Halte-chaleur
Un employé de l’entreprise Cohab sert des repas aux usagers de la halte-chaleur dans Ahuntsic-Cartierville. Photo : Katina Diep/JDV

La halte-chaleur de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville a accueilli près de 800 personnes en situation d’itinérance jusqu’au 5 mars.

La halte est aménagée dans le chalet du parc Ahuntsic sur la rue Lajeunesse, à quelques pas de la station de métro Henri-Bourassa.

Lorsque le Journal des voisins (JDV) s’est rendu sur les lieux, le 5 mars, la température pouvait atteindre -17 degrés Celsius durant la nuit à l’extérieur, selon Environnement Canada.

À l’heure d’ouverture, soit vers 21 h, des usagers ont franchi les portes pour chercher un lit et aussi pour avoir un repas chaud à prix modique, ainsi que d’autres aliments préparés. La division des communications de la Ville a confirmé que 11 personnes y ont passé la nuit.

C’est en février que Montréal a conclu une entente avec l’entreprise privée Cohab, spécialisée en services de sécurité, un contrat de gré à gré qui a coûté un peu plus 126 000 $.

Initialement, la halte devait être disponible pour seulement 15 nuits. C’est la chute du mercure qui a justifié le prolongement des services par la Ville de Montréal. Notons que la halte-chaleur sera ouverte jusqu’au 31 mars.

Ce sont des employés de l’organisme Cohab, qui accueillent des usagers, ainsi qui préparent les repas.

Depuis son lancement, le service a accueilli des personnes d’Ahuntsic-Cartierville.

Dans une entrevue accordée au JDV, la cheffe de division-développement social, Marie-Josée Trudeau, a rappelé que les problèmes d’itinérance demeurent une priorité pour la municipalité.

La possibilité qu’il manque d’espace existait toujours alors que les places sont limitées.

Or, cela n’a pas été le cas. La Ville de Montréal offrait tout de même un service de navettes vers d’autres arrondissements, comme celui de Villeray-Saint-Michel-Parc-Extension.

C’est donc une première initiative et Mme Trudeau dit que le « test est concluant » et que son équipe devra se pencher sur la question pour l’an prochain.

Cohab à ses débuts

Le président de l’entreprise Cohab, François Raymond, se dit satisfait de cette première entente dans Ahunstic-Cartierville. Le jeune regroupement offre un service de sécurité en itinérance.

Selon le gestionnaire, son mandat est différent de ce qui existe actuellement. En effet, l’idée est d’embaucher des agents de sécurité, qui portent aussi le titre d’intervenants psychosociaux. Ces derniers œuvrent dans les secteurs où on a observé des problèmes d’itinérance à Montréal.

En entrevue avec le JDV, M. Raymond a expliqué que le personnel intervient dans les centres commerciaux, par exemple, lorsqu’une personne ne veut pas quitter les lieux. Un membre du personnel peut être appelé à travailler de pair avec un autre agent de sécurité sur place.

Le dirigeant a insisté sur l’importance de prendre le temps de parler à la personne concernée, qui rappelle qu’il est lui-même un ancien intervenant.

Une fois qu’un lien de confiance est établi, dit-il, les personnes sont redirigées vers d’autres ressources.

La mission de l’entreprise est de travailler en collaboration avec la Ville, un lien qu’il a aussi établi ailleurs depuis la création de l’entreprise en 2024. D’ailleurs une première halte-chaleur était en place dans l’arrondissement de Saint-Laurent.

M. Raymond rappelle aussi que le financement des services dépend des budgets disponibles et cette année il est pris dans les sommes allouées à la sécurité par la Ville.

Portrait méconnu de l’itinérance

La professeure adjointe à l’École de travail social de l’Université de Montréal, Dominique Gaulin, soutient que des préjugés existent encore envers les personnes en situation d’itinérance. « Des gens pensent encore à un vieux monsieur qu’on aperçoit au coin de la rue », illustre-t-elle.

Elle a constaté que le phénomène de l’itinérance « a plusieurs visages ». On songe aux femmes et aux jeunes qui sont touchés, notamment dans la couronne nord de Montréal, incluant l’arrondissement.

Ainsi, elle tient à rappeler que l’itinérance est parfois invisible, ce qui donne l’impression qu’elle n’existe pas. Mme Gaulin ajoute qu’on doit s’attaquer aux causes de l’itinérance, entre autres par un meilleur accès aux logements.

Par ailleurs, la professeure se dit ambivalente par rapport au mandat de l’entreprise de sécurité Cohab. En effet, un agent de sécurité n’a pas la même vocation qu’un intervenant social et elle y voit en quelque sorte un paradoxe. La spécialiste trouve que l’image d’un agent de sécurité fait plutôt appel au danger.

L’objectif des élus

Les enjeux d’itinérance font partie des priorités du côté des élus de la métropole. La mairesse de l’arrondissement d’Ahunstic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, partage cette opinion. Elle avait souligné l’importance cruciale de la continuité du service « la chose logique et humaine à faire », en évoquant la halte-chaleur.

Enfin, le cabinet de la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a annoncé en décembre dernier avoir trouvé 500 nouvelles places dans les haltes-chaleur pour l’ensemble du territoire de la métropole.



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