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Ils étaient venus d’Ahuntsic-Cartierville, bien sûr, mais également de Villeray, St-Michel, Anjou, Rosemont, Saint-Laurent pour déplorer auprès d’ADM la nuisance importante que constituent pour eux les vols au-dessus de leurs quartiers respectifs en atterrissage ou décollage de l’aéroport Montréal-Trudeau. Environ 75 à 80 personnes étaient donc présentes à cette rencontre convoquée à une heure incongrue, surtout pour les jeunes parents qui auraient sans doute voulu être présents eux aussi, mais devaient faire souper la marmaille. 

Ce fut un succès de participation, bien que le groupe Les Pollués de Montréal-Trudeau ait émis un communiqué en début de semaine pour faire part de leur mécontentement quant à l’organisation de l’événement. « C’est un simulacre de consultation, déplorait Antoine Bécotte, le président des Pollués. D’une part, la rencontre est tenue à une heure inhabituelle, 18 h, et on nous annonce une présentation de 20 minutes suivie d’une période de questions qui devra se conclure à 19 h. D’autre part, ADM ne sera pas accompagné de porte-parole de NAV Canada et de Transport Canada qui ont aussi des rôles majeurs à jouer dans la réglementation du climat sonore aérien et nous aurons toujours que la seule version d’ADM, une organisation privée opaque. »

Travaux sur les pistes

Interpellé dès le début par un résidant désireux de poser des questions, le modérateur, Daniel Malo, directeur général de Convercité, rassurait les participants sur le fait qu’une fois la présentation faite par les quatre représentants d’ADM, tous auraient le temps de poser leurs questions, ce qui fut fait vers 18 h 34. En fait, les représentants d’ADM, dont la vice-présidente, Affaires publiques, Christiane Beaulieu, avaient donné le ton : ils venaient rencontrer les résidants pour leur faire part de travaux importants sur une des pistes de l’aéroport, au cours de l’été, ce qui allait probablement occasionner d’autres « nuisances sonores » (NDLR : c’est ainsi qu’ADM nomme le bruit des avions).

Les participants rigolent!

Les représentants d’ADM ont eu fort à faire pour se faire entendre et pour terminer leur présentation, les résidants se plaignant bruyamment du fait qu’ils ne voulaient pas entendre les explications pour le futur, mais plutôt faire part de leurs doléances actuelles. Plusieurs citoyens ont déploré dans leurs interventions, intempestives ou au micro, la fermeture de Mirabel. La vice-présidente aux Affaires publiques d’ADM, qui a semblé parfois désarçonnée par l’opiniâtreté des participants, a répliqué que la fermeture de Mirabel n’aurait pas augmenté le nombre d’avions vers Montréal depuis 1999. Ce à quoi, les participants se sont esclaffés de rire!

Plaintes en baisse?

Selon ADM, le nombre de plaintes est en baisse, depuis quelques années, sauf l’été. Un résidant a répliqué au micro qu’il s’était lassé de se plaindre, ce à quoi nombreux sont ceux et celles qui ont acquiescé bruyamment. Une résidante a, par ailleurs, suggéré que ce soit un organisme indépendant qui soit responsable des plaintes.

Impact des municipalités

Le maire Pierre Gagnier et les élus de l’arrondissement ont sûrement pesé dans la décision d’ADM de venir rencontrer les résidants. D’ailleurs, la demande des élus d’Ahuntsic-Cartierville avait été faite depuis belle lurette. Toutefois, les élus d’ici tardent à adopter une résolution formelle comme l’ont fait le conseil de Ville Mont-Royal, le 27 avril dernier, et le conseil d’arrondissement de Villeray-Saint-Michel-Parc Extension, deux mois plus tôt. Ces élus demandaient que soit instauré un véritable couvre-feu entre 23 h et 7 h à l’aéroport Montréal-Trudeau et des mesures supplémentaires d’atténuation de bruit durant la journée. Lorsqu’un résidant a rappelé ces résolutions votées par ces élus, la vice-présidente aux Affaires publiques d’ADM s’est empressée de dire que les résolutions de municipalités ne modifiaient en rien la gestion des activités aéroportuaires qui relèvent du fédéral. 

Pollueur non collaboratif

Pour Raymond Prince, également des Pollués de Montréal-Trudeau, la société ADM refuse de travailler à trouver des solutions à la problématique de pollution sonore qu’elle engendre. « Malheureusement, les représentants d’ADM se sont cantonnés dans leurs explications technocratiques des courbes de bruit et autres procédés d’établissement des moyennes journalières de bruit, refusant systématiquement d’essayer même de plancher sur des modifications aux stratégies d’atterrissage et de décollage que le public lui proposait et défendant une politique d’exemptions des mouvements d’aéronefs nocturnes à tout vent qui culmine à des milliers de survols annuels entre 23 heures et 7 heures le matin. » La plupart des participants ont affiché leur vive déception à l’issue de la rencontre, a souligné M. Prince, qui ajoutait toutefois qu’il s’agissait là d’une première depuis la création en 1992 de cette entité intouchable qu’est ADM. 

Poison 

Le message des citoyens présents était quasi unanime : le bruit des avions empoisonne la vie quotidienne des gens. L’interruption des nuits de sommeil est dommageable pour la santé et cela se fait sentir particulièrement l’été, ont déploré plusieurs résidants, tandis que d’autres ont parlé de l’heure de l’apéro gâché sur leurs terrasses alors que le bruit des avions est infernal. Idem pour un autre qui doit augmenter le volume de son téléviseur à chaque fois qu’un avion passe au-dessus de sa résidence et qu’il est devant le petit écran. La présence même le jour de ces décibels, qui sont des pics de bruit et non pas un léger bruit de fond, est certainement nuisible aussi, ont fait remarquer quelques intervenants. ADM a expliqué longuement comment ils mesurent le bruit des avions, et les moyennes. Plusieurs participants leur ont fait remarquer que ce ne sont pas « les moyennes » qui les dérangent, mais bien les pics de bruit des avions au moment de leur passage. 

Pas de mesure dans Ah.-C. !

Alors qu’ADM tourne subtilement en ridicule, sans jamais les nommer toutefois, les stations de mesure achetées et installées par Les pollués de Montréal-Trudeau à différents endroits du territoire montréalais, dont Ahuntsic-Cartierville, en laissant entendre que ces appareils ne sont pas fiables, l’organisme a révélé, en réponse à une question, que ses propres stations de mesure dataient de 1998. Par ailleurs, au cours de la soirée, on apprendra qu’il n’y a aucune station de mesure officielle permanente installée par ADM dans Ahuntsic-Cartierville, alors qu’il y en a une à Côte St-Luc, quartier qui visiblement ne subit pas les assauts du bruit des avions. On apprend aussi que, quand ADM a installé une station de mesure mobile temporaire dans Ah.-C., ce fut au Centre Claude-Robillard, non loin du boulevard métropolitain et de la rue Christophe-Colomb, qui prend parfois des allures d’autoroute. Cette station mobile a été installée pendant 44 jours; toutefois, lors de la présentation d’ADM aux résidants, le seul graphique présenté à l’écran représentait une seule journée.

Les représentants d’ADM sont demeurés sans réponse mardi soir aux propositions des citoyens : aménagement des plans de vol, couvre-feu de 23 h à 7 h, envoi des avions en retard vers Mirabel. 

Dossier politique

Rappelons que toute cette situation dérangeante prend sa source, en grande partie, dans la privatisation des aéroports internationaux canadiens, laquelle a été votée par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, à l’époque. L’ancien premier ministre Jean Chrétien et le Parti libéral du Canada ont aussi mis leur pierre à cet édifice, en donnant leur aval au retour des vols internationaux à Dorval et en faisant une croix sur l’aéroport de Mirabel.  Depuis 1992, ces équipements stratégiques majeurs que sont les aéroports de Montréal sont hors de portée de nos institutions démocratiques. Même le Vérificateur général du Canada ne peut examiner les activités financières et la planification stratégique des autorités aéroportuaires. (Par Christiane Dupont) (2015-06-05)


Crédit photos : jdv – Philippe Rachiele

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