Un petit castor de l’année accompagné par un plus vieux en hiver. Photo :Carol / Gray/ Shutterstock 2276508239

J’étais au bord de la rivière, accompagnée de ma nièce, qui passe la semaine chez moi, quand nos regards ont été attirés par un mouvement dans l’eau. Un castor glissait silencieusement près de la berge. Derrière lui, deux jeunes le suivaient de près.

Les castors sont connus pour leur capacité à transformer le paysage, bâtissant barrages et huttes. Mais ce qui me fascine, c’est la cohésion familiale qui sous-tend leur vie. Dans une famille de castors, on ne trouve pas seulement le couple reproducteur et ses petits de l’année : les jeunes de l’année précédente restent souvent pour aider. Ils participent à l’entretien de la hutte, à la surveillance des prédateurs et à l’éducation des plus jeunes.

Cette coopération n’est pas propre aux castors. Dans le monde animal, de nombreux exemples montrent que l’élevage coopératif peut dépasser la simple parenté directe. Les lionnes, par exemple, partagent la garde et la protection des lionceaux : chaque femelle veille sur les petits des autres. Dans le monde des abeilles, les ouvrières stériles consacrent leur vie à nourrir et protéger la reine et sa descendance, assurant ainsi la survie de la colonie entière. Les suricates pratiquent un comportement similaire : les jeunes adultes aident à nourrir et protéger les petits du groupe, tout en veillant au moindre mouvement suspect des prédateurs. Les meutes de loups aussi bénéficient de jeunes adultes non reproducteurs qui veillent sur les louveteaux et participent activement à leur éducation. Ces tantes et grands frères jouent un rôle crucial : ils assurent la protection, enseignent des compétences et permettent aux parents de concentrer leur énergie sur la reproduction et la survie de l’ensemble de la famille.

Castor. Illustration : Anne F. Préaux

Observer ces comportements rappelle que le partage et la coopération ne sont pas seulement des valeurs humaines. Dans le cas des animaux, prendre soin des jeunes d’autrui peut sembler surprenant, mais cette coopération n’est pas un hasard. Elle s’explique souvent par la sélection de parentèle : en aidant à élever les frères, sœurs, nièces ou neveux, les individus contribuent à la transmission de gènes qu’ils partagent déjà. Autrement dit, même sans avoir leurs propres petits, ces « aides » augmentent indirectement leurs chances génétiques en protégeant et en nourrissant des individus apparentés. Dans chaque geste des castors ou des lionnes, dans chaque vigilance des loups ou des suricates, la nature nous montre ainsi que l’altruisme est en réalité une stratégie évolutive : prendre soin de ceux qui ne sont pas nos propres enfants renforce la survie de la famille et du groupe, et assure la continuité de notre lignée génétique.

En observant cette petite famille de castors ce soir-là, j’ai pensé à ma sœur et au temps que je partage avec ma nièce à découvrir la nature. Cette nature, elle, nous montre que la survie, la croissance et la prospérité passent souvent par la coopération et l’altruisme… et la famille. Et qu’au bord d’une rivière, dans le froissement des branches et le plouf d’une queue sur l’eau, l’entraide prend une forme étonnante.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de décembre 2025.



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