John George Lambton, comte de Durham (Wikimedia Commons)

L’avenue de la controverse
Faut-il honorer la mémoire du comte de Durham?
par Samuel Dupont-Foisy  (décembre 2013)

Qui était le comte de Durham, et pourquoi l’avenue portant son nom dans le quartier Ahuntsic (et ailleurs) serait-elle l’objet de controverse?

John George Lambton, dit Lord Durham (1792-1840) était un aristocrate anglais. Membre du parti whig, mais avant tout réformiste parlementaire, il mène une carrière politique assez controversée en Angleterre. Entre 1835 et 1837, il devient ambassadeur en Russie puis, le 15 janvier 1838, il est nommé gouverneur général des colonies britanniques en Amérique du Nord.

Patriotes exilés aux Bermudes

Il arrive à Québec le 27 mai 1838. Il est le douzième gouverneur anglais du Canada. Sa mission principale est de mettre fin aux tensions de plus en plus présentes entre les francophones et anglophones du Haut et du Bas-Canada depuis les Rébellions de 1837. Le 28 juin 1838, Lambton exile aux Bermudes plusieurs patriotes emprisonnés à la suite des Rébellions, ce qui lui vaudra l’opprobre du chef de son parti. Le 9 octobre suivant, il démissionne et retourne en Angleterre. Son séjour ici ne dura en tout et pour tout que cinq mois.

Lambton, qui avait mis sur pied plusieurs commissions d’enquête sur la vie coloniale, remet son rapport au ministère des Colonies le 4 février 1839. Il propose notamment d’instaurer un gouvernement responsable et d’unir le Haut et le Bas-Canada.

Peuple sans histoire?

Le rapport demeure controversé de nos jours, car Durham ne suggère ni plus ni moins que l’assimilation des Canadiens-français, « un peuple sans littérature et sans histoire » selon lui, et que les anglophones pourraient assujettir facilement. Le 10 février 1841, le Parlement britannique signe l’Acte d’Union, qui concrétise la suggestion du comte de Durham.

Dans Ahuntsic, l’avenue Durham a été désignée ainsi le 18 février 1927. Elle a été cédée à la Ville de Montréal sous ce nom par la Stanley Bagg Corporation. Stanley Clark Bagg, un des plus gros propriétaires fonciers de Montréal, a aussi donné son nom à la rue Clark.
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Avenue Durham

Un courriel resté (presque) sans réponse

Fin juillet 2013, un résidant du quartier Ahuntsic, Éloi Mayano-Vinet,  adressa un courriel bien senti au maire de l’arrondissement, Pierre Gagnier, à la conseillère du district, Émilie Thuillier, et au Comité de toponymie de la Ville de Montréal, concernant le lourd héritage de l’avenue     Durham pour l’arrondissement.

Il déplorait le fait qu’une si jolie avenue porte un tel nom, d’une part, et suggérait que l’arrondissement pourrait s’en passer, d’autre part.

S’il reçut au moins un accusé-réception automatique du premier, et un courriel de la deuxième, en revanche,  il ne reçut rien du tout en provenance du Comité de toponymie de la Ville. Il attend toujours.

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L’église de la Visitation

Remarquable patrimoine historique.
Une pléïade d’artistes mis à contribution

Par Samuel Dupont-Foisy (octobre 2013)

Saviez-vous qu’Ahuntsic abrite la plus vieille église de Montréal, et un des plus anciens lieux de culte du Québec? Eh oui!

L’église de la Visitation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet, plus connue sous le nom d’église de la Visitation, a été construite entre 1749 et 1751, soit quelques années avant la Conquête!

Comme vous le savez sans doute, l’église de la Visitation est située sur le boulevard Gouin, non loin de la rue Papineau, au bord de la rivière des Prairies. Nombreux sont ceux et celles qui ont choisi ce lieu spécial pour y faire célébrer leur mariage.

La consécration eucharistique de cet établissement religieux a eu lieu en 1752. Plusieurs artistes et architectes en ont assuré la décoration ou de nouvelles structures au fil des ans.

Succession d’artistes

Entre 1764 et 1773, le sculpteur Philippe Liébert en réalise la décoration intérieure et le retable*. Encore aujourd’hui, on peut admirer les portes en noyer, situées de chaque côté de l’autel, qui ont été façonnées par l’artiste. En 1791, Liebert conçoit également la chaire et le tabernacle de l’église. Ce même tabernacle orne, depuis 1806, le tombeau de Philippe Liébert, conçu par Louis-Amable Quévillon.

Dès 1816, le sculpteur David Fleury-David modernise la décoration intérieure de l’église; c’est grâce à lui que la voûte est si minutieusement ciselée.

Puis, en 1831, l’artiste Vincent Chartrand entreprend divers travaux, qui s’échelonneront sur plusieurs années. Il conçoit notamment la nouvelle chaire, qui est encore utilisée aujourd’hui.

En 1850, l’architecte John Ostell mène la reconstruction et l’agrandissement de la façade.

Page d’histoire

Il est important de souligner que, depuis 1974, l’église de la Visitation est classée monument historique. Il est possible de la visiter la semaine, de 8 h 30 à 12 h, puis de 13 h à 15 h. Les samedis, elle est ouverte seulement pour les célébrations, et les dimanches, pour les messes du matin de 8 h 30 et de 11 h.

*Construction qui surplombe une table d’autel dans une église.

Sources

Bourget, Charles. L’église de la Visitation-de-la-Bienheureuse-Vierge-Marie du Sault-au-Récollet de Montréal. Le raffinement des éléments de détail, [En ligne]. http://www.patrimoine-religieux.qc.ca/fr/pdf/documents/EglisedelaVisitationBVM.pdf (Page consultée le 6 octobre 2013).

Ville de Montréal. Église de La Visitation, [En ligne]. http://ville.montreal.qc.ca/portal/page?_pageid=7957,88263625&_dad=portal&_schema=PORTAL (Page consultée le 6 octobre 2013).

MontréalPlus. Église de la Visitation du Sault au Récollet, [En ligne]. http://www.montrealplus.ca/montreal/venues/eglise-de-la-visitation-du-sault-au-recollet-fr (Page consultée le 6 octobre 2013).
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La prison de Bordeaux  (août 2013)
Un bel exemple d’architecture

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par Samuel Dupont-Foisy

L’établissement de détention de Montréal, mieux connu sous le nom de prison de Bordeaux, est situé au 800 boulevard Gouin Ouest, non loin de l’Hôpital Notre-Dame-de-la-Merci.

Sa construction, qui a débuté en 1907, s’est terminée en 1912, à la suite de nombreux retards et d’importants dépassements de coûts.

Son style architectural, dit pennsylvanien, car inspiré par l’Eastern State  Penitentiary de Philadelphie, construit en 1829, a été choisi par le gouverneur de la prison, Charles-Amédée Vallée.

L’architecte Jean-Omer Marchand en a conçu les plans. Le résultat final est exemplaire : une prison imposante et majestueuse en forme d’étoile hexagonale. D’ailleurs, sa façade apparaît dans une scène du chef-d’œuvre de Sergio Leone, Once Upon a Time in America, réalisé en 1984.

La prison de Bordeaux a accueilli de nombreux criminels, dont l’énigmatique Lucien Rivard, un des plus importants trafiquants d’héroïne en Amérique du Nord. Au printemps de 1965, selon la rumeur, celui-ci aurait réussi à s’échapper de la prison en escaladant un mur à l’aide d’un tuyau d’arrosage qu’il aurait emprunté pour arroser la patinoire. Il semblerait plutôt qu’il se soit évadé après avoir soudoyé les gardiens. Ce n’est pas sans rappeler l’histoire des trois détenus qui, en décembre 2007, ont profité d’une importante tempête de neige pour franchir le mur de la prison sans se faire prendre. Patinoire, tempête de neige : l’hiver est-il plus propice aux évasions?!
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La Maison Pierre Persillier-Lachapelle (août 2013)

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par Samuel Dupont-Foisy

Une lectrice nous a écrit récemment pour nous demander à qui appartenait la petite maison située à l’avant du centre de détention et quel était son usage. Cette maison, dont le numéro civique est le 760, boulevard Gouin Ouest, fut la maison de Pierre Persillier-Lachapelle, fils cadet de Pascal Persillier-dit-Lachapelle.

Ce dernier possédait, pour sa part, une maison au 2087, boulevard Gouin Est, au cœur du Sault-au-Récollet. On confond souvent les deux bâtiments.  La maison de Pierre Persillier-Lachapelle appartient, comme le centre de détention, au Gouvernement du Québec  et, pour l’instant, est inutilisée.
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Les croix de chemin                (juin 2013)
Avez-vous déjà remarqué la croix sur Gouin Ouest?

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Si vous vous baladez à pied ou à vélo sur le boulevard Gouin, bien à l’ouest du parc Nicolas-Viel, vous avez peut-être déjà remarqué une croix  de bois, du côté nord du boulevard Gouin, à mi-chemin entre les rues Tolhurst et Jeanne-Mance. Bien conservée, assez haute et faite de madriers épais de plusieurs centimètres vieillis par les années, cette croix est au bout de la propriété des occupants de cette jolie maison bleue et blanche, tout près du trottoir.

Selon Claude Desjardins, propriétaire de la maison, cette croix aurait été érigée au début du XXe siècle, par les anciens propriétaires du terrain sur lequel était établie une ferme à l’époque. « J’habite ici depuis 2006, dit-il, mais ma maison a été bâtie en 2004 par les anciens propriétaires du terrain, à côté de la maison de la ferme. L’information que l’on m’a transmise, c’est que la croix a été construite et installée là, à la suite d’une promesse faite par les  fermiers, à l’époque. »

Selon ce que l’ancienne propriétaire aurait dit à M. Desjardins, en 1909, il y aurait eu une grande sécheresse dans la région et les propriétaires de la ferme auraient promis d’ériger une croix si le temps devenait plus clément et qu’il pleuvait.  Chose promise, chose due! M. Desjardins cherche maintenant à en savoir plus car nombreux sont les passants et les cyclistes qui s’arrêtent pour lui demander des renseignements.

Prise de possession

Les premières croix de chemin, qui ont été érigées au XVIe et au XVIIe siècle, symbolisaient la découverte et la prise de possession d’un territoire. Par la suite, plusieurs croix ont été érigées un peu partout au Québec, et servaient diverses fonctions. On en élevait lors de la création de routes, de la fondation de villages et du défrichement de terres, et avant la construction d’églises. Elles servaient de symboles de la religion chrétienne, mais représentaient également la prise de possession des lieux par les colons.

D’autres servaient à invoquer la faveur divine pour protéger les récoltes des fléaux naturels. Certaines faisaient office de lieu de prière pour les habitants d’un endroit précis, ou témoignaient de faveurs reçues. On comptait également de nombreuses croix dédiées à la mémoire de personnes, ou dont la présence servaient à rappeler des évènements importants.

Patrimoine et avenir

De nos jours, environ 3 000 croix de chemin demeurent au Québec et commémorent non seulement l’héritage culturel et religieux de nos ancêtres, mais également tout le travail de colonisation qu’ils ont accompli. La majorité de ces croix appartiennent à des particuliers, mais plusieurs sociétés historiques et organismes locaux travaillent en collaboration avec ces propriétaires pour s’assurer que les croix demeurent en bon état. On peut espérer que, grâce à ce travail de conservation, les croix de chemin continueront à faire partie du patrimoine culturel des générations à venir.

Sources :

CARPENTIER, PAUL. « Par ce signe tu vaincras  : les croix de chemin ». Cap-aux-Diamants : la revue d’histoire du Québec, numéro 26, été 1991, p. 20-22. En ligne. http://www.erudit.org/culture/cd1035538/cd1043582/7858ac.pdf. Consulté le 11 mai 2013.

JOLY, Diana. « Croix de chemin ». In Encyclopédie du patrimoine culturel de l’Amérique française. En ligne. http://www.ameriquefrancaise.org/fr/article-141/Croix_de_chemin.html#.UY6q-qIsna9. Consulté le 11 mai 2013.
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Tout au long de la rivière… (mars 2013)
Le boulevard Gouin, à qui Lomer donna son nom
Par Samuel Dupont-Foisy

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Lomer Gouin – Source Éd. Septentrion

 

Le boulevard Gouin est une des plus belles et des plus vieilles artères de l’île de Montréal. Puisqu’on y trouve de nombreux bâtiments historiques et d’impressionnantes maisons avec vue imprenable sur la rivière des Prairies, il semble approprié que cette rue porte le nom d’un grand politicien québécois.

Né à Grondines, le 19 mars 1861, Lomer Gouin exerce la profession d’avocat, représentant de nombreuses compagnies ferroviaires. Il administre ou dirige également plusieurs entreprises, dont la Banque de Montréal et la Mutual Life Insurance.

Aux élections fédérales de 1891, il se présente comme candidat libéral dans la circonscription de Richelieu, mais est défait. En 1897, il est élu à l’Assemblée législative en tant que député libéral dans le district électoral de Montréal no 2.

Le moment marquant de sa carrière politique survient le 23 mars 1905, lorsqu’il devient premier ministre du Québec, poste qu’il occupera jusqu’au 8 juillet 1920. Il est l’un des premiers ministres québécois ayant servi le plus longtemps.

Il est par la suite élu à la Chambre des communes du   Canada et devient ministre de la Justice. Le 10 janvier 1929, il est nommé lieutenant-gouverneur de la province de Québec, mais décède le 28 mars de la même année. Il repose dans le cimetière Notre-Dame-des-Neiges.

JONES, Richard. « GOUIN, sir LOMER ». 2000. In Dictionnaire biographique du Canada en ligne. En ligne. http://www.biographi.ca/009004-119.01-f.php?BioId=42298. Consulté le 20 janvier 2013. « Lomer GOUIN ». 2009. In Assemblée nationale du Québec. En ligne. http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/gouin-lomer-3491/biographie.html. Consulté le 29 novembre 2012.

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La vie remarquable d’Henri Bourassa (octobre 2012)

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par Samuel Foisy

On aperçoit son nom chaque semaine, que l’on soit à pied, en voiture ou que l’on prenne le métro. Pourtant, que connaît-on de lui? Pourquoi commémore-t-on son nom? Bref, qui était Henri Bourassa?

Descendant d’un patriote

Né à Montréal, le 1er septembre 1868, Henri Bourassa semble prédestiné à une vie peu commune. En effet, son grand-père, Louis-Joseph Papineau, est un des premiers patriotes canadiens-français. Bourassa siège à l’Assemblée nationale de 1908 à 1912. En 1910, il fonde le journal Le Devoir. Il y demeure rédacteur en chef jusqu’en 1932. En 1925, il est élu député indépendant dans la circonscription fédérale de Labelle, poste qu’il occupe jusqu’en 1935.

Défenseur des droits des Canadiens-français

Homme politique courageux et grand orateur, il est un véritable porte-parole des Canadiens-français. Il se bat pour leurs droits, s’opposant aux pouvoirs législatifs britanniques et à l’américanisation du Canada. Il souhaite éviter l’assimilation de la culture française et désire même qu’elle bénéficie du même statut que la culture anglaise. Il essaie, en vain, de permettre aux catholiques de fonder leurs propres écoles en Saskatchewan et en Ontario. Il s’oppose aussi au règlement 17, adopté en Ontario en 1912 pour limiter l’usage du français dans les écoles primaires.

Un symbole

Rapidement devenu un symbole du nationalisme canadien-français, autant par sa carrière d’homme politique que de journaliste, il continue de militer pour les droits des francophones jusqu’à ce qu’il subisse une thrombose coronaire, en 1944. Il décède le 31 août 1952, à l’âge de 84 ans.
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Clark, de Stanley Clark Bagg

Nous devons le nom de la rue « Clark » à Stanley Clark Bagg. « Notaire, juge de paix, membre de plusieurs associations à vocation sociale et président de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, Stanley Clark Bagg (1820-1873) représente fort bien la grande bourgeoisie d’origine britannique. M. Clark Bagg est considéré comme le plus important propriétaire terrien de l’île de Montréal au XIXe siècle. » (Ville de Montréal. Les rues de Montréal. Répertoire historique. Montréal, Méridien, 1995) C’est en 1875 que la rue Clark est officiellement nommée de ce nom, soit deux ans après le décès de M. Clark Bagg.