Sur la piste du monarque

Monarque adulte sur asclépiade. Photo : Émilie Forget-Klein

Écouter cet article

L’été, les fleurs sont si belles ! Les asters, les rudbeckies, les asclépiades : avec leurs couleurs vives, elles sont un véritable festin pour les yeux ! Et les insectes visitant les fleurs sont eux aussi loin d’être ternes.

Monarque adulte sur asclépiade. Photo : Émilie Forget-Klein

 L’un d’entre eux, de son orange vif, avait capté mon attention un matin ensoleillé de juillet. Un monarque tournait autour d’un plant d’asclépiades, l’unique source de nourriture de ses chenilles. Curieusement, il ne semblait pas intéressé par leur nectar. D’une trajectoire semblant presque aléatoire, il se promenait d’une feuille à l’autre, choisissant rarement deux feuilles sur la même plante. D’un geste rapide et discret, que je n’aurais peut-être pas remarqué sans mon appareil photo, il recourbait son abdomen sous chaque feuille visitée.

« Est-ce possible ? » pensai-je… Une fois le monarque parti, j’ai soulevé une des feuilles sur lesquelles il s’était posé. « OUI ! » Sous la feuille se trouvait un minuscule point blanc : un œuf. En l’observant de plus près, il était légèrement ovale et orné de petites stries à peine visibles. J’ai soulevé une autre feuille et, là, encore, un autre œuf. La biologiste en moi se réjouissait à l’idée de suivre le développement des œufs et des chenilles qui en écloraient. Ce fut le début d’un été passé à quotidiennement visiter cette parcelle d’asclépiades. Ce que j’y ai découvert était tout à fait fascinant.

Chenille de monarque peu de temps après son éclosion. Phot : Émilie Forget-Klein

 

Les chenilles étaient blanches et minuscules à leur sortie, mesurant environ 2 mm. Or, en se gavant d’asclépiades, elles devaient atteindre 50 mm de long en une à deux semaines ! Pourtant faciles à repérer jour après jour grâce aux trous qu’elles laissaient en grignotant les feuilles, elles disparaissaient toutes après quelques jours de suivi. J’étais ainsi confrontée à l’idée décevante qu’elles s’étaient peut-être fait dévorer par des prédateurs. Après tout, les monarques pondent des centaines d’œufs et n’offrent pas de soins parentaux : deux caractéristiques partagées par des espèces qui subissent un taux de mortalité particulièrement élevé avant l’âge adulte, comme les poissons et les grenouilles.

Monarque pondant un oeuf. Photo : Émilie Forget-Klein

Afin de découvrir les prédateurs des chenilles, j’ai ainsi commencé à prêter attention aux autres visiteurs des asclépiades. Au fur et à mesure que l’été avançait, toute une communauté d’organismes se révélait à moi. D’abord, les pucerons jaunes du laurier rose se multipliaient sur les tiges et sous les feuilles, occupant de plus en plus d’espace. Étant des suceurs de sève, ils n’auraient pas pu être les coupables.

J’observais également un grand nombre de coccinelles dans les parages. Pas surprenant, découvrais-je, parce qu’elles se délectent de pucerons et de petits insectes au corps mou. Auraient-elles pu croquer les chenilles ?

Des insectes noirs, tachetés d’orange avec des épines sur le dos, ainsi que de petites boules orange et immobiles étaient aussi fréquemment présents : les larves et les pupes de coccinelles ! Qui l’eût cru ?

Les fourmis noires, alors ! Elles se nourrissent du miellat, une substance sucrée excrétée par les pucerons. En retour, elles les protègent des coccinelles. Quelle chance que d’observer ce trio en action ! Le miellat n’est pas leur seule source de nourriture. Étant omnivores, elles mangent un peu de tout. Auraient-elles mangé les chenilles ?

 Le longicorne de l’asclépiade et la grande punaise de l’asclépiade, tous deux des herbivores, étaient également au rendez-vous, sans nommer les pollinisateurs, comme les bourdons, les abeilles, les mouches et les guêpes fouisseuses, dont le grand sphex noir. Ce dernier chasse des araignées et des insectes, surtout de la famille des sauterelles, pour ses larves. Pouvait-il être le responsable ?

 À la fin de l’été, je n’avais toujours pas déterminé avec certitude ce qui était arrivé aux larves disparues, mais j’ai découvert bien plus ! Un petit monde grouillant de vie était caché sous les feuilles d’asclépiades : un véritable écosystème où tous les insectes, prédateurs et proies, étaient liés entre eux et avec les asclépiades par une multitude d’interactions. Ces observations ont concrétisé des notions apprises dans les livres tout en soulevant de nouvelles questions à élucider. Une preuve qu’il suffit parfois d’aller dehors et de prêter un œil attentif aux plus petits recoins de la nature pour faire de grandes découvertes.

Cet article a été publié dans la verin papier du JDV d’août 2026. 

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avis public

Consulter les détails

À lire également

TIRAGE mieux vous connaître

Pour participer au tirage, merci de répondre à toutes les questions.

Toutes les données sont sécurisées dans un serveur établi au Québec.