Photo

Outre le ronronnement de la machine à café, un silence apaisant règne dans le resto Vivez Santé au moment où le comédien et metteur en scène François Chénier y fait irruption d’un pas décidé. D’entrée de jeu, il se confond en excuses en expliquant avoir été retardé par une affaire de famille.
 
« Si je n’avais pas eu une bulle au cerveau, tu aurais eu le François Chénier consciencieux avec un petit t-shirt et un veston. Celui que tu vois a un petit déficit d’attention, il a mal géré ses bébelles, mais il existe aussi et je l’aime! Ce n’est pas que l’autre est plate, mais j’ai de la misère à renier ma vraie nature », confie l’acteur après quelques minutes d’entrevue.
 
Sa différence est son authenticité et il l’assume entièrement. C’est d’ailleurs ce qui l’a poussé dès l’enfance à acquérir des habiletés qui lui servent aujourd’hui dans son métier. « Je n’étais pas un sportif! J’étais différent et certains me le faisaient savoir. J’ai vite trouvé que si je faisais des sketches, des chansons et des jokes, j’allais pouvoir aller chercher mon estime personnelle », raconte-t-il en se remémorant l’époque de l’école primaire.
 
Par hasard
Le jeune François est entré par pur ha- sard dans le milieu artistique. À 13 ans, une amie ayant participé à un film lui a parlé d’une audition. Cette première expérience lui a valu un rôle dans un courtmétrage. Quelques années plus tard, au début de l’âge adulte, il fait ses débuts à la télévision notamment dans D’amour et d’amitié et Watatatow. Par la suite, sa carrière prend son envol grâce à la série jeunesse culte Radio Enfer dans laquelle il interprétait « Carl le Cat Charest », le directeur musical de la radio étudiante. « J’ai été super chanceux à l’audition! La description de personnage c’était un super beau gars, mais le réalisateur le voyait plus comme un petit bum sympathique », se souvient François Chénier en soulignant avoir été en compétition avec tous les apollons de la ville pour ce rôle.
 
Des hauts et des bas
Plusieurs productions jeunesse ont ponctué le parcours de François Chénier dont Ramdam et, plus récemment, Subito texto. L’acteur n’a toutefois pas éprouvé de difficulté à obtenir des rôles à des années-lumière du personnage de Carl. Les Québécois ont, entre autres, pu le voir dans Fortier, La galère, Destinées et Mensonges ou encore au théâtre dans Ladies Night, Visite libre et Idéal pour bricoleurs, et au cinéma dans Saints-Mar- tyrs-des-Damnés et Le survenant. « Ça a l’air super beau mon histoire, admet le comédien, mais c’est pas tout le temps comme ça. » Il avoue avoir connu des périodes plus creuses et il se désole de ne voir qu’une poignée des membres de l’Union des artistes gagner décemment leur vie. Avec les années, il voit les choses se corser pour les jeunes rêvant de percer. Si les rôles n’ont jamais été faciles à obtenir, les comédiens se réjouissent maintenant lorsqu’ils parviennent à décrocher une audition, observe François Chénier.
 
Créer son emploi N’ayant plus envie d’attendre que le travail vienne à lui, François Chénier a décidé d’ajouter une corde à son arc au cours des dernières années : la mise en scène. « Quand je joue, je me sens comme un exécutant. J’adore ça, mais je trouve que c’est très gratifiant de sentir que j’ai participé à la création de quelque chose »,confie-t-il en ajoutant aimer pouvoir profiter des soirées d’été sur une terrasse, un verre à la main. Le théâtre, concède l’acteur, peut être difficile pour la vie de famille. Père de deux enfants, Antoine, 11 ans et Marie, 13 ans, le comédien s’est installé dans Ahuntsic-Cartierville, il y a plus d’une dizaine d’années, avec sa compagne de longue date, Catherine La- chance. «On trippe sur Ahuntsic toute la famille! C’est super la rue Fleury, le TAZ avec les enfants… J’ai vu les premiers matchs de l’Impact à Claude-Robillard! Ah non, moi je ne bougerai pas d’ici», tranche le résidant, qui vit à deux pas du complexe sportif.
 
Une vie remplie
En plus de participer au tournage de L’imposteur, une série en ondes dès l’automne à TVA, François Chénier consacre une partie de son temps à l’enseignement. Il s’occupe de la mise en scène des spectacles réalisés par les élèves de la concentration comédie musicale dont fait partie sa fille. «J’aime vraiment travailler avec des jeunes et je sens qu’ils aiment ça aussi. J’ai l’impression que quand je vais moins travailler, c’est vers ça que je vais me tourner», conclut François Chénier en parlant avec des étincelles dans le regard de son emploi à l’école Georges-Vanier.