
La mairesse sortante, Emilie Thuillier, a annoncé qu’elle prendra quelques semaines ou mois de repos pour réfléchir.
« J’ai surtout besoin de prendre un temps pour moi et pour mes enfants. Puis de voir ce que j’ai envie de faire », a-t-elle confié en entrevue au Journal des voisins (JDV).
Une chose est certaine, on ne verra pas le nom d’Emilie Thuillier sur une prochaine liste électorale. « Je ne me présenterai pas au niveau provincial ou fédéral », a-t-elle affirmé. Son attitude s’explique par sa vision de la politique. Elle croit à l’impact local et presque immédiat. « Je faisais de la politique pour intervenir dans mon milieu. C’était un moyen d’agir. »
Cette conviction, elle la partage volontiers avec ceux qui le lui demandent. « Je le dis souvent à des gens : quand un parti ne vous ressemble plus ou que vous n’êtes pas d’accord avec ce qui se fait, eh bien expliquez-vous. Parce qu’un parti, ce sont des gens qui s’engagent et qui discutent des orientations. Il y a certes un chef, dont la voix sera un peu prépondérante, mais sinon, les idées sont celles des gens qui s’investissent dans le parti. »
Engagée en politique depuis vingt ans, Mme Thuillier a d’abord été attachée politique au sein du jeune parti Projet Montréal pendant quatre ans, puis conseillère de Ville d’Ahuntsic pour deux mandats. Ensuite, elle a dirigé l’arrondissement comme mairesse durant huit années.
L’engagement a un coût
Son questionnement actuel découle de la cadence soutenue de travail qui a marqué ses mandats. « Je n’ai jamais compté mes heures. Je faisais 40-50 heures toutes les semaines depuis 16 ans. Je travaillais les jours, les soirs, les fins de semaine. J’ai eu deux enfants et je n’ai pas eu de congé de maternité parce qu’à l’époque, ce n’était pas pour les élus. Je prenais quelques vacances, mais très courtes », raconte-t-elle.
Nous assurant n’avoir jamais rêvé d’une carrière politique, elle regarde son parcours avec lucidité et s’interroge : « Est-ce que j’ai envie de continuer à ce rythme ? Parce que lorsque je m’implique, je le fais entièrement. » Pour autant, elle ne regrette ni les efforts ni les sacrifices consentis : « Cela a été une merveilleuse aventure, et je me sens vraiment privilégiée. »
Quant au bilan de son parti, désormais dans l’opposition, elle préfère regarder la face brillante de l’histoire. « C’est notre action politique qui a transformé la ville, a-t-elle dit. Je reconnais que tout le monde n’est pas d’accord avec nous, mais c’est notre vision de la ville. Ce sont des quartiers à part entière, ce n’est pas une banlieue-dortoir. Danielle Pilette, professeure d’université, qui est souvent appelée à commenter comme experte la scène municipale, dit que Projet Montréal a fait entrer Ahuntsic-Cartierville dans les quartiers centraux. »
Quelles options ?
Mme Thuillier considère avoir eu un parcours optimal, riche en enseignements. « J’ai fait quatre ans comme attachée politique et j’ai appris énormément de choses dans un parti qui naissait. Et lors de mes huit ans de mandat comme conseillère, j’ai fait partie du comité exécutif de coalition de novembre 2012 à novembre 2013, l’année où l’on a eu [Projet Montréal] trois maires. »
Une expérience en politique assez particulière puisque, dans ce comité exécutif, plusieurs partis étaient représentés. « Cela m’a donné l’occasion de voir tellement de choses à une époque assez trépidante », se souvient-elle.
C’était l’époque de la commission Charbonneau, des démissions sur fond de scandale de corruption du maire Gérald Tremblay et du maire intérimaire Michael Applebaum, ainsi que des départs en masse du parti Union Montréal, qui était au pouvoir avant sa dissolution.
Emilie Thuillier a aussi été, lors de la dernière année, présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, ce qui lui valait d’être pressentie par plusieurs comme candidate idéale à la mairie de Montréal. Cependant, une année avant le scrutin, elle avait annoncé qu’elle se représenterait plutôt à la mairie d’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville.
« C’est un parcours exceptionnel dans le sens premier du terme [rare], parce que ce n’est pas tout le monde qui fait cela ; ce ne sont pas des métiers [élus] qui courent les rues », observe-t-elle.
Ce parcours, enrichi de compétences et d’expériences, serait aussi précieux pour les élus actuels. Mme Thuillier souhaite d’ailleurs appuyer les élues de Projet Montréal en place. « Je vois beaucoup mon rôle en soutien à mes collègues en ce moment, puisque deux conseillères municipales de Projet Montréal ont été élues à Ahuntsic-Cartierville et vont continuer à travailler pour les gens de plein de façons différentes.»
Émilie Thuillier promet enfin une chose : elle ne jouera pas aux « belles-mères » lors des prochains conseils d’arrondissement.
Cet texte a été publié dans la version papier du JDV de décembre 2025.
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