La murale hommage à Robert Charlebois

Robert Charlebois est revenu dans le quartier de son enfance en décembre passé. Une très rare visite à Ahuntsic.

L’occasion était la signature de la murale La belle parole, qui lui rend hommage, sur le boulevard Saint-Laurent. Elle est située à moins de 500 mètres de la maison de son enfance, qui se trouvait à l’angle des rues Grande-Allée et Prieur.

La murale elle-même fait face à l’épicerie Maxi, qui fut à l’époque de jeunesse de Charlebois l’épicerie Dionne. « C’est là que j’ai eu mon premier contact avec la finance. Les gens me donnaient 30 sous quand je mettais les cannes de bines en dessous des œufs, et non l’inverse », raconte-t-il en riant.

Les souvenirs d’enfance et d’adolescence de Robert Charlebois sont en fait un pan de l’histoire d’Ahuntsic-Cartierville. C’est en discutant avec lui qu’on appréhende le mieux cette particularité.

« Il y avait Johnny Rougeau, le lutteur, qui avait une grosse Cadillac Eldorado. Puis, des fois, il m’amenait au collège André-Grasset le matin », se rappelle-t-il. André-Grasset était alors au milieu de champs et de terrains nus. « On allait camper avec les scouts autour du collège André-Grasset. J’ai vu se construire la voie élevée qu’on appelle le boulevard Métropolitain », précise-t-il.

Ce retour à Ahuntsic fut l’occasion de rappeler de nombreux autres moments clés dans la vie de l’artiste. Il dit tout devoir à ce quartier qu’il évoque avec une certaine nostalgie dans la chanson Limoilou : « J’aurais jamais dû partir de Montréal, j’aurais donc dû rester sur la Grande-Allée. » La Grande-Allée, c’était la rue de son enfance, et non le célèbre quartier de la capitale nationale, comme on pourrait le supposer dans un texte qui fait référence à La Cité-Limoilou, un des six arrondissements de la ville de Québec.

Revenir au début

Le jeune Robert Charlebois s’est initié à la musique avec son ami Tony, avec qui il apprenait à jouer du piano. « Tony venait jouer du piano chez mes parents, et moi, je chantais La Boulée », se souvient le chanteur en parlant de la chanson Le Bal chez Boulé, une vieille « toune » du folklore québécois. « Tony faisait des chansons avec des noms de filles, et ma mère me disait : “La Boulée, c’est du folklore ; pourquoi tu ne fais pas comme lui ? Chante des noms de filles dans tes chansons, ça va marcher !” Aujourd’hui, je me rends compte qu’elle avait raison. »

Sa mère avait tellement vu juste que, plus tard, Charlebois a évoqué son quartier dans une autre de ses chansons parlant effectivement d’une fille – Miss Pepsi : « Elle a été Miss Ahuntsic, Mademoiselle Club Nautique, Miss Hospitalité, Miss Personnalité… »

Mais c’est avec son grand ami et voisin, Jean-Guy Moreau – il habitait sur la rue Berri – qu’il s’est lancé dans la chanson plus sérieusement. C’est avec lui qu’il montera sur scène. Les toutes premières fois, au collège Saint-Paul, puis au Saranac, une boîte à chanson mythique du quartier.

Plus que de fouiller dans la mémoire de Charlebois, il faudrait carrément se lancer dans des fouilles archéologiques pour retrouver ce lieu où tout a commencé. « Le collège Saint-Paul n’est pas loin d’ici », dit Charlebois alors que nous étions à l’angle de Fleury Ouest et Saint-Laurent. « J’allais là à pied tous les matins de l’hiver. Et la boîte, Le Saranac, c’était mes premiers concerts avec Jean-Guy. Vous connaissez ça, Le Saranac ? C’était entre le collège Saint-Paul et chez moi. Quand on avait 50 personnes, on disait “Wow, y a du monde ce soir !” »

Mais où était donc Le Saranac ? Il a fallu ouvrir une carte sur Google Maps et refaire virtuellement avec Charlebois le chemin qu’il suivait pour s’y rendre. « Le collège Saint-Paul, c’est  le premier collège laïc à Montréal », se remémore l’artiste. Aurait-il lui aussi disparu, comme Le Saranac ? « Non, l’immeuble est encore là. Le terrain de football est encore là », assure Charlebois. Et il a bien raison. Au bout de quelques minutes, le mystère est résolu. C’est à partir du collège Saint-Paul que le collège Bois-de-Boulogne a été construit. On est à la frontière d’Ahuntsic et de Cartierville. Quant au Saranac, il était juste à côté, au 235, boulevard Henri-Bourassa Ouest. Le terrain accueille aujourd’hui un immeuble de condos.

Charlebois est bien revenu à Ahuntsic, et sa mémoire n’a pas besoin d’un Boeing bleu de mer.

Un hommage de la communauté

 La murale La belle parole, portée par l’organisme Prévention du crime Ahuntsic-Cartierville (PCAC), est née d’une vaste mobilisation communautaire. La peinture rend hommage à Robert Charlebois et à la langue française, en intégrant des extraits de ses chansons.

Réalisée sans l’aide du programme d’art mural de la Ville de Montréal, elle a pu voir le jour grâce au soutien financier du CANA, du CACI et des œuvres Marie-Anne-Lavallée, ainsi que de l’arrondissement.

Lors de l’inauguration, la mairesse Maude Théroux-Séguin a salué le travail de PCAC et de son ex-collègue Emilie Thuillier. Le propriétaire du mur, Jean-Pierre Lefebvre, s’est dit honoré d’accueillir une œuvre consacrée à un artiste qu’il admire depuis son enfance.

 Les muralistes Fred (Fuze One), Dodo Ose et Zek du collectif Tyxna ont aussi généreusement consacré une partie de leur temps à la réalisation de la peinture.

Ce texte a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.



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