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On le connaît parce qu’on le voit chaque semaine au petit écran de Radio-Canada. Avec son équipe d’Enquête, il a su débusquer des vérités qui ont permis aux Québécois de détricoter maintes problématiques, notamment sur la collusion dans l’industrie de la construction. Ici, dans AhuntsicCartierville, on l’aperçoit peut-être à vélo, ici et là. À 56 ans, Alain Gravel persiste et signe
 
Journaliste depuis plus de 35 ans, Alain Gravel a amorcé sa carrière alors qu’il était dans la jeune vingtaine. Originaire du quartier Sainte-Dorothée à Laval, le journaliste avait fait un DEC en Arts et Technologie des médias à Jonquière. « Je suis peut-être le seul journaliste de Radio-Canada à ne pas avoir fini un baccalauréat », dit-il, en riant. À ses débuts, en 1978, il travaille à la station de radio CKCV de Qué- bec, puis à Jonquière et enfin à la station montréalaise CKAC. « J’ai d’abord fait trois ou quatre stations en deux ans », dit-il. Durant les neuf années qu’il passe à CKAC (« l’Âge d’or de la station », dit-il), Alain Gravel côtoie chaque jour les Jocelyne Cazin, Richard Desmarais, Jacques Camirand, Michel Viens, Jacques Morency et André Pratte. « J’ai fait de tout, dit-il, de nuit, de jour, sur appel, les “chiens écrasés”, les élections amé- ricaines, l’incendie de l’entrepôt de BPC à Saint-Amable, l’histoire des sœurs Lévesque, et les élections haïtiennes ratées en 1987 après le départ de Duvalier. » C’est durant cette période qu’il décide de poursuivre en parallèle deux ans d’études en sciences politiques à l’UQAM. En 1989, il laisse CKAC pour un autre médium. « Certains quittaient la station pour TVA », dit-il. Il y côtoiera, notamment, le regretté journaliste Gaétan Girouard. Il couvre alors la fameuse crise d’Oka et la guerre du Golfe persique, entre autres.
 
« Es-tu fou? »
 Quatre ans plus tard, Alain Gravel devient journaliste au Point de Radio-Canada. Puis, en 1997, il prend la barre d’une nouvelle émission, Enjeux, qui deviendra, par la suite, Enquête. « Quand Jean Pelletier m’a parlé de faire une émission d’enquêtes, je n’y croyais pas trop. Je lui ai dit : “Es-tu fou?” Ça coûte cher faire des enquêtes et on ne sait pas trop ce que ça va donner… De façon systématique, ça n’existait pas vraiment. C’est lui qui a donné l’élan! », dit-il, ajoutant qu’il y avait bien quelques collègues qui en faisaient, dont André Noël, à La Presse et des journalistes de The Gazette. Ne lui arrive-t-il pas d’avoir peur au gré de ses enquêtes? « Peur? Non, dit-il. Si j’avais senti que je pouvais mettre mon entourage en danger, j’aurais arrêté, mais je n’ai jamais eu de menaces directes. » Par ailleurs, il précise avoir peur de faire des erreurs, de ne pas avoir l’infor- mation précise. « C’est le métier du doute », explique-t-il. Poursui- vant sa réflexion sur la question, il dira ceci : « En fait, j’ai eu plus peur dans les zones de conflit, notamment en Haïti et en Afrique du Sud. » Il ajoute : « Je ne suis pas cow-boy! »
 
« Rouler »
 sa bosse Au nombre de ses passe-temps, Alain Gravel compte évidemment le vélo, mais aussi le bénévolat pour la profession. Ainsi, de 2004 à 2007, il décide de pousser à la roue et de remettre un peu au mé- tier : il présidera aux destinées de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ). Le vélo occupe une place impor- tante dans sa vie. Il s’est promené un peu partout avec sa bécane. Auparavant, il faisait de la course. Il se rend souvent travailler à vélo, été comme hiver. D’ailleurs, il pré- fère habiter Ahuntsic-Cartierville plutôt que le Plateau Mont-Royal, par exemple… « Le Plateau, dit-il narquois, c’est pas assez loin pour aller au bureau en vélo! » Il se dit « pas mal sauvage et indépen- dant », même s’il précise aimer le travail d’équipe
 
« Une rue fantastique! »
Comme résidant, il fait l’apologie du quartier et de la nouvelle rue Fleury Ouest. Pour lui, AhuntsicCartierville est un beau compromis entre la ville et la banlieue. « J’aime mes voisins, lance-t-il, et le silence sur mon bout de rue! ». Résidant non loin d’un parc, il apprécie la tranquillité quand il est à la maison. « Le babillage des enfants ne me dérange pas du tout, dit-il. En revanche, quelqu’un qui apporte sa radio au parc et qui le fait écouter à tout le monde, ça, j’ai de la misère! » Parallèlement à sa carrière de journaliste, Alain Gravel a fondé une famille. Deux de ses trois enfants gagnent leur vie en journalisme ou dans un domaine connexe. Quant à sa petite dernière, elle ne suivra sûrement pas ses traces, laisse-t-il entendre. Ne lui a-t-elle pas dit : « Ça ne m’intéresse pas ton job! Tu te fais toujours poursuivre! », faisant allusion au fait qu’Enquête et son animateur récoltent plus que leur part de poursuites en justice…