Les commentions cérébrales, l’odorat et la santé mentale sont au coeur des recherches du professeur Johannes Frasnelle. Photo : Courtoisie CIUSS du Nord-de-l’île-de-Montréal.

Un test d’odorat à la suite d’un traumatisme craniocérébral permettrait de réduire le risque de problèmes émotionnels à long terme.

Le traumatisme craniocérébral (TCC) est l’une des causes les plus importantes d’un trouble de l’odorat, fait remarquer le professeur Johannes Frasnelli, chercheur à l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières. En effet, près de 25 % des personnes qui ont un trouble olfactif ont reçu un coup à la tête, le risque de trouble étant plus grand en cas de coup à l’arrière, à l’avant ou sur les côtés plutôt que sur la tête. « Dans les 24 heures qui suivent une commotion, la plupart des gens ont une réduction de l’odorat, mais ils n’en ont pas conscience », confie le chercheur.

Or, les régions du cerveau impliquées dans le traitement de l’information olfactive sont étroitement liées à celles associées aux émotions, notamment à l’anxiété et à la dépression, de même qu’aux souvenirs. En testant l’odorat dans les jours et les semaines suivant une commotion cérébrale, le professeur en neuroanatomie a d’ailleurs observé que les personnes présentant une atteinte olfactive en phase aiguë semblaient plus à risque de développer ultérieurement des symptômes anxieux ou dépressifs.

Affiner le réflexe du diagnostic

 Une personne victime d’une commotion ou d’un traumatisme craniocérébral ne fait pas nécessairement le lien entre l’altération olfactive qui s’ensuit et un éventuel trouble émotionnel. De plus, en dépit des avancées réalisées dans le traitement neurologique d’un TCC, la perte de l’odorat n’est pas toujours prise en compte dans le réflexe du diagnostic.

À travers ses études et leur vulgarisation, Johannes Frasnelli souhaite que le corps médical ait la présence d’esprit de faire un examen de l’odorat après un traumatisme craniocérébral, l’évaluation de la perte totale (anosmie) ou partielle (hyposmie) de l’odorat pouvant servir d’indicateur de trouble émotionnel.

Sa suggestion s’avère nécessaire dans la mesure où ses études ont permis de mettre en lumière deux cas de figure selon le moment où se fait le test de l’odorat. Les tests réalisés dans les 24 heures suivant une commotion ont révélé que les personnes ayant un problème d’odorat aigu présentaient, un an plus tard, plus de symptômes de dépression ou d’anxiété. Dans le cas des patients testés dans les 30 jours, il s’est avéré que ceux dont l’odorat était altéré présentaient des problèmes émotionnels à long terme six mois et plus après l’événement.

Lorsqu’une altération olfactive résulte d’une commotion, le test de l’odorat agirait comme un marqueur précoce, un « drapeau rouge » permettant au praticien d’être à l’affût d’éventuels troubles et, le cas échéant, d’orienter le patient à temps vers les bonnes ressources.

Sous-jacentes, les régions du cerveau responsables du traitement des odeurs. Photo : Courtoisie CIUSS du Nord-de-l’île-de-Montréal

Pour aller plus loin

 Grâce à l’intelligence artificielle, le professeur Frasnelli et son équipe ont accès à une base de données plus importante que jamais pour leurs études. Cette « révolution » leur permet de réaliser des analyses plus complexes. Toutefois, certains facteurs limitent leurs progrès, notamment le manque de groupes témoins, essentiels pour comparer les résultats observés. À cette fin, l’équipe cible des personnes dont la perte d’odorat n’a pas de lien avec un TCC et des personnes qui n’ont ni perdu l’odorat ni subi une commotion – des groupes qui ne sont pas évidents à trouver, indique le chercheur.

Une donnée du gouvernement québécois sur la commotion cérébrale souligne que plus de 45 000 personnes ont consulté à l’urgence ou en cabinet médical pour ce diagnostic en 2019, un nombre en croissance constante depuis 2008. Même bénin, un traumatisme craniocérébral ne doit pas être pris à la légère, car il pourrait être à l’origine de troubles psychologiques plus importants, insiste Johannes Frasnelli.

Ce texte a été publié dans la version papier du JDV de février 2026.



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