grand public à l’Action de Grâce comme auparavant. Mais, il n’était plus question de recevoir des groupes même s’ils sont de Montréal. Parce que c’était fermé. Oui, un bâtiment public fermé parce qu’il est fermé. La « logique » de se faire dire qu’on ne peut plus y recevoir des groupes parce que c’est fermé est méprisant et démobilisant pour les intervenants et les organismes qui sont partenaires avec les Parcs Nature.

Depuis 2016, la Maison du Pressoir qui est un bien public et culturel est fermée au public sept mois par année! Les créateurs des parcs nature en seraient tombés des nues! Restreindre sans explications un bien public à la population est inacceptable et relève d’un manque de vision et de compétence dans la gestion de bien culturel.

Et ce n’est que la Maison du Pressoir! Attendez la Maison du Meunier…

La Maison du Meunier est un lieu stratégique pour le parc. C’était le lieu de rassemblement. On retrouve trois bâtiments « accessibles » au public dans le parc nature de l’Île-de-la-Visitation.

Le Chalet d’accueil dans sa partie est du parc qui est un lieu d’arrivée et de dispersion : les gens vont y prendre de l’information (cartes, plans, documentations…) puis explorent le parc.

La Maison du Pressoir est en retrait et un peu isolée. Tandis que la Maison du Meunier est le lieu!…en fait l’était. La terrasse du Bistro des Moulins, la salle d’exposition, les concerts en plein air, le train-balade…aimaient les lieux. Ce bâtiment compte trois niveaux. La terrasse et le Bistro au niveau de la rivière. L’ancienne salle d’exposition au-dessus du niveau terrasse. Puis tout en haut, les anciens bureaux administratifs de Cité Historia.

Le Bistro des Moulins est devenu le « Festigoût » géré par la Corbeille de Cartierville. L’ancienne salle d’exposition est devenue une salle à manger du « Festigoût » accessible pour les groupes sur réservations. Et l’ancien espace administratif a été vidé ses dernières années et sera occupé par du personnel des parcs nature.

Ce qui va transformer ce lieu de rassemblement en lieu inanimé et dont le deux tiers de l’édifice n’est plus accessible au grand public ou à des organismes (GUEPE et la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville) qui auraient bien aimé profiter de l’ancien espace bureau.

Leur méconnaissance de ce parc, leur parc (!), est stupéfiante. Tout comme celle du quartier où ils se trouvent. Sans oublier que la Ville de Montréal a investi 1,4 million dans cet édifice qui est fermé à la communauté. Ahurissant!

Comme la mauvaise herbe, je me répands un peu partout! Je collabore avec divers organismes à Rivière des Prairies, Montréal-Nord, Ahuntsic-Cartierville, Sainte-Geneviève… J’aime le nord de Montréal! J’ai le même son de cloche de ces organismes : les parcs nature sont incompréhensibles et très opaques en terme de communications. Ils ne consultent pas les organismes partenaires. Et leur immobilisme démobilise.

En ces temps étranges de pandémie, les parcs et les espaces verts sont pour les Montréalais des lieux essentiels. Certains musées montréalais s’adaptent à la situation et vont ouvrir leurs portes à nouveau. Et le musée de la Maison du Pressoir ? Il sera fermé jusqu’en 2021!

Quelque chose ne fonctionne plus dans cette structure. Doit-on confier les édifices patrimoniaux où la mission est de la diffusion culturelle aux arrondissements ?

J’ai adoré y travailler de 2000 à 2006. Mon retour en 2016 a été un mélange de plaisir, mais aussi d’incompréhension et d’amertume. Je suis bouche bée devant les forces de l’inertie.

Stéphane Tessier

Guide-animateur-historien (notamment sur Opération Patrimoine du JDV)

Le 6 juin 2020

 

 

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