Kevin Drouin-Léger, coordinateur de la Centrale agricole. Photo : JDV / Amine Esseghir

 Créée en 2019, la Centrale agricole est un incubateur et accélérateur d’entreprises spécialisé dans l’agriculture urbaine et la transformation agroalimentaire. Les circuits courts et l’économie circulaire font partie de l’ADN de cette coopérative de services, unique en son genre au Québec et au Canada.

Située sur la rue Legendre Ouest dans un ancien bâtiment industriel, la Centrale agricole héberge actuellement 20 entreprises. « La réussite ou l’échec d’une initiative en économie circulaire est très intimement lié à la géographie », souligne Kevin Drouin-Léger, coordinateur général de la Centrale agricole. Les entreprises agissent sur un territoire délimité et cherchent des matières premières et des intrants tout en développant des collaborations localement. Et le modèle fonctionne. Depuis cinq ans, plus de 87 % des entreprises créées à la Centrale agricole sont toujours en activité. « Les entreprises doivent capter les gisements de matières résiduelles organiques, les îlots de chaleur, les eaux grises, puis mutualiser les moyens », explique Kevin. Mais attention, la Centrale agricole ne se considère pas comme une alternative urbaine capable de remplacer les grandes exploitations agricoles. « On se présente comme une réelle solution à plusieurs problèmes urbains. Que ce soit pour combattre les îlots de chaleur ou les déserts alimentaires, pour créer un système alimentaire durable et participer à l’économie circulaire », souligne le coordinateur de cette coopérative. Le but est de réduire, kilogramme après kilogramme de nourriture produite, l’empreinte environnementale et de diminuer les émissions de GES. « Si ces entreprises étaient ailleurs ou implantées autrement, elles agiraient différemment », relève M. Drouin-Léger.

 Synergie

Outre les espaces de travail, la Centrale agricole permet d’utiliser les moyens mis en commun, comme un camion électrique, une chambre froide, une cuisine collective, une salle de conférence, des salles de réunion, etc. La Centrale agricole favorise la collaboration entre entreprises en permettant par exemple à Coopérative Boomerang de récupérer chez les brasseurs locaux de la drèche, le résidu de bière. Elle fait de la farine maltée à partir de ce qui est considéré comme un déchet. « Cette proximité géographique est cruciale, car la drèche doit être traitée dans les 24 heures pour éviter qu’elle ne se détériore », avise M. Drouin-Léger.

Pas moins de 97% des 700 tonnes de produits récupérés sont valorisés à la Centrale agricole. Données : Centrale agricole

D’autres entreprises de la Centrale agricole utilisent aussi ce même produit. « Ils vont distribuer de la drèche à Mycélium Remédium Mycotechnologies et à TriCycle, producteurs de champignons et éleveurs d’insectes, qui s’en servent dans leurs procédés opérationnels », observe-t-il. Cette propension à chercher localement des matières premières offre aussi une avenue pour réduire le gaspillage alimentaire. Improove, un organisme d’économie sociale créé en 2022, récupère des tonnes de fruits et légumes déclassés pour les offrir tels quels, après tri, aux organismes communautaires, ou alors pour les distribuer après transformation.

« Ces aliments, qui auraient été destinés à l’enfouissement, sont soit vendus directement dans des paniers anti-gaspillage, soit transformés en smoothies ou bien sont déshydratés », illustre le coordinateur général de la Centrale agricole. Les équipements de Boomerang pour la drèche peuvent être utilisés pour déshydrater des aliments également pour l’entreprise Dunord, qui produit des mets préparés. Parmi les autres initiatives innovantes, on trouve Opercule, qui élève de l’omble chevalier en bassins et récupère des déchets chez TriCycle. Ces entreprises démontrent que produire des aliments en ville est possible, même si cela va à l’encontre des conceptions traditionnelles de l’agriculture. Le modèle qui démontre année après année sa pertinence devrait être bientôt reproduit ailleurs au Québec. Des discussions sont en cours à ce sujet.

Récupérer des produits alimentaires, c’est aussi une manière de détourner des tonnes de fruits et légumes de l’enfouissement après transformation. En 2023, les entreprises de la Centrale agricole ont récupéré 700 tonnes de matière première organique valorisée. Seulement 1 % est allé au site d’enfouissement et 2 % ont fini au compostage. « C’est quand même extraordinaire. Cela veut dire que nous avons été capables de valoriser 98 % des produits », se réjouit M. Drouin-Léger. Pour donner plus de crédibilité à ces chiffres, la Centrale agricole souhaite obtenir un financement pour mettre aux normes la collecte des données et leur analyse et ainsi parler le même langage que les universités, les autorités publiques et les entreprises.

 

Cet article est paru dans la version papier du JDV hiver 2025.



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