Adoption du PPU HB Ouest, en deuxième lecture
Chahut au conseil d’arrondissement du 11 mai
(Suite)
Vote majoritaire

Quatre élus sur cinq ont approuvé le projet « alternatif » proposé pour le PPU Henri-Bourassa Ouest : Lorraine Pagé, Pierre Desrochers, Pierre Gagnier et Harout Chitilian. Ils ont recommandé au conseil municipal son adoption tel que modifié avant la consultation publique du 18 mars. 

Lorraine Pagé, conseillère du district du Sault-au-Récollet, a déclaré au journaldesvoisins.com, que sa recommandation quant au PPU alternatif a été faite en toute bonne foi, au terme d’une démarche sérieuse et rigoureuse, et sans subir de pression d’aucune sorte. En outre, a-t-elle précisé, les gens doivent comprendre qu’une démarche participative n’est pas une démarche décisionnelle, faisant allusion au fait que le cadre réglementaire doit pouvoir s’appliquer. « Les deux démarches doivent se faire de façon concomitante », a-t-elle précisé. 

De son côté, le conseiller de Saint-Sulpice et président du Comité exécutif, Pierre Desrochers, a déclaré à journaldesvoisins.com : « Je crois qu’il s’agit d’une bonne décision, qui ne rallie personne, mais ce sont souvent les meilleures », faisant allusion au fait qu’autant les opposants au PPU que le promoteur Musto n’étaient sans doute pas satisfaits entièrement. « Nous en sommes arrivés à une solution de compromis », a-t-il ajouté, ajoutant que les élus avaient tout de même répondu à plusieurs souhaits des résidants, comme l’avait rappelé le conseiller Chitilian lors de la réunion du conseil, et que « Montréal tente de densifier le plus possible sur son territoire, de façon raisonnable, bien entendu ».

« Soumettez ce dernier PPU à une consultation publique, 
ça va me donner le sentiment que j’ai été respecté. » 

                                                                                   — Jean-Claude Lanthier, résidant

De son côté, Harout Chitilian, conseiller de Bordeaux-Cartierville et vice-président du comité exécutif, considère qu’il s’agit d’un processus extrêmement formateur, une première pour l’arrondissement, « depuis  que je suis là, en tout cas », faisant valoir qu’il y avait des leçons à tirer de ce PPU. À ce stade-ci, il se demande toutefois comment le tout pourra se déployer, selon la disponibilité des terrains qui va se jouer au cours des prochaines années.

Mise en veilleuse?

Les élus ayant voté en faveur de la résolution ont par ailleurs refusé de mettre en veilleuse l’adoption en deuxième lecture à l’ordre du jour au point 40.11 – ce qui leur a été demandé par deux résidants, Maurice Carrier et Jean-Claude Lanthier. Ces derniers réclamaient un report de l’adoption en deuxième lecture, invoquant le fait que les citoyens avaient été mis devant le fait accompli à la consultation publique du 18 mars, sans que le document n’ait, notamment, été mis en ligne au préalable sur le site de l’arrondissement. Les deux résidants voulaient être consultés en bonne et due forme, dans la tradition du PPU participatif auquel ils ont participé depuis près de trois ans. Le maire Gagnier leur a opposé une fin de non-recevoir.

Il faut savoir que le règlement ainsi adopté cheminera maintenant au Conseil municipal de Montréal au cours des prochaines semaines, car il modifiera le Plan d’urbanisme. Par la suite, il reviendra au conseil d’arrondissement pour modification du zonage dans l’arrondissement.

Une dissidente

Seule Émilie Thuillier (Projet Montréal), conseillère du district d’Ahuntsic, là où sont justement situés les terrains du MTQ où auront lieu les premières constructions Musto avec ce nouveau PPU, s’est opposée au projet « alternatif », ainsi qu’à l’adoption de l’ordre du jour sans report du point 40.11.

Les élus qui ont proposé ce PPU alternatif invoquent trois éléments majeurs, dans le sommaire décisionnel du 40.11, lundi, soit : « l’avis du Comité Jacques-Viger et du Conseil du patrimoine de Montréal »; « Des demandes de divers intervenants à l’égard de la réalisation de logement social dans le développement »;  et les « préoccupations de plusieurs membres du conseil quant à la faisabilité financière d’un développement trop peu dense ».

Pourtant, les avis du Comité Jacques-Viger et du Conseil du patrimoine de Montréal étaient connus avant l’adoption en première lecture, dès le 14 novembre 2014. Ensuite, le promoteur Musto lui-même déclarait en entrevue à journaldesvoisins.com après la consultation publique du 18 mars, que « même avec le concept alternatif proposé, soit 95 logis à l’hectare, il ne pourrait inclure de logements sociaux dans son projet avec une densité aussi réduite », et finalement, « les préoccupations de plusieurs membres du conseil quant à la faisabilité financière d’un développement trop peu dense » n’ont pas ou peu été abordées durant le processus. 

Processus malhonnête?

Selon Luc Villandré, membre du comité Stop la démesure, né dans la foulé de la future construction Musto sur les terrains du MTQ, la densité qu’aurait gagnée le promoteur Musto sur sa parcelle de terrain (du MTQ) serait plutôt de 125 logements à l’hectare. Rappelons, toutefois, qu’à l’origine la densité demandée par le promoteur était de 200 à 220 logements à l’hectare.  

« Nous sommes très frustrés, a dit M. Villandré au nom des membres du comité. Nous nous sommes fait escroqués!, croit-il. D’abord, le PPU alternatif n’a jamais été mis en ligne pour que les citoyens en prennent connaissance avant la consultation du 18 mars. Et jamais les citoyens n’ont pensé qu’il y aurait des changements apportés après que le PPU eût été adopté en première lecture, sinon ils seraient venus plus nombreux à la soirée du 18 mars, a-t-il ajouté.  

En ce qui nous concerne, a poursuivi M. Villandré, ça fait longtemps que les élus savent ce qu’ils veulent pour ce terrain-là. On se rend compte que, pour les élus, le processus de design participatif était un exercice de PR (NDLR : relations publiques). Au cours des prochaines semaines, les membres du comité vont, notamment, déposer une plainte à l’ombudsman de Montréal pour faire valoir leurs droits dans ce processus administratif. « L’arrondissement a été malhonnête, ajoute M. Villandré et nous a délibérément induits en erreur. »

« Squeezés par le promoteur »

Une résidante membre du Comité, Nathalie Cloutier, a déclaré de son côté lors de la réunion du conseil, lundi, puis à journaldesvoisins.com : « Les groupes communautaires ont eu la possibilité, eux aussi, durant toute la durée du processus de consultation, soit plus de deux ans, de se faire entendre au sujet du logement social. Pourquoi avoir attendu après la première lecture du PPU pour ajouter du logement social selon leurs souhaits? Nous avons été lésés dans nos droits démocratiques, et il y a rupture du lien de confiance», a-t-elle ajouté. 

Par ailleurs, a fait valoir Mme Cloutier, trois membres du Comité, dont elle, sont allés discuter avec les fonctionnaires au terme d’une rencontre de consultation sur le PPU en juin ou juillet 2014, au cégep Bois-de-Boulogne. « Nous leur avons demandé pourquoi ils avaient travaillé dans le sens d’augmenter la densité de logements à l’hectare et leur réponse nous a saisis! Ils nous ont dit : “Écoutez, on a été ‘squeezés’ par le promoteur. ” Ce sont là leurs mots, a-t-elle poursuivi, je n’utilise pas ce vocabulaire.»

Changements de dernière minute

Dans un communiqué émis le lendemain de la réunion du conseil d’arrondissement, Émilie Thuillier qui a voté contre ce PPU alternatif, en deuxième lecture, fait valoir : « Depuis deux ans, l’arrondissement et les citoyens ont cheminé ensemble dans ce qui est l’un des seuls PPU participatifs à Montréal, mais des changements demandés à la dernière minute par les autres élus, notamment une augmentation de la densité permise, ont mis en péril cette démarche. C’est pourquoi j’ai voté contre », a-t-elle précisé, ajoutant qu’elle était fière de cette démarche et confiante dans le résultat, à l’époque.

« Les personnes qui sont venues s’exprimer (…) se sentent lésées, trompées. »                                     -La conseillère Émilie Thuillier

« Mais du jour au lendemain, les citoyens se sont retrouvés devant un PPU qui ne correspond plus à leurs attentes. Les personnes qui sont venues s’exprimer, hier, se sentent lésées, trompées, et remettent en cause les institutions démocratiques et la crédibilité de l’arrondissement. C’est regrettable que nous en arrivions là à cause d’une fin de processus bâclée. »

Du logement social pour Lorraine Pagé

 «  Dans mon cas, ce qui a été déterminant, c’est la dimension du logement social. Nous sommes en manque de 1000 logements sociaux dans l’arrondissement. C’est un besoin criant, pas une vue de l’esprit! », a-t-elle lancé. Selon Mme Pagé, les groupes qui réclament du logement social ne réussissent pas souvent à se faire entendre. « Notre travail, comme élu, a-t-elle poursuivi, c’est d’écouter tout le monde et tous les comités! »

Faisabilité financière

En ce qui concerne la faisabilité financière du projet invoquée dans le sommaire décisionnel pour l’adoption en deuxième lecture, Mme Pagé n’était pas de celle qui, parmi les élus s’est attardée à la question, a-t-elle dit à journaldesvoisins.com. « Personnellement, dit-elle, je pense que c’est un projet économiquement viable », ajoutant qu’elle ne connaît pas le promoteur Musto, qu’elle ne lui a jamais parlé et ne l’a jamais rencontré. 

De son côté, le conseiller de Saint-Sulpice et président du comité exécutif, Pierre Desrochers, a ajouté que la faisabilité financière, à un certain degré, constituait l’une de ses préoccupations pour l’ensemble du projet du PPU, mais pas nécessairement pour les terrains de M. Musto, a-t-il pris soin de préciser à journaldesvoisins.co. « Pour l’ensemble des projets de la Ville, la faisabilité financière est l’une de mes préoccupations », a-t-il poursuivi, ajoutant que, lui personnellement, n’avait pas subi de pression de la part du promoteur Musto. « Je n’aurais pas accepté », a-t-il laissé entendre, arguant toutefois que « Tout le monde a le droit de faire des représentations. »

 « La faisabilité financière, pour le promoteur, ce ne sont pas nos affaires!»
                                                         –Le conseiller Harout Chitilian


De son côté,  pour Harout Chitilian, la faisabilité financière faisait référence à l’accessibilité aux logements en termes de prix de revient. « Les familles qui ne sont pas concernées par le 15% des logements sociaux et le 15% des logements abordables, auront-elles la capacité de se qualifier pour se procurer un logement?, a-t-il dit, faisant allusion au fait que Montréal veut garder les familles sur son territoire et doit leur en donner les moyens. « La faisabilité financière, pour le promoteur, ce ne sont pas nos affaires!», a-t-il poursuivi. Nous, de notre côté c’est de nous assurer de l’ensemble des paramètres », ajoutant que pour sa part, il n’a subi aucune pression du promoteur. « Nous l’avons tous rencontrés, je pense, il y a longtemps. Depuis, nous l’avons très peu vu », a-t-il conclu.

Finalement, au sujet du fait que les deux rapports des Comité Jacques-Viger et du Conseil du patrimoine de Montréal étaient déjà disponibles en décembre dernier, Mme Pagé a déclaré à journaldesvoisins.com que les élus en avaient pris connaissance après les Fêtes seulement, et que le processus pour l’adoption en première lecture était déjà enclenché. De son côté, M. Desrochers a précisé qu’il s’agissait là d’une question de procédure et qu’il ne se rappelait pas nécessairement à quel moment il avait pris connaissance des rapports en question. (Par Christiane Dupont) (2015-05-15) (Crédit photos : jdv – Philippe Rachiele)

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