Débats de la Chambre des communes

VOLUME 147 
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NUMÉRO 187 
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2e SESSION 
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41e LÉGISLATURE 

COMPTE RENDU OFFICIEL (HANSARD)

Le lundi 23 mars 2015


Mme Maria Mourani (Ahuntsic):  

    Monsieur le Président, Raïf Badawi est un Saoudien. En 2008, avec Souad al-Shammari, militante saoudienne des droits de la femme, il a créé le site Free Saudi Liberals, un site militant pour une libéralisation religieuse et ouverte à la discussion entre les internautes. C’est un blogue.

    En 2008, il est arrêté et interrogé, puis relâché. Il est cependant accusé d’avoir créé un site Web qui insulte l’islam, et il est forcé de quitter le pays. Il retourne en Arabie Saoudite en 2009, et bien que la plainte déposée contre lui semble être abandonnée, il se voit interdire de quitter le territoire et son compte en banque est bloqué.

    En 2011, son site Web est à nouveau accusé d’enfreindre des valeurs religieuses, et cette fois-ci, il est encore arrêté. Il est condamné à 10 ans d’emprisonnement et à subir 1 000 coups de fouet pour insulte envers les valeurs religieuses et pour blasphème. Il a subi 50 coups de fouet lors d’une première séance, et depuis, les autres séances ont chaque fois été reportées, comme on a pu le constater dans les médias.

    J’ai rencontré l’épouse de M. Badawi, avec d’autres parlementaires d’ailleurs, et elle nous a interpellés quant à l’urgence de la situation. Nous savons que l’état de santé physique et psychologique de son mari s’est beaucoup détérioré. Il faut donc agir.

    Plusieurs pays dans le monde ont d’ailleurs réagi face à cette situation inhumaine. Par exemple, la ministre des affaires étrangères de la Suède a qualifié la pratique des coups de fouet de moyenâgeuse, et le gouvernement suédois n’a pas renouvelé son entente de collaboration militaire avec l’Arabie Saoudite, qui vient à échéance en mai prochain.

    Par ailleurs, puisque la femme de M. Badawi, Mme Haidar, vit au Québec avec ses enfants depuis le 31 octobre 2013, le premier ministre du Québec, M. Couillard, a fait savoir à des représentants des autorités saoudiennes au Canada que nous souhaitions accueillir M. Badawi ici.

    De plus, la ministre des Affaires internationales du Québec, ma collègue la députée de l’Acadie, Mme Christine St-Pierre, a qualifié d’inhumain le sort réservé à M. Badawi et a interpellé le gouvernement conservateur afin qu’il agisse en tenant compte de la situation de la famille, même si M. Badawi n’est pas citoyen canadien.

     Il n’en demeure pas moins que le gouvernement fédéral a octroyé à Mme Badawi et à ses enfants le statut de réfugiés politiques au Canada.

    À Sherbrooke, des citoyens se sont mobilisés et ont tenu des vigiles en solidarité avec M. Badawi. À Québec aussi, il y a eu une vigile. Les élus de la Ville de Montréal ont unanimement interpellé le gouvernement canadien pour qu’il agisse.

    Pourtant, le premier ministre est le premier à parler de pratiques barbares quand cela l’arrange, et nous avons même voté sur un projet de loi aujourd’hui, qu’il a choisi de nommer Loi sur la tolérance zéro face aux pratiques culturelles barbares. Il aime parler de barbarie.

    Alors, va-t-il faire comme le premier ministre du Québec et demander la venue de M. Badawi ici? Va-t-il s’impliquer personnellement dans ce dossier?

 [Traduction]

M. Scott Armstrong (secrétaire parlementaire du ministre de l’Emploi et du Développement social et de la ministre du Travail):  

    Monsieur le Président, comme la députée le sait pertinemment, le ministre et le gouvernement conservateur ont adopté une position très ferme dans ce dossier. Nous considérons que la peine imposée à M. Badawi est un affront à la dignité humaine et une violation de ses droits.

    Nous continuons d’implorer la clémence dans ce dossier. La promotion des droits de la personne partout dans le monde fera toujours partie de la politique du gouvernement.

[Français]

Mme Maria Mourani (Ahuntsic):  

    Monsieur le Président, il semble que le gouvernement n’ait pas grand-chose à dire sur le sujet.

    Le constat que nous faisons est le suivant: d’une part, M. Badawi n’a rien fait de mal, si ce n’est le fait de créer un blogue pour défendre la libéralisation religieuse en Arabie Saoudite; d’autre part, sa famille est réfugiée politique ici, alors il a quand même un lien important avec le Québec et le Canada.

    Qu’attend donc le premier ministre pour demander sa libération? Lors de ses discussions avec les princes saoudiens, les représentants et les chefs d’État là-bas, je ne comprends pas pourquoi il ne parle pas du cas de M. Badawi.

    D’ailleurs, je demanderais à mon collègue de faire en sorte que son chef, son premier ministre, pose ce geste, afin que nous n’attendions pas 10 ans pour accueillir M. Badawi au Canada.

 [Traduction]

M. Scott Armstrong (secrétaire parlementaire du ministre de l’Emploi et du Développement social et de la ministre du Travail):

    Monsieur le Président, je pensais avoir été clair la première fois. La députée devrait savoir que le ministre et le gouvernement conservateur ont adopté une position très ferme dans ce dossier. Nous considérons que la peine imposée à M. Badawi est un affront à la dignité humaine et une violation de ses droits. Nous continuons, à l’échelle internationale, d’implorer la clémence dans ce dossier. La promotion des droits de la personne partout dans le monde fera toujours partie de la politique du gouvernement. (Source : Bureau de Maria Mourani)