Papillion monarque sur une asclépiade commune. Illustration : Courtoisie Anne F. Préaux

En fin de journée, lors d’une promenade, je m’arrête soudain devant un plant d’asclépiades. Je sors mon téléphone, note instinctivement l’heure et l’endroit, puis photographie une chenille posée dessus. Simplement, au coin de cette rue, je deviens actrice d’une vaste collaboration entre scientifiques et citoyens.

Cette chenille n’est pas banale. C’est celle du monarque, ce papillon célèbre pour sa migration annuelle jusqu’au Mexique, mais aussi tristement reconnu comme une espèce en danger. « Mission monarque », un projet porté par l’Insectarium de Montréal et Espace pour la vie, ainsi que l’Institut de recherche en biologie végétale, recueille en ligne des données sur la répartition et l’abondance du monarque et de l’asclépiade, la plante hôte du papillon. Les contributions citoyennes à ce projet aident les scientifiques à suivre les déplacements migratoires, à mesurer l’impact des changements climatiques et à ajuster les stratégies de conservation. Les informations collectées peuvent nourrir des publications scientifiques et influencer les politiques urbaines, allant jusqu’à définir des zones de plantation idéales pour favoriser la survie du monarque.

La fameuse chenille du monarque. Photo : Courtoisie Anne F. Préaux

La science citoyenne

Voilà ce qu’est la science citoyenne : elle fait appel au regard attentif, à la présence et aux observations concrètes, souvent quotidiennes, des gens ordinaires. Qu’il s’agisse de photos, de mesures ou de simples témoignages, ou encore d’entrées sur des applications telles que eBird Québec ou iNaturalist, leur contribution permet à ceux et celles qui font de la recherche de couvrir des territoires vastes, sur de longues périodes, souvent en continu, et ce, à moindre coût. Une force remarquable. Avec plusieurs millions de paires d’yeux au lieu d’une seule, l’efficacité se multiplie.

La science citoyenne n’est pas une nouveauté. Dès le 19ᵉ siècle, des adeptes de l’ornithologie, de l’entomologie et de la botanique rassemblaient déjà leurs observations locales, construisant une base de données importante pour l’écologie naissante. Au 20ᵉ siècle, la poste et la photographie ont facilité l’échange d’informations. Aujourd’hui, Internet et nos téléphones portables révolutionnent encore cette pratique : les plateformes et applications permettent à tout un chacun de participer instantanément. Nous sommes passés des cahiers manuscrits à des millions d’observations géolocalisées en temps réel !

Abeille. Photo : Courtoisie Anne F. Préaux

Bien sûr, il existe des limites : tout le monde ne peut pas devenir chercheur du jour au lendemain et, surtout, tout le monde n’est pas expert. En science citoyenne, on privilégie donc des missions accessibles, où les erreurs éventuelles (identification, localisation) peuvent être corrigées ou restent statistiquement marginales. Mais au-delà des données, la science citoyenne crée un dialogue précieux : elle rend visible le travail des scientifiques, elle invite le public à saisir les enjeux et à partager la passion de la découverte. Et entre nous, c’est très gratifiant de savoir que nos gestes, même modestes, s’inscrivent dans un mouvement collectif.

Contribuer à la science

Ce soir-là, en marchant près de ce plant d’asclépiades, j’ai pris part, à ma façon, à la recherche et à la préservation d’une espèce. Si vous souhaitez vous lancer vous aussi, sachez que, partout au Québec – notamment à Montréal –, de nombreux programmes attendent votre regard : suivi des abeilles ou des chauves-souris, signalement des plantes envahissantes, des tortues ou des coyotes, observation des habitats, des glaces sur les cours d’eau, de la neige, des amphibiens ou d’oiseaux nicheurs, et bien plus encore. Une simple recherche en ligne suffit pour découvrir de multiples initiatives locales et régionales. Entre autres, AttentionNature a plusieurs programmes canadiens à la portée de tout le monde. À chaque note, photo ou observation, nous faisons avancer la science.

Alors, êtes-vous prêt à contribuer à la science avec un grand « S » ?

Cet article a été publié dans la version papeir du JDV du mois d’octobre.



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