Roger Roy brigadier durant 25 ans pour le Collège Sainte-Marcelline
Roger Roy brigadier durant 25 ans devant le Collège Sainte-Marcelline (Photo: courtoisie)

C’était la fête devant le Collège Sainte-Marcelline. Pensez donc! Le brigadier Roger Roy, 90 ans, prenait sa retraite après 25 ans de service. Grâce à lui, pendant 25 ans, soir et matin, chaque année, 250 enfants et adolescents ont traversé chaque jour le boulevard Gouin en toute sécurité. Ça en fait des jeunes, ça, au bout de 25 ans! Les dangers sont bien présents aux abords des écoles : comme ailleurs, comme à d’autres époques.

Le grand frère Roger Roy décédé en 1927 a 7 ans des suites d'un accident de voiture conduite par un médecin (Crédits: Courtoisie)
À droite, le grand frère Roger Roy décédé en 1927 à  l’âge de 7 ans, des suites d’un accident de voiture conduite par un médecin (Photo : courtoisie)

« Vous voyez cette photo, à droite, c’est mon grand frère Roger Roy. On était 13 enfants dans la famille. Lui, c’était le premier. Il est mort dans un accident de voiture. Un docteur l’a renversé alors qu’il traversait la rue. Roger avait 7 ans. Plus tard, à ma naissance, ma marraine m’a donné le nom de mon grand frère Roger Roy. À chaque fois que je protégeais les enfants sur la traverse, j’avais une pensée pour mon frère. La vie d’un enfant, c’est précieux » raconte M. Roy, aujourd’hui brigadier retraité.

Les élèves, les parents et les policiers ont rendu hommage au brigadier Roy le 23 septembre dernier : des dessins, des ballons, des fleurs et des mots doux, ainsi qu’une lettre de reconnaissance pour bons et loyaux services du poste de quartier 10 (PDQ) du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM) lui ont été remis.

Roger Roy, en tant que brigadier, passait un contrôle médical tous les ans, pour vérifier s’il était apte au service. Les contrôleurs s’assuraient que M. Roy entende bien, voit bien, puisse lever les bras, s’accroupir, se pencher, etc. Et chaque année, des policiers venaient évaluer son travail. Durant toutes ces années, il s’est senti soutenu par le PDQ 10.

M. Roy se souvient qu’il avait suivi une formation au début de sa carrière de brigadier. Il a ajusté certaines pratiques aux spécificités de la traverse devant le Collège Sainte- Marcelline. Un des grands dangers de cette traverse, c’était la descente d’autobus : faire attendre les enfants, le temps de s’assurer que la traverse était sécuritaire, demandait de la concentration, dit-il.

« Je me mettais face aux enfants et je levais les deux mains. Puis je regardais les voitures et reculais jusqu’au milieu de la rue, toujours les enfants en face de moi. Et lorsque tout était beau, je leur faisais signe. Mais je continuais à être vigilant. Certaines voitures passaient à l’orange, c’était dangereux » explique M. Roy.

Le brigadier insiste sur la concentration nécessaire; il faut observer les enfants, les voitures, les autobus et tout l’environnement. Il constate aussi qu’il faut aimer ça, assurer la sécurité des enfants.

Le brigadier M. Roy et Mme Lubin, lors de la fête de départ pour la retraite de M. Roy après 26 ans de service- Crédits : Collège Sainte-Marcelline (FB)
Le brigadier Roy et Mme Suze Lubin, présidente de l’association des parents d’élèves du Collège Sainte-Marcelline qui lui a remis fleurs, mots doux et plaque de remerciement pour bons et loyaux services rendus donnée par le commandant du PDQ 10, lors de la fête de départ pour la retraite de M. Roy après 25 ans de service – Photo : courtoisie

« Durant toutes ces années, il était présent sur la traverse scolaire devant l’établissement, jour après jour, qu’il pleuve, qu’il vente, qu’il neige ou que le grésil sévisse. Monsieur Roy s’assurait avec le sourire, que les voitures s’arrêtent pour laisser passer les écoliers et étudiants. Parfois nous, les parents, pouvions discuter avec lui entre deux passages d’enfants. Je le voyais accompagner les plus jeunes jusqu’à l’arrêt d’autobus, et s’assurer qu’ils montaient bien dans le bus. Avant l’aménagement de la clôture entre l’abribus et le Bois-de-Saraguay, en 2018, les enfants étaient parfois tentés d’aller faire un petit tour dans le bois. C’était dangereux. Monsieur Roy les rappelait », dit Suze Lubin, présidente de l’association des parents d’élèves du Collège Sainte-Marcelline.

Piétons en danger

En 2020, à Montréal, 18 piétons sont décédés à la suite d’une collision, d’après le rapport annuel du Service de Police de la Ville de Montréal (SPVM). Toutefois, le PDQ 10 ne déplore aucun accident impliquant des blessés sur les traverses scolaires. En 2020, les seuls six accidents concernaient uniquement des bris de matériels légers d’après le SPVM.

La sécurité des piétons est un enjeu important. D’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), au niveau mondial, les piétons représentent 22 % des décès dus aux accidents de la route.

De plus « les accidents de la circulation en général coûtent de 1 % à 2 % du produit national brut [..] Les piétons victimes d’accidents, leur famille, leurs amis et leur entourage en général subissent souvent des effets secondaires sociaux, physiques et psychologiques », décrit l’OMS dans son rapport Sécurité des piétons : manuel de sécurité routière pour les décideurs et les intervenants

Sécurisation des piétons

Trois conditions sont nécessaires pour assurer la sécurité des piétons aux abords du Collège des Marcellines : la limitation de vitesse, la signalisation et le passage piéton surveillé.

Malgré le départ à la retraite du brigadier Roy, la relève est assurée. Dès lundi, les élèves ont pu constater qu’ils n’étaient pas seuls pour traverser la rue. Le PDQ 10 avait trouvé un successeur. Il remplaçait déjà M. Roy lorsque ce dernier était malade ou en vacances.

« C’est sûr que ce ne sera pas la même chose qu’avec M. Roy. Il se plaçait au milieu de la rue avant de faire traverser les enfants. Il avait une autorité naturelle : il lui suffisait de lever la main pour dire aux enfants de rester sur le trottoir, même si le feu était vert pour les piétons. Et ils attendaient le signal de M. Roy pour traverser. Avec le nouveau brigadier, ce sera autre chose, différent. Mais les enfants seront toujours en sécurité avec un brigadier » explique M. Grégoire, parent d’une élève du Collège Sainte-Marcelline au journaldesvoisins.com

L’OMS préconise d’autres stratégies efficaces pour augmenter la sécurité des piétons, dont la limitation de la vitesse à 30 km/h. À cette vitesse, le piéton accidenté a 90 % de chance de survie. Si le véhicule roule à 45 km/h, le piéton risque de mourir plus d’une fois sur deux.

Sécurité accrue près des écoles

D’après le Plan local de déplacements d’Ahuntsic-Cartierville, l’Action 5 – Prévoir des corridors scolaires, toutes les écoles de l’arrondissement, devraient être dotées de corridors scolaires. Depuis 2010, l’arrondissement a entrepris de sécuriser les abords des écoles de son territoire, mais il reste encore beaucoup à faire.

Les corridors sont des trajets protégés convergeant vers une école. Ils sont dotés de traverses scolaires, larges trottoirs, éléments pour séparer le trottoir de la rue (bancs, verdissement, etc.), signalisations dynamiques, la présence de brigadiers aux points dangereux.

Avec sa trentaine d’écoles rattachées au CSSDM et les 14 écoles inscrites à la Fédération des établissements d’enseignement privé, l’arrondissement et ses partenaires ont du pain sur la planche.

Le PDQ 27 recense 16 corridors scolaires et le PDQ 10 en annonce six. Pour chaque corridor, le nombre de brigadiers varie de un à plus de cinq, selon les cas. Le PDQ 10 compte 15 brigadiers et deux brigadiers surnuméraires. Le PDQ 10 recherche un brigadier supplémentaire.

Cohabitation/piétons, vélos,voitures

« La sécurité et la convivialité pourraient être améliorées. Aujourd’hui, j’accompagne ma fille en voiture, mais si une piste cyclable était installée, nous viendrions à vélo. Je sais que la ville veut réaménager le boulevard Gouin », ajoute M. Grégoire.

Le Projet de Plan de réaménagement du boulevard Gouin Ouest prévoit en 2022 d’élargir la voie, de rajouter une piste cyclable et un trottoir entre l’avenue Joseph-Saucier et le Collège Sainte-Marcelline.

Des travaux préparatoires se sont amorcés dans ce but tout récemment,  le projet d’origine ayant frappé un premier mur.

Aménagement dans le parc-nature du Bois-de-Saraguay sur le boulevard Gouin entre l’avenue Joseph-Saucier et le collège Ste-Marcellin d’après le Plan de réaménagement du boulevard Gouin Ouest, proposé lors de la séance d’information et de consultation du 18 août 2020, par la Division aménagement et des grands projets et la Direction de la mobilité
Aménagement dans le parc-nature du Bois-de-Saraguay sur le boulevard Gouin entre l’avenue Joseph-Saucier et le collège Ste-Marcellin d’après le Plan de réaménagement du boulevard Gouin Ouest, proposé lors de la séance d’information et de consultation du 18 août 2020, par la Division aménagement et des grands projets et la Direction de la mobilité

 

En 2020, à Montréal, 538 brigadiers, d’une moyenne d’âge de 61 ans, protégeaient les écoliers, d’après le rapport annuel du SPVM 2020. Mais leur nombre n’est pas suffisant.

Parmi d’autres postes de quartiers, le poste 10 – Bordeaux, Cartierville et 27 – Ahuntsic recherchent des brigadiers pour protéger les enfants sur des traverses scolaires. Le salaire annoncé sur le site du SPVM est de 19 $ l’heure.

Roger Roy brigadier âgé de 90 ans - 25 ans de service pour la sécurité des enfants sur la traverse scolaire du Collège Sainte-Marcelline (Crédits Leila Fayet)
Roger Roy brigadier âgé de 90 ans – 25 ans de service pour la sécurité des enfants sur la traverse scolaire du Collège Sainte-Marcelline (Photo : Leila Fayet)

« Pour les nouveaux brigadiers, je dirais : il faut être concentré. Et il faut aimer ça, la sécurité des enfants, c’est important », conclut Roger Roy.

Pour en savoir plus

Liste des corridors scolaires de la zone du poste 10Liste des corridors scolaires de la zone du poste 27Brigadiers recherchés par le SPVM, Recrutement pour emplois civils SPVM

 

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Dessain James
Dessain James
1 Mois

Les matins plus doux, lorsqu’on pouvait se rendre en vélo au travail, mon trajet passait par le collège Sainte Marceline. Continuant mon trajet sur Gouin vers l’Ouest, j’avais l’occasion d’échanger quelques mots avec le brigadier en face de Ste-Marceline, le temps d’un cycle des feux de circulation. Par votre journal, je connais maintenant son nom: Mr Roy. J’oublierais jamais l’image de Mr. Roy faisant des vocalises dans l’abri-bus en face du collège: surpris par le cycliste arrivant à sa hauteur, il me répondait alors qu’il il était dans sa boite à chansons. Merci, Mr Roy, de communiquer toujours votre bonne humeur, mêmes aux cyclistes de passage sur Gouin, ça donnait un bon départ à notre journée. Bonne retraite, bien méritée… et félicitations pour tout ce dévouement.

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