La partie de bras de fer qui oppose Google et Facebook au gouvernement fédéral a beau se jouer très loin de nous, les impacts se font sentir très concrètement pour nous dans Ahuntsic-Cartierville.
Ainsi, alors que les contenus Web du Journal des voisins (JDV) généraient en moyenne un peu plus de 6000 pages vues par semaine dans les derniers mois, le nombre de pages vues a chuté à moins de 4000 la semaine dernière. À pareille date l’an dernier, on dénombrait près de 7500 pages vues hebdomadaires sur le site du JDV.
Qu’est-ce qui peut bien expliquer une baisse draconienne de près de 50 % de notre trafic Web par rapport à l’an passé?
Un désintérêt soudain pour nos contenus en ligne? Ce serait étonnant: le Journal des voisins a gagné en 2022 le prix de l’engagement numérique de l’Association des médias écrits communautaires du Québec. Nous comptons des milliers d’abonnés dans Ahuntsic-Cartierville qui nous suivent sur les réseaux sociaux.
Une désaffection subite pour l’actualité numérique produite par le JDV? Cette hypothèse semble improbable, sachant que «97 % des lecteurs de journaux accèdent à au moins une partie du contenu de leur journal en ligne», selon l’étude Journaux 24/7 2023 menée par Médias d’Info Canada.
Non, la cause de l’effondrement de notre audience Web est tout autre. Elle tient essentiellement dans la décision de Meta, siège social de Facebook et d’Instagram, de limiter la portée des contenus canadiens d’information dans le cadre de sa campagne de représailles contre le projet de la Loi concernant les plateformes de communication en ligne rendant disponible du contenu de nouvelles aux personnes se trouvant au Canada.
L’information prise en otage
Quoi qu’on pense du bien-fondé du projet de loi C-18, on ne peut que s’inquiéter de voir des puissances technologiques et commerciales comme Facebook, Instagram et Google recourir à des techniques de chantage — qui s’apparentent à de la censure indirecte — pour faire pression sur le processus législatif.
Dans une démocratie, lorsqu’un projet de loi ne fait pas notre affaire, il existe toutes sortes de moyens de faire savoir notre opposition. On fait signer des pétitions pour interpeller les décideurs publics. On organise des manifestations pour sensibiliser l’opinion publique à notre point de vue.
Les plus fortunés, qui à défaut d’avoir la force du nombre disposent du pouvoir de l’argent, préfèrent habituellement engager des lobbyistes pour faire des représentations aussi directes que discrètes auprès des responsables politiques. C’est ce que font toutes les grandes entreprises, mais il semble que dans ce cas-ci le lobbyisme des GAFAM* se bute à une fin de non-recevoir à Ottawa.
C’est donc vers des tactiques de pression plus sournoises que se tournent des entreprises comme Meta en prenant en otage les contenus d’information produits par les médias canadiens qui dépendent des réseaux sociaux et des moteurs de recherche pour rejoindre leurs publics en ligne.
David et Goliath
C’est une lutte à armes inégales que nous menons pour continuer à produire et à diffuser des contenus d’information locale indépendante et de qualité dans Ahuntsic-Cartierville. Les articles du Journal des voisins sont offerts gratuitement aux dizaines de milliers de lecteurs et de lectrices qui nous suivent depuis plus de 10 ans.
Chaque petit geste que vous posez nous apporte un caillou à mettre dans le lance-pierre qui nous sert à continuer notre combat de David contre les Goliath que sont les géants du Web.
* GAFAM: acronyme des géants du Web, soit Google, Apple, Facebook (Meta), Amazon et Microsoft.
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