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Lettres ouvertes – Semaine du 6 avril 2018

Publié le 31/03/2018
par Rédaction

Le jugement du DPCP sur les circonstances de la mort du cycliste Clément Ouimet :

Une mort hors de tout doute raisonnable

 La déclaration du 21 mars dernier faite par le DPCP, celle qui exempte le conducteur américain de VUS de toute poursuite criminelle, me déçoit, même si je m’attendais à une telle possibilité. Il est difficile de prouver hors de tout doute raisonnable que l’infraction en question ( le demi-tour interdit sur la voie Camillien-Houde) eut été le fruit d’un comportement criminellement délinquant. Il semblerait que le chauffeur n’a pas vu arriver le jeune cycliste et qu’il a jugé qu’il pouvait faire sa manœuvre sans trop de danger, peut-on comprendre dans texte de la déclaration.

Un automobiliste a cependant commis, sur une voie montréalaise,  une manœuvre illégale. Cette manœuvre a eu pour conséquence la mort d’un jeune homme sportif.

L’annonce du décès de ce jeune cycliste, Clément Ouimet, le 4 octobre dernier, avait été un choc pour moi. Mon plus jeune fils a le même âge que le jeune homme qui a été fauché. Durant la belle saison, il voyage tous les jours en vélo pour se rendre au Cégep, pour aller travailler ou pour aller chez ses amis. Tout comme le faisait Clément.  C’est pourquoi mon niveau d’inquiétude a grimpé d’un cran ce jour-là.

La difficile cohabitation vélo-automobile

Nous n’avons jamais eu autant de pistes cyclables à Montréal.  Lorsque j’ai commencé à me déplacer en vélo dans cette ville, il y a de cela plus de quarante ans, il n’y avait aucune infrastructure cyclable et je roulais allègrement, sans casque, brûlant les feux rouges occasionnellement, sans avoir une grande conscience de la dangerosité de circuler en vélo en ville.  Depuis les choses ont bien changé et mon comportement cycliste aussi.  Le vélo est devenu pour moi un véritable moyen de transport soumis aux règles du Code de la route.  Au quotidien, la proportion des véhicules automobiles a plus que doublé et le nombre de vélos, présents quotidiennement dans les rues de Montréal, surtout du printemps à l’automne, a littéralement explosé.  Et la cohabitation entre ces deux modes de transports est devenue de plus en plus difficile, malgré le développement de quelques infrastructures cyclistes dites sécuritaires. N’y a-t-il trop d’autos ou trop de bouchons?

Que prévoit le nouveau Code de la route?

 Comme je l’ai compris, le nouveau Code devrait s’appliquer à tous les usagers de la route et il devrait préciser les obligations et les devoirs de tout un chacun, comme à l’habitude.  Il pourrait y avoir, selon moi,  une modulation des constats d’infractions selon le niveau de dangerosité du mode de transport emprunté.   Je ne prétends pas que tous les cyclistes sont vertueux et que tous les automobilistes sont des contrevenants.  J’ai quand même observé, à force de fréquenter quotidiennement les rues de Montréal et même occasionnellement,  celles de Laval, qu’une proportion relativement importante de conducteurs de véhicules automobiles sur la route ont des comportements discutables ou dangereux. Les conséquences sont parfois tragiques.

La mode est au VUS

 À propos des inquiétants déambulateurs mentionnés plus haut, les Véhicules utilitaires sport (VUS) remportent la palme, selon moi.  Plus ça va et plus je croise de véritables chauffards armés de VUS qui ont des attitudes presque incompréhensibles.  Seulement sur  des rues  relativement tranquilles du quartier Ahuntsic, j’ai eu affaire à des façons de rouler pour le moins dignes du Far West, comme si les règles normales de la civilité ne s’appliquaient plus.  En quelques semaines seulement, durant le mois d’octobre et novembre dernier, j’ai croisé au moins trois VUS à comportements à haut risque, seulement dans mon environnement immédiat.  Parmi eux, nombreux sont ceux qui font des demi-tours illégaux  ou accélèrent sur la rue Fleury armés de leur gros machin et  cela m’inquiète, en tant que cycliste.

Peu de temps après l’accident qui a coûté la vie au jeune cycliste, nous avons appris que le fils du ministre Barrette, Geoffroy, venait vraisemblablement de commettre un délit de fuite après avoir renversé un cycliste au coin de la piste cyclable Rachel et de la rue Saint-Dominique.   Je trouvais que c’était très révélateur du niveau de dangerosité d’un certain type de comportement téméraire et ce, par un conducteur qui est réputé avoir fait plusieurs excès de vitesse. Fait à noter : Il roulait alors avec le VUS blanc de son papa, qui se trouve à être aussi, soulignons-le de nouveau, le ministre de la Santé.  Et qu’est-il advenu du cycliste qui a été blessé à la tête, entre autres? L’histoire ne le dit pas… jusqu’à présent.

Au courant des dernières années, j’ai constaté que plusieurs de mes voisins ont échangé leurs véhicules ordinaires pour des VUS.   Faut-il le rappeler? Cela va à l’encontre des supposées valeurs environnementales qui sont , semble-t-il, si chères aux Québécois.  Les émissions québécoises de gaz à effets de serre, dû au transport, ont augmenté de 20% depuis 1990. Pourquoi alors acheter des VUS?  Pourquoi ne serions-nous pas, en cette matière, une société distincte ? Mais ça, c’est une autre histoire…

Un changement de cap nécessaire

Il est temps, je me répète, qu’on responsabilise les usagers de la route selon leur degré de dangerosité.  Il faut qu’il y ait des conséquences par rapport aux comportements aberrants. On ne peut pas se permettre d’attendre tranquillement que se produisent d’autres drames comme celui qui a emporté le jeune Ouimet.   J’aimerais en outre qu’on garde en mémoire tous ces cyclistes ou tous ces piétons montréalais qui ont été tués ou blessés dans des accidents de la route. Le fait d’être cyclistes ou piétons devrait être mieux valorisé dans notre ville.  Ceux-ci devraient être choyés par nos décideurs et par nos forces policières. Non seulement, ces moyens de transport ne produisent aucun de gaz à effets de serre, mais encore, ils aident leurs usagers à garder la forme.  Pour la société dans son ensemble, il y a un avantage à voir ces gens qui, de par leurs comportements préventifs, favorisés par l’activité physique, pèsent moins lourd sur notre système de santé.  Ce devrait être une autre chose à considérer, surtout en cette ère du tout-à-l’économie. Je mise beaucoup sur la nouvelle administration municipale pour qu’elle accouche de projets visant à faciliter la vie pour les piétons et les cyclistes.  Ceci afin de redonner une proportion plus humaine à la fameuse mobilité dans cette merveilleuse ville en transformation qu’est Montréal.

Fernand Doutre, résidant d’Ahuntsic, montréalais et retraité


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