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Au micro : Azzedine Achour, directeur de Solidarité Ahuntsic. À l’arrière-plan, au centre, Ronald Cyr, directeur général de l’arrondissement, et à sa gauche (notre droite), André Gravel, commissaire du district Bordeaux-Ahuntsic, à la CSDM. (Photo: archives jdv)

Plus d’une cinquantaine de résidants ont participé à une consultation
publique mardi qui avait pour but de présenter les modifications apportées au
projet immobilier prévu au 10 000, rue Meilleur. La proposition d’y ériger
480 unités de logements n’a certainement pas fait l’unanimité, tant auprès des
citoyens, que des élus. 

Rappelons que le projet en question est situé au 10 000 rue Meilleur, à l’intersection de la rue Sauvé et de la rue Meilleur, à l’endroit où se trouve le bâtiment industriel de la Crown-Cork & Seal. Depuis la fermeture de cette industrie en 2009, la Ville tente de convertir le terrain en secteur résidentiel.

Le terrain, d’une superficie de 32 938 mètres carrés (3,29 hectares), est bordé par le chemin de fer du Canadien Pacifique et est à proximité du parc Saint-Benoît, de l’école primaire Saint-Benoît et du poste d’Hydro-Québec. 

De 528 à 485

Mardi, la Ville a présenté les dernières propositions du promoteur : six bâtiments qui comprendraient 485 logements seraient construits. 

Au printemps 2012, le promoteur proposait la construction de 528 logements répartis sur neuf bâtiments de trois étages avec un stationnement extérieur. Mais le comité d’urbanisme de l’arrondissement avait rejeté cette proposition et les plans ont été redessinés. En octobre 2012, le promoteur proposait un projet avec 680 logements dans des bâtiments de 4 à 6 étages. Toutefois, les plaintes de citoyens avaient de nouveau poussé l’arrondissement à faire modifier les plans. 

Cette nouvelle proposition réduit de 30 % le nombre de logements, ajoute une rue en « U » au centre du terrain, et comprend deux parcs publics (un grand, qui serait relié au parc Saint-Benoît et un petit, à l’arrière, sous l’emprise d’Hydro-Québec). 

Les huit bâtiments occuperaient 33,9% de la superficie du terrain. Quatre bâtiments auraient  quatre étages alors que deux bâtiments auraient six étages (le long de la voie ferrée). Parmi les unités, 78 seraient des logements sociaux et 159 des logements à prix abordables. Le projet compterait 554 unités de stationnement souterraines (avec sept accès à ce stationnement souterrain) ainsi que 61 unités de stationnement extérieur. 

Appui du comité

Le comité consultatif en urbanisme de l’arrondissement Ahunstic-Cartierville appuie le projet, puisque le promoteur  accepterait de s’assurer que le parc et le jardin communautaire demeurent de nature privée; d’obtenir les ententes avec Hydro-Québec pour la construction d’un stationnement sous les lignes à haute tension; d’implanter une garderie et/ou un dépanneur sur le site; d’inclure une stratégie de gestion des eaux de ruissellement; de signer une entente avec la Ville pour la gestion des déchets et des matières recyclables. 

Citoyens pas contents

Selon une analyse de la circulation, demandée par l’arrondissement, les « conditions de circulation sur la rue Meilleur et Sauvé ne devraient pas être affectées par l’ajout de ces mouvements de véhicules ». En fait, selon leurs statistiques, à l’heure de pointe du matin (7h45-8h45), 138 véhicules sortiraient du projet résidentiel, tandis que pendant la période de pointe en après-midi (16h30-17h30), le projet générerait 118 entrées supplémentaires. D’après l’analyse, la majorité des voitures n’emprunteraient pas les rues avoisinantes, mais se dirigeraient vers la rue Sauvé. 

Ces statistiques ont fait vivement réagir les citoyens dans la salle. Plusieurs se sont dits perplexes et affirment que ces chiffres ne reflètent pas la réalité. 

« Peut-être avez-vous mis des lunettes roses? », demande le résidant Patrick Bourgeois, qui craint une augmentation significative de la circulation dans les rues avoisinantes du quartier. « Ces gens, ils voudront tous aller chez Loblaws et passeront par les petites rues », a remarqué M. Bourgeois. 

« Le gros bon sens nous dit que si on ajoute 500 véhicules (ndlr : dans le secteur), la circulation va augmenter », a dit un citoyen, qui souligne qu’il y a déjà une problématique de circulation dans ce secteur. 

Un autre citoyen, Jean-Jaques Lapointe, est préoccupé par la sécurité à proximité du parc. Des centaines d’enfants et parents fréquentent le parc et la circulation provenant du 10 000 rue Meilleur risque de rendre la situation plus dangereuse.

Transport en commun?

Les élus ont précisé que le projet est à proximité de transport en commun, ce qui aiderait à réduire la circulation. Mais un citoyen a demandé si l’arrondissement avait discuté avec la STM concernant la capacité des autobus. « La 121 est déjà bondée aux heures de pointe. Je dois souvent laisser passer un autobus avant de pouvoir entrer », dit Jean-Jacques Lapointe. 

Les élus ont vivement défendu les chiffres de l’analyse.

« Écoutez, on ne peut pas se baser sur des feelingsa dit le conseiller Pierre Desrochers.

Démesure

Ce projet aurait une densité brute de 147 logements par hectare, soit moins que les 200 logements par hectare de la place Meilleur et les 250 logements par hectare de la place l’Acadie. Cette haute densité en a fait sursauter plus d’un. Tous ont consenti qu’une densification est nécessaire pour éviter l’étalement urbain, mais de nombreux citoyens estiment que ce projet va trop loin.

« C’est de la démesure », a déclaré la résidante Nathalie Cloutier.

« Je comprends qu’il faut augmenter la densité, mais il ne faut pas être aveuglés », a ajouté, pour sa part, Denis Breault.

Plusieurs ont noté que cette densité dépasse même la densité prévue pour le PPU Henri-Bourassa, qui avait été vivement contesté par les Ahuntsicois. 

Un autre citoyen se demande si l’arrondissement se sent poussé par la ville-centre à construire en haute densité afin d’atteindre l’objectif de construire de 60 000 à 70 000 logements sur l’île. 

« Est-ce qu’il va falloir tout avaler dans Ahuntsic ce que la ville centre veut? Est-ce qu’on va réparer toutes les erreurs du passé dans ce projet? », demande le résidant, Martin Chapdelaine, qui précise qu’il a choisi Ahuntsic-Cartierville, entre autres, pour la faible densité. Plusieurs citoyens ont cependant mentionné qu’ils seraient prêts à accepter un projet avec des bâtiments de quatre étages ou moins. 

Plus abordables

Pour sa part, le conseiller Harout Chitilian a précisé que la densification permet de construire de plus petits logements, qui, en conséquence, sont plus abordables. 

« Nous devons trouver la densification idéale », a-t-il dit.

Des citoyens, dont le commissaire scolaire, André Gravel, ont rappelé que les écoles et les services médicaux du quartier sont remplis à capacité et que la densification empirera le problème.

Un parent de l’école Saint-Benoît, Patrick Bourgeois, a demandé si la Ville et la commission scolaire ont prévu d’augmenter la capacité des écoles environnantes en prévision de ce projet et celui du PPU Henri-Bourassa. Le maire Gagnier a répondu qu’ « il imagine que la commission scolaire pense à agrandir ». Le commissaire, André Gravel a répondu qu’ « il y a un très sérieux problème d’espace dans les écoles d’Ahuntsic. Nous avons besoin de la collaboration de la ville. Nous ne pouvons pas développer des quartiers sans écoles »,a-t-il déploré. 

M. Bourgeois a rappelé que les parents sont opposés à l’agrandissement de l’école Saint-Benoît afin qu’elle demeure une école de quartier et non « une polyvalente au primaire ».

Inclusion sociale

Certains groupes communautaires dont Solidarité Ahuntsic ont toutefois applaudi l’inclusion de nombreux logements sociaux et ont appuyé le projet. 

La députée, Maria Mourani, a d’ailleurs soumis une lettre aux élus à ce sujet. Si elle est heureuse de voir une certaine mixité dans ce projet, elle craint que l’ajout de tous ces logements dans un secteur défavorisé ait un impact social considérable.

« Il ne suffit pas d’appuyer ce projet pour que, comme par magie, les défis actuels de ce milieu disparaissent. De ce fait, si ce projet est accepté dans sa forme actuelle, certaines mesures devront être prises pour maintenir et accroître la qualité de vie des familles. Si nous n’avons pas les moyens pour bien accueillir cet ajout de population, il faudrait revoir le nombre d’habitations », écrit-elle.

Mme Mourani recommande que l’acceptation de ce projet soit « précédée ou associée à un plan de revitalisation urbaine intégré ».

Pour sa part, la résidante, Nathalie Cloutier, estime que la qualité de vie dans le quartier sera affectée sans l’ajout de services dans les CLSC et les organismes communautaires. Tout comme Maria Mourani, elle craint que ce projet accentue encore plus les pressions sociales sur ce secteur. 

Planification

Certains citoyens estiment que le projet de la rue Meilleur devrait s’inscrire dans le cadre du PPU (plan particulier d’urbanisme) d’Henri-Bourassa ouest, ou du moins, que les impacts de ces deux développements résidentiels
soient étudiés côte à côte.

« Il faut regarder l’impact sur tout le quartier », dit Mme Cloutier « C’est le même promoteur que celui du
MTQ qui revient à la charge », rappelle-t-elle. 

Le maire Pierre Gagnier a simplement répondu que les citoyens ne doivent pas « mêler les sauces » et que les deux projets sont complètement distincts.

Désaccord au sein du conseil

À la fin de la période de questions, une seule élue, Émilie Thuillier, s’est opposée au projet. Elle a précisé qu’elle appuie la construction d’un bâtiment de six étages pour des logements sociaux, mais elle questionne la nécessité de construire 485 logements. La conseillère estime que le projet de la rue Meilleur devrait être étudié conjointement avec celui du PPU d’Henri-Bourassa ouest afin de mieux comprendre l’impact sur le quartier.

Mme Thuillier aimerait aussi voir une plus grande mixité de logements, tel qu’un mélange de condos, de petites maisons de ville et de plex en rangée ou jumelés.

« On peut ainsi diminuer la densité », croit l’élue. 

Si la conseillère Lorraine Pagé accepte le projet, elle consent que l’arrondissement doit limiter la densité, mais elle ajoute que « le phénomène du “pas dans ma cour” est aussi un problème ».

Considérant le grand scepticisme des citoyens concernant l’étude d’impact sur la circulation, M. Desrochers a promis d’analyser de nouveau les chiffres concernant la circulation.

Plusieurs citoyens ont averti les élus des conséquences politiques de leur décision. 

« Si vous aviez dit, lors de l’élection, que vous étiez pour la densification à six étages, vous ne seriez pas là. Faites
attention à la façon dont vous votez », a prévenu Martin Chapdelaine.  

Pour voir toutes les photos prises par notre photographe, Élaine Bissonnette, lors de la rencontre, cliquez ici

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