
L’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM) annonce, à compter du second semestre 2026, une grande première, à savoir la présence d’une équipe mobile de médecins formés à l’usage de l’ECMO auprès des patients en arrêt cardiaque hors des hôpitaux, sous la supervision du Dr Yiorgos Alexandros Cavayas.
Spécialiste en soins intensifs à l’HSCM, le Dr Cavayas effectue des recherches sur la façon dont les échanges gazeux pulmonaires et extracorporels peuvent affecter le cerveau. L’une de ses recherches porte sur l’usage efficient de l’ECMO en situation d’arrêt cardiaque, et il a conçu un projet dont la phase expérimentale devrait commencer en mai-juin avec pour objectif de gagner du temps et d’augmenter les chances de survie des patients avant leur arrivée à l’hôpital.
Un besoin bien réel
À ce jour, les personnes en arrêt cardiaque critique doivent être transférées dans un centre hospitalier à même de pratiquer l’oxygénation par membrane extracorporelle, ou ECMO (Extracorporeal membrane oxygenation). Ce déplacement augmente les risques que le patient ne survive pas ou subisse de graves séquelles, comme un dommage au cerveau.
L’ECMO est une forme d’intervention quelque peu complexe qu’on applique aux patients atteints de graves problèmes de cœur ou de poumon aux soins intensifs. Elle permet de suppléer temporairement les fonctions de ces organes pendant leur défaillance.
Moins d’une dizaine de centres hospitaliers à travers la province disposent de l’appareil nécessaire à cette pratique, dont l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal. Par ailleurs, l’HSCM fait partie des rares hôpitaux à l’utiliser pour les deux organes.
Un rapport de Cœur + AVC paru en 2024 indique que 60 000 arrêts cardiaques surviennent chaque année en dehors des hôpitaux au Canada. Plus alarmant encore, neuf victimes sur dix y succombent. Ce taux élevé de décès s’explique, entre autres, par le délai d’intervention.
En situation d’arrêt cardiaque, le patient fait face à des dommages cérébraux irréversibles après une heure. D’où l’importance de réagir très rapidement, explique le Dr Cavayas. Si le transfert d’une personne à l’Hôpital du Sacré-Cœur prend, par exemple, 48 minutes, il faut encore compter environ 15 minutes pour installer l’appareil. La phase critique est alors déjà amorcée. Rétablir le plus vite possible la circulation du sang dans le cerveau grâce à la machine, peu importe le lieu – en dehors des hôpitaux –, constitue donc le défi logistique auquel s’attaque ce projet.

Vers une avancée majeure
Outre le Dr Cavayas, l’équipe affectée au projet comprend notamment l’urgentologue Alexis Cournoyer et l’anesthésiologiste Lawrence Leroux. Ils accompagneront les ambulanciers dans le cadre de leurs interventions sur le terrain. Ce projet pilote permettra de collecter un ensemble de données visant à démontrer sa faisabilité et son caractère bénéfique pour la population.
Des simulations en amont ont d’ailleurs donné des résultats probants, pour ainsi dire quasi parfaits. « On pense pouvoir gagner beaucoup de temps avec ce système, confie Yiorgos Alexandros Cavayas. Avec une équipe [d’Urgence santé] stationnée à l’Hôpital du Sacré-Cœur, selon nos simulations, nous atteindrions près de 99 % des personnes en situation d’arrêt cardiaque à temps pour leur appliquer l’ECMO. » En l’état actuel, moins de 50 % des patients peuvent bénéficier de cette technologie.
Cette approche constitue un bond de géant dans la procédure d’intervention médicale en cas d’arrêt cardiaque en dehors des hôpitaux, d’autant plus qu’elle n’est employée dans aucune province canadienne, ni nulle part ailleurs en Amérique du Nord.
Une étude quinquennale
Il faudra patienter pour connaître la conclusion du projet et envisager la généralisation de cette innovation. Le Dr Cavayas se donne cinq ans pour collecter les données utiles à son étude. Outre un nombre d’interventions conséquent visé, celle-ci prendra en considération la coordination avec le 911, suivant un protocole établi pour mobiliser l’équipe ECMO. Cette étude innovatrice se fera en alternance avec les modes d’intervention actuels, de sorte que, certains jours, les médecins n’accompagneront pas les ambulanciers. Le projet cible des patients de 70 ans et moins, et il y aura toujours une équipe à l’HSCM pour intervenir sur les patients présents à l’hôpital.
La première phase du projet – axée sur la faisabilité – est financée par la Fondation de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.
Restez informé
en vous abonnant à notre infolettre
Vous appréciez cette publication du Journal des voisins? Nous avons besoin de vous pour continuer à produire de l’information indépendante de qualité et d’intérêt public. Toute adhésion faite au Journal des voisins donne droit à un reçu fiscal.
Nous recueillons des données pour alimenter nos bases de données. Pour plus d’informations, veuillez vous reporter à notre politique de confidentialité.
Tout commentaire sera le bienvenu et publié sous réserve de modération basée sur la Nétiquette du JDV.
