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Capsule ornithologique

L’Épervier de Cooper: la terreur des moineaux

Publié le 13/01/2019
par Jean Poitras

Épervier de Cooper adulte (Photo: Jean Poitras)

(Cooper’s Hawk)             (Accipiter cooperii)

Des moineaux se chamaillent autour de mes mangeoires disputant aux mésanges et aux sitelles l’accès aux graines de tournesol. Soudain c’est la panique; tous s’envolent pour se cacher dans la haie de thuya voisine, puis quittent ma cour. Un prédateur vient d’apparaître sur une branche du gros érable argenté. Je saisis mes jumelles; pas de doute c’est un Épervier de Cooper qui est la cause de cet effroi.

L’oiseau va alors se poser sur le bout du poteau de corde à linge et y prend une pose de souverain des lieux. Après avoir inspecté les alentours, il plonge à son tour dans la haie de thuya et, agilement, s’y faufile de branche en branche à la recherche de retardataires. Mais tous sont partis, alors il s’envole et quitte vers d’autres quartiers de chasse.

Description

L’Épervier de Cooper mesure entre 40 et 50 cm de hauteur; la femelle, comme pour plusieurs autres rapaces, notamment les faucons, est plus grande que le mâle. Les adultes ont le dos gris foncé, la poitrine, le ventre et les flancs blancs fortement striés de brun et ont un dessus de tête très foncé qui se démarque du cou et des joues nettement plus pâles.

Les pattes jaunes sont munies des typiques serres acérées des rapaces. Une queue longue et rayée se termine par un bout arrondi et une large bande blanche, ce qui le différencie de l’Épervier brun, une espèce plus petite.

On note de plus, le bec crochu caractéristique de ce type d’oiseau ainsi qu’un sourcil blanc au-dessus de l’œil.

Les juvéniles ont le dos brun tacheté de blanc et les stries sur la poitrine sont verticales plutôt qu’horizontales. Ils ont les yeux jaunes tandis que les adultes les ont rouges.

Épervier Cooper juvénile, de face – photo: J. Poitras

Alimentation et comportement

Les Éperviers de Cooper sont des chasseurs diurnes. Leur déplacement se fait à moyenne ou basse altitude et consiste en plusieurs battements d’ailes suivi d’un épisode de vol plané. Ils se perchent souvent sur les branches horizontales ou des poteaux pour scruter les environs.

Les moineaux de ma cour avaient raison de fuir précipitamment. L’Épervier de Cooper se nourrit principalement de petits oiseaux, bien qu’il ne dédaigne pas un volatile de plus grande taille comme le pigeon.

On lui a attribué, à tort, une réputation de destructeur de poulaillers car il peut, si l’occasion se présente, se payer un poulet, d’où son surnom anglais de « Chicken Hawk ».

Les petits mammifères comme l’écureuil font aussi partie du menu de ce rapace.

Ses ailes courtes et rondes et sa longue queue lui confèrent un atout dans la poursuite d’une proie à travers les boisés, en lui facilitant des déplacements à virages serrés.

Il est plutôt vocalement discret et n’émet son cri, un Kîi-kîi-kîi  nasillard que lorsqu’il veut éloigner un concurrent de sa zone de nidification. Les juvéniles, quant à eux, poussent un sifflement plaintif en sollicitant la becquée.

Nidification et habitat

L’Épervier de Cooper préfère nicher dans des forêts ou boisés de feuillus ou mixtes, et peuplés de grands arbres. Il y construit un nid de branchages tapissé d’écorces, d’aiguilles de pin ou parfois de mousse. C’est un nid de grande dimension, 70 cm environ, et il est situé à plusieurs mètres du sol. Un couple peut retourner nicher près du même endroit pendant plusieurs années. La construction du nid se fait généralement en mars ou en avril et c’est à cette période que l’on peut le plus facilement le repérer, avant que le feuillage ne le masque.

Fréquenter le type d’environnement décrit plus haut fait que notre oiseau est difficile à repérer à travers la végétation estivale. Il peut donc surprendre ses proies et fondre sur elles à l’improviste. En outre, ces endroits étant fréquentés par nombre de petits animaux à poils ou à plumes constituent pour lui un bon garde-manger afin de nourrir la nichée qui est typiquement constituée de quatre ou cinq oisillons.

Le mâle assure l’essentiel de la chasse pendant la couvaison et le début de vie des oisillons. Après, les deux parents se relaient pour nourrir les petits affamés.

Territoire et migration

L’Épervier de Cooper niche dans l’ensemble des États-Unis, au sud de la frontière canadienne et dans le sud des

Épervier de Cooper juvénile – photo: J. Poitras

provinces du Canada, sauf peut-être dans certaines provinces maritimes. Au Québec, il n’est fait mention dans l’Atlas des Oiseaux nicheurs du Québec que de quelques sites confirmés dans le sud-ouest.

La deuxième édition de cet ouvrage[1] devrait en mentionner beaucoup plus puisque le nombre d’observations a augmenté ces dernières années.

En hiver, l’espèce se retire des régions les plus nordiques de son territoire. On le retrouve alors dans les états plus méridionaux des États-Unis, et en Amérique centrale. Ceci n’est que partiellement vrai puisque j’ai personnellement effectué des observations d’adultes et de juvéniles dans les mois de novembre à février ces dernières années, et je ne suis pas le seul. L’oiseau serait-il en train de modifier ses habitudes?

Chose certaine, il est de plus en plus présent dans notre arrondissement comme les nombreuses observations des ornithologues locaux le confirment.

La présence de grands parcs boisés y est sûrement pour quelque chose, et les mangeoires hivernales qui concentrent beaucoup de petits oiseaux et de rongeurs, menu de prédilection pour l’Épervier, y contribuent sans contredit.

[1] Cette deuxième édition devrait paraître en avril 2019. Elle est présentement en prévente sur le site de Québec-Oiseaux.