
La suppression du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) suscite la grogne chez les travailleurs issus de l’immigration et candidats au PEQ, chez les entrepreneurs faisant appel à eux, et chez les responsables de plusieurs organismes.
Qui sont ces immigrants menacés de perdre la chance d’obtenir un Certificat de sélection du Québec (CSQ) et d’ainsi avoir éventuellement accès à la résidence permanente ?
Ce sont des personnes qui ont tout quitté pour s’installer au Québec et qui sont ici depuis plusieurs années. Elles ont souvent été recrutées à travers des missions du gouvernement à l’étranger pour pallier un manque de main-d’œuvre dans un secteur particulier – que l’on pense aux infirmières et aux médecins, par exemple. Elles parlent français, ont un employeur établi au Québec, et participent à la vie communautaire.
Les conséquences
Les entreprises de l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville sont elles aussi touchées par ces changements et sont inquiètes.
Philippe Gagnon, vice-président, opérations canadiennes, à Attraction, témoigne des problèmes que ce changement provoque dans l’entreprise. La main-d’œuvre d’Attraction est composée à 50 % de travailleurs détenant un permis de travail fermé qu’il ne sera pas possible de renouveler l’échéance venue. « Ils sont au Québec depuis quatre ou cinq ans, ils ont fait venir leur famille, les enfants vont à l’école. Nous les avons formés et ils suivent des cours de français. On souhaitait qu’ils puissent avoir accès à la résidence permanente en passant par le PEQ nous dit Philippe.
Ariane Dijould, responsable des ressources humaines à La bête à pain, confirme que la disparition du PEQ cause des problèmes pour certains employés. Elle ajoute toutefois que la liste des professions acceptées pour l’obtention d’un permis de travail nécessite une mise à jour urgente par les gouvernements. Cette liste ne correspond pas aux besoins des petites et moyennes entreprises, car l’exigence d’un salaire de 35 $ de l’heure ou encore le manque d’analyse différenciée du taux de chômage dans ce type d’emploi fait en sorte qu’il n’est pas possible d’obtenir un permis de travail.
Le PEQ
Le PEQ permettait à des travailleurs parlant français et ayant deux ans d’expérience sur le marché du travail au Québec, ainsi qu’aux étudiants ayant fait leurs études au Québec, de présenter une demande d’obtention d’un Certificat de sélection du Québec s’ils respectaient les critères de sélection du PEQ.
Le gouvernement du Québec, désireux de diminuer le nombre d’immigrants, a mis en place un nouveau programme, le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ).
Le PSTQ
Les critères pour être invité à faire une demande au PSTQ sont beaucoup plus sévères. Il s’agit d’un système de pointage. Plus vous obtenez de points, plus vos chances sont grandes de recevoir une invitation à faire une demande d’immigration. Les critères varient selon les secteurs d’emploi.
Certains de ces critères font beaucoup jaser, celui de l’âge et de la scolarité, entre autres. Le niveau de scolarité fait aussi grimper le pointage, ce qui nuit au recrutement de travailleurs dans les domaines comme la restauration ou le textile. Ceux-ci n’obtiendront pas le nombre de points suffisant même s’ils sont francisés et s’ils ont un travail stable.
Un des grands désavantages du PSTQ est l’imprévisibilité. Avec le PEQ, il y avait une quasi-certitude d’obtenir un CSQ. Le PSTQ laisse les gens dans l’incertitude quant à la possibilité d’être invité. Les invitations sont faites par le gouvernement selon les besoins en main-d’œuvre qu’il a définis. Par exemple, si le gouvernement veut inviter les 100 ingénieurs ayant les meilleurs résultats, vous ne pouvez savoir où vous vous trouvez sur la liste ni si vos chances sont bonnes.
Les appuis
Des organismes tels l’Union des municipalités du Québec, la Fédération des chambres de commerce et le Conseil central du Montréal métropolitain, de même que les élus de plusieurs municipalités, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale, la Table régionale des élus municipaux du Bas-Saint-Laurent et les chambres de commerce, réclament à l’unanimité une clause de droits acquis (dite « grand-père ») pour surseoir à l’application du changement du PEQ vers le PSTQ pour les immigrants déjà installés. Le fait de devoir recommencer les démarches et de ne pas savoir s’il y a une chance qu’on les invite à postuler crée un sentiment d’insécurité chez les immigrants.
La position gouvernementale
Le ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, répète sur toutes les tribunes qu’il n’est pas question de clause de droits acquis pour les personnes déjà installées au Québec. Le ministre affirme aussi que le PEQ donnait accès à la citoyenneté canadienne, ce qui n’est pas le cas. Le PEQ donnait accès au CSQ, qui permettait un accès facilité, mais non automatique à la citoyenneté.
Depuis la création du PEQ, les admissions tournent autour de 20 000 personnes par année. Lorsque le ministre parle de 550 000 immigrants présents sur le territoire québécois, il inclut toutes les catégories d’immigration (demandeurs d’asile, travailleurs temporaires, étudiants, etc.). Un très petit nombre de ces personnes sont admissibles au programme.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV de février 2026
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