
Saviez-vous que les résidents d’Ahuntsic-Cartierville doivent être reconnaissants aux citoyens qui ont élevé leurs voix afin d’exiger d’être consultés sur l’aménagement du parc Ahuntsic à la fin des années 1980 ?
Ce parc emblématique de l’arrondissement aurait pu être fort différent du lieu que nous connaissons aujourd’hui, soit un site où des aménagements sportifs et récréatifs côtoient un écrin de verdure et un bassin d’eau.

Un vaste projet de complexe
À l’époque, une part importante de sa superficie était affectée à un vaste stationnement incitatif en gravelle. Il était destiné à des usagers du métro provenant en majeure partie d’autres quartiers et de Laval, qui prenaient le métro à la station Henri-Bourassa. Celle-ci constituait alors le terminus de la ligne 2 – Orange. Le parc n’était pas encore doté d’un plan d’eau.
À l’automne 1986, Pierre Lachapelle est élu dans le district Fleury, alors que son parti, le RCM, chasse Jean Drapeau de l’hôtel de ville. Personne n’a encore eu vent des discussions concernant le parc. « Et là, bingo ! La nouvelle sort qu’il y a des négociations entre l’exécutif et un promoteur qui a acquis un terrain de l’Université Concordia sur l’avenue des Pins et qui a obtenu un permis de construire juste avant l’élection », confiait M. Lachapelle au Journal des voisins en 2016.

La Société de promotion immobilière Archiplus prévoit alors la construction d’un vaste complexe multifonctionnel d’une valeur d’environ 100 millions de dollars dans la partie nord du parc Ahuntsic (plan ci-joint). La nouvelle se propage rapidement au début de 1987 et provoque de vives réactions parmi la population.
Le projet d’Archiplus prévoit la construction d’immeubles dans le parc, dont :
- un bâtiment central pouvant atteindre six étages, situé juste derrière la sortie existante de la station de métro Henri-Bourassa, pour des commerces et des condominiums avec un atrium, un jardin d’hiver et une place du marché ;
- un immeuble de bureaux le long de la rue Lajeunesse qui abriterait un CLSC, une clinique médicale et un centre de conditionnement physique ;
- deux immeubles d’appartements : l’un pour les retraités et préretraités, l’autre pour les coopératives d’habitation ;
- un bâtiment municipal, intégrant la sortie du métro, qui pourrait accueillir la future Maison de la culture Ahuntsic ; et
- une galerie commerciale spécialisée au sous-sol du bâtiment central ainsi qu’un grand stationnement souterrain.
L’administration du maire de Montréal, Jean Doré, chef du Rassemblement des citoyens de Montréal (RCM), est favorable au projet et disposée à s’y associer, car il lui permettrait de déléguer au secteur privé plusieurs projets qui tardent à se concrétiser.
L’opposition s’organise
Les résidents du quartier Ahuntsic ne se sont pas montrés impressionnés, et ils se sont mobilisés contre le projet proposé par messieurs Jacques Béïque et Norbert Sporns.
Malgré l’opposition de leur caucus, Jean Doré et son bras droit, John Gardiner, vont de l’avant et tentent de défendre le projet d’Archiplus lors de consultations publiques. Un comité de citoyens de tous horizons se forme pour contrer le projet. Plusieurs dizaines de mémoires sont déposés. Plus de 10 000 personnes manifestent leur opposition en signant la pétition du Comité aménagement espace vert du quartier Ahuntsic,qui réclame que le parc soit maintenu dans son intégrité et avec sa vocation originale.
Antoine Bécotte, cité dans La Presse du 4 novembre 1987, affirme : « Un parc est un parc, et en conséquence, il ne saurait être question d’y permettre la construction d’un vaste complexe multifonctionnel. »
Un rapport de consultation favorable au projet est déposé, mais les divisions persistent au sein du RCM.
En avril 1988, Ken Pastor, président du Comité espaces verts, annonce lors d’une conférence de presse qu’il s’oppose au projet pour des raisons écologiques, commerciales, sociales et financières. Il est entouré du ministre provincial Guy Tardif, de M. Lachapelle, de l’homme d’affaires Jean-Guy Daudelin, de l’ex-président du Conseil du patronat, Sébastien Allard, et de Maurice Richard, qui fait alors une très rare sortie publique concernant un enjeu devenu politique.
En juin 1989, Jean Doré annonce que la ville procédera sur une période de cinq ans à la fermeture progressive du stationnement et au réaménagement du parc. Les promoteurs abandonnent leur projet.
Ce texte a été publié dans la version papier du JDV du mois d’octobre 2025.
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