Rue-École Marie Rivier dans Saint-Michel (Photo Courtoisie)
Rue-École Marie Rivier dans Saint-Michel (Photo Courtoisie)

Les enfants bondissent du trottoir et atterrissent sur la chaussée en plein milieu de la rue ! Pas de danger, c’est le moment de la Rue-École. Pendant 20 minutes, la rue est barrée à la circulation des véhicules, autos et camions, et envahie par des écoliers, fiers de leur autonomie. Hé oui ! Ils sont venus à pied du coin de la rue pour faire leur entrée triomphante dans la zone sécurisée devant leur école. En attendant le début des classes, ils jouent, courent, bavardent, complotent et autres.

Cette scène plaisante pour les uns et étonnante, voire agaçante pour les autres, peut se jouer dans l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville. Il s’agit de projets pilotes Rue-École portés par le Centre d’écologie urbaine de Montréal (CEUM).

Aux heures de début et de fin des classes, la rue devant l’école est fermée à la circulation automobile pendant 15 à 90 minutes, selon les cas. Déjà mises en place un jour par semaine depuis la rentrée scolaire, à l’école Sainte-Bernadette-Soubirous dans Rosemont et à l’école Marie-Rivier dans Saint-Michel, elles remportent un vif succès. Pour Saint-Michel, c’est tous les vendredis la Rue-École.

Rue-École dasn Saint-Michel, école Marie-Rivier (Photo Courtoisie)
Rue-École dans Saint-Michel, école Marie-Rivier (Photo Courtoisie)

« À l’école Marie-Rivier, le 1er vendredi certains parents n’étaient pas contents et ont su nous le dire, confie Mikael St-Pierre. coordonnateur national du Réseau Quartiers verts pour le CEUM au journaldesvoisins.com. Ils auraient voulu déposer leurs enfants devant l’entrée de l’école avec leur voiture. Mais ce jour-là, ils ont dû modifier leurs habitudes : Ils devaient se garer plus loin. Ensuite, soit ils marchaient avec leurs enfants jusqu’à l’école, soit ils les laissaient avec d’autres écoliers dans la même situation, marcher et bavarder pour faire les quelques mètres restants. Toutefois, dès le vendredi suivant, ces quatre mamans, sont revenues nous voir pour exprimer leur grande satisfaction. Finalement, elles sont venues à pied ou ont pris des mesures pour déposer leurs enfants dans une rue un peu plus loin », précise-t-il.

Et dans Ahuntsic-Cartierville ? Journaldesvoisins.com a interrogé plusieurs parents et organismes. Martin Drapeau, parent d’un écolier de Saint-André-Apôtre sur l’avenue de l’Esplanade, pense que ce n’est pas nécessaire pour cette école. Il constate que les voitures ne gênent pas. Il y a de place dans la rue. Et des bus scolaires accompagnent les écoliers, ce qui diminue d’autant le nombre de parents en voiture.

« La rue devant l’école est déjà sécurisée. Elle est en sens unique. Des dos d’âne, une signalisation forte avec des panneaux et des bollards ont été installés. Peu de voitures passent devant l’école. C’est mieux de laisser d’autres écoles qui en auraient plus besoin, profiter de ce projet pilote de Rue-École. Et dans Ahuntsic-Cartierville, les abords de certaines écoles sont encore dangereux» explique M. Drapeau.

L’OPPP de Saint-André-Apôtre est du même avis. Ainsi que Josée Bellemare, mère de trois enfants qui fréquentent cette école. Elle est pour les Rues-Écoles. Elle trouve que c’est une très bonne idée.

 

« Mais, il ne faut pas que ce type de projet entrave l’aménagement du territoire. Les travaux doivent continuer pour sécuriser les abords des écoles et les parcours des enfants de leur maison jusqu’à l’école. Je pense que la Rue-École serait bien à l’annexe de l’école Saint-André-d’Apôtre sur Tolhurst au nord d’Henri-Bourassa. Cela ajoutera un niveau de sécurité bienvenue» dit Mme. Bellemare

Mais elle précise, que la sécurité passe aussi par des mesures de sécurisation telle que pistes cyclables, dos d’âne, bollards, signalisations, etc.

Maintenir les efforts de sécurisation

Emilie Thullier, mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, est aussi de cet avis.

« Les Rues-Écoles, c’est une très bonne idée. Mais je pense qu’il faut aussi continuer nos efforts de sécurisation par d’autres moyens. Poursuivre les travaux annoncés dans le Plan local de déplacements d’Ahuntsic-Cartierville est très important. On y parle de sécurité des enfants, de pistes cyclables, de trottoirs plus larges, de corridors scolaires et bien d’autres mesures pour améliorer la circulation sécuritaire et partagée dans l‘arrondissement », appuie Mme Thuillier.

Rue-école pour l'école Catteau Aurore en Belgique en septembre 2021 (Photo Courtoisie)
Rue-école pour l’école Catteau Aurore en Belgique en septembre 2021 (Photo Courtoisie)

 

Devant d’autres écoles d’Ahuntsic-Cartierville, des voitures se stationnent en double ou triple voie. Trop de voitures, pas assez de stationnements, trop d’insécurité, et voilà que le nombre de parents inquiets augmentent. Et ils finissent par prendre la voiture.

« C’est vrai que moins de voitures augmenterait la sécurité des enfants. Mon enfant fréquentera d’ici cinq ans l’école Ahuntsic. Ce serait bien que les abords de cette école soient plus sécuritaires, souligne Mathilde Ratelle, maman et aussi ancienne élève de Saint-André-Apôtre. Mais je ne vois pas comment installer une Rue-École sur les artères de Saint-Laurent ou Henri-Bourassa. Elles ne peuvent pas être bloquées. Et puis la voiture, parfois on ne peut pas faire autrement que de la prendre. Il faut arriver à l’heure au travail et les bus ne sont pas très fiables aux heures de bureau. Ils sont pris dans le trafic. Et c’est pire si on doit en prendre plusieurs. La sécurité dans le métro est à revoir. J’ai eu un problème un samedi à l’heure du dîner et aucun agent n’est intervenu ! Peut-être par manque de personnel », explique Mme Ratelle.

Toutefois, Mathilde Ratelle participe à l’effort collectif de diminution du nombre de voitures en circulation. Elle pratique le covoiturage. Quand elle travaille, elle dépose plusieurs de ses collègues au métro en rentrant de Laval. Elle se dit prête à prendre les transports en commun, si la fiabilité des bus et la sécurité dans le métro deviennent satisfaisantes.

Plus tard, elle accompagnera à pied son enfant à l’école. Pour la sécurité des écoliers, elle pense que la Rue-École est une bonne idée à mettre en place dans les écoles où c’est possible.

L’importance des acteurs locaux

« C’est important d’établir un partenariat avec les acteurs locaux et de définir le plan d’action pour leur école, précise Mikael St-Pierre, du CEUM. Les problèmes de circulation, de sécurité sont propres à chaque établissement. La Rue-École est un projet pilote basé sur l’urbanisme participatif. Une fois le projet pensé avec tous les acteurs locaux, la mise en place commence. Ensuite on analyse les données auprès des citoyens et citoyennes. Et enfin on réajuste le projet », ajoute-t-il.

Pour Samuel Milette-Lacombe, représentant de l’Association mobilité active Ahuntsic-Cartierville (AMAAC), la Rue-École est très intéressante.

« Les gens vont se rendre compte qu’on peut souvent faire autrement que prendre la voiture pour circuler dans l’arrondissement. La marche ou le vélo sont des possibilités agréables et bonnes pour la santé », précise M. Milette-Lacombe.

Josée Bellemare y voit aussi une façon d’inciter les parents à laisser leurs enfants gagner en autonomie. Après leur avoir appris comment marcher de la maison à l’école à pied ou à vélo, les enfants peuvent faire le trajet seuls.

Rue-École pour Sir James Douglas Elementary School à Victoria en mai 2021 en Colombie Britanique (Photo Courtoisie)
Rue-École pour Sir James Douglas Elementary School à Victoria en mai 2021 en Colombie-Britannique (Photo Courtoisie)

« Ils sont en sécurité, avec les corridors scolaires, les brigadiers, etc. Mais c’est vrai que cela dépend du caractère de l’enfant. Si l’enfant est lunatique, c’est plus difficile » remarque Mme Bellemare.

Pour Frédéric Bataille, représentant d’AhunCycle, la Rue-École est un bon projet.

« Et pour les quelques parents qui ne peuvent pas faire autrement que de venir en voiture, ils verront que partager la rue avec des cyclistes et des piétons est possible », ajoute M. Bataille.

Comment procéder?

Mme Thuillier conseille aux écoles et organisations de parents d’élèves intéressées par une Rue-École de contacter leur élu du district.

M. Bataille et M. Milette-Lacombe accueillent toutes demandes. Il suffit de laisser un message à l’adresse suivante pour l’AMAAC : amaacmtl@gmail.com ou sur le site Facebook de AhunCycle

Tous trois ainsi que M. St-Pierre précisent que chaque école est unique et donc les solutions à mettre en place pour accueillir une Rue-école diffèrent d’une école à l’autre. De plus, il faut le consensus de tous les acteurs de l’école avant de démarrer une rue-école.

Pour en savoir plus : CEUM, AhunCycle, AMAAC, Plan local de déplacements d’Ahuntsic-Cartierville,  Revue des exemples inspirants de rues ludiques et de rues-écoles

 

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