Vers 1900, la municipalité du village d’Ahuntsic n’avait pas encore d’église catholique sur son territoire. L’époque des auberges de villégiature en était à ses dernières années, et il manquait de lieux de rencontre. Une importante partie de la vie communautaire et associative des résidents d’Ahuntsic se déroulait donc à l’église de la Visitation du Sault-au-Récollet ou sur son parvis.
À cette époque la salle Latendresse, propriété de M. Louis Latendresse, membre du conseil municipal, maître de poste et boucher ( Photo 1), a joué un rôle primordial dans la vie de la communauté.

C’est à cet endroit qu’a eu lieu le premier conseil de la municipalité du village d’Ahuntsic, le 15 février 1897. Ce soir-là, il fut voté « que la salle Latendresse, où se tiendront les réunions du conseil, soit louée pour un an pour le prix et la somme de 30 piastres ». À l’époque, la salle était logée dans un bâtiment à l’architecture rurale modeste (photo 2). Elle constituait tout de même déjà un lieu important pour des organisations telles que l’Ordre des forestiers catholiques et la Société des artisans canadiens-français. On y présentait aussi des concerts.

Le bâtiment était stratégiquement situé au nord-est du carrefour des deux voies de circulation principales du village, la rue Lajeunesse et le boulevard Gouin, ainsi désignés peu après l’annexion d’Ahuntsic à la Cité de Montréal en 1910. Il se trouvait à courte distance de marche de la gare de tramway d’Ahuntsic.
En 1904, sur les mêmes subdivisons du lot 236, M. Latendresse fait bâtir un magnifique immeuble commercial (Photo 3). La boucherie de M. Latendresse fait face au boulevard Gouin. Divers commerces, dont un restaurant, ont pignon sur rue sur Lajeunesse. La salle Latendresse est à l’étage du bâtiment. Pendant plus de quarante années, elle sera un lieu important de la vie civique et sociale du quartier Ahuntsic. Le conseil municipal d’Ahuntsic continue à s’y réunir jusqu’à l’annexion à Montréal.

En plus des concerts et conférences présentés par des organismes comme le Cercle dramatique national d’Ahuntsic, un nouveau type d’utilisateurs apparaît au début des années 1910 : les organisations sportives. Au début, l’Association artistique et athlétique Ahuntsic ltée (AAAA) et Les amusements Ahuntsic mêlent activités culturelles et sportives. C’est dans cette salle, en octobre 1913, que Les amusements Ahuntsic annoncent la construction d’un « patinoir » et que l’échevin Tréfflé Bastien se porte garant de tout dépassement de coûts.
De nombreuses assemblées citoyennes y ont lieu. Notons la convocation, en janvier 1911, du Comité des citoyens d’Ahuntsic, qui proteste contre « la manière d’agir de la Cité de Montréal vis-à-vis l’annexion de ce quartier ». Au cours des années 1920, la section Saint-Nicolas de la Société Saint-Jean-Baptiste y tient des rencontres et des événements-bénéfice.
En mai 1933, l’Association des citoyens d’Ahuntsic convoque ses membres, et la Commission des secours directs annonce que la Ligue des jardins populaires y tiendra une réunion.
À tous ces événements s’ajoutent de nombreux banquets pour souligner des anniversaires, des mariages ou des funérailles.
Des assemblées politiques partisanes et des débats s’y tiennent de façon constante pendant 40 ans lors des élections municipales. M. Alfred Legault, échevin de 1924 à 1934 et membre du Comité exécutif de Montréal de 1932 à 1934, y a fait plusieurs discours. En 1932, Fernand Rinfret, maire de Montréal de 1932 à 1934, s’exprime à ses côtés. M. Legault y retournera en 1938 et 1943 lors de tentatives infructueuses pour se faire réélire.
Au provincial et au fédéral, on y tiendra principalement des réunions et rassemblements électoraux des libéraux. Les joutes oratoires opposaient des candidats à l’investiture pour ce parti. M. et Mme Latendresse (née Georgine Lajeunesse) étaient des libéraux engagés. Madame a d’ailleurs été présidente du Club des femmes libérales de Jacques-Cartier, section Ahuntsic. Le parti recevait des appuis importants dans Ahuntsic. Les deux époux décèdent successivement en 1939 et 1941.

Le bâtiment conserve sa vocation commerciale jusqu’à son expropriation et sa démolition par la Ville de Montréal vers 1966. Montréal fait alors table rase des derniers immeubles sur la rue Lajeunesse, au nord de Gouin, pour compléter l’aménagement d’accès automobiles rapides au pont Viau.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV papier du mois d’avril 2026.











