Itinérance: offrir une sortie de rue définitive

Visions d'architecte de la Maison du coin. Photo : Courtoisie atelier L'Abri

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Un immeuble de 42 logements de transition pour des personnes ayant vécu l’itinérance devrait ouvrir ses portes au printemps 2027. Situé sur le boulevard Crémazie, à Ahuntsic, le projet a d’abord soulevé des inquiétudes dans le voisinage.

C’est à l’intersection de Crémazie et de Chateaubriand, sur l’emplacement de l’ancien salon funéraire Urgel Bourgie, que la Maison du Coin – Crémazie, un immeuble de trois étages conforme aux normes LEED, verra le jour. Domicile fixe, un promoteur spécialisé dans les logements hors marché, porte le projet en partenariat avec l’organisme Mission Bon Accueil.

Le bâtiment a été pensé pour pallier un manque dans l’offre d’assistance aux personnes en situation d’itinérance. « Nous avons des services d’urgence, mais une personne dans un lit de camp ne peut pas retrouver sa stabilité », a expliqué Sam Watts, PDG de Mission Bon Accueil, lors de la présentation de la Maison du Coin – Crémazie, le 7 mai, à Ahuntsic.

Les futurs résidents, d’anciens sans-abri ou des personnes à risque d’itinérance, séjourneront en moyenne un an dans des studios équipés d’une cuisine et d’une salle de bain avant de rejoindre un logement définitif.

Vision d’architecte de la Maison du coin, boulevard Crémazie. Courtoisie atelier L’Abri

Ni refuge ni résidence ordinaire

Jean-François Tremblay, cofondateur de Domicile fixe, souligne que le bâtiment offre une résidence temporaire pour préparer les gens à l’autonomie, sans les y précipiter. « On ne peut pas faire un grab and drop [prendre, déplacer et relâcher] pour amener des itinérants directement vers un logement », avait-il dit lors d’une rencontre avec les riverains en avril.

Le modèle s’appuie sur un « continuum de soins », à savoir des services adaptés aux besoins de chaque résident, une formule répandue dans l’Ouest canadien, mais encore peu connue au Québec.

Concrètement, aucun service de toxicomanie ni de santé mentale ne sera offert sur place. Les résidents accueillis seront déjà stabilisés. Des intervenants seront présents en permanence dans le bâtiment, mais les résidents – certains en emploi, d’autres en formation – pourront circuler librement.

Vision d’architecte de la Maison du coin. Photo : Courtoisie atelier L’Abri

Des voisins rassurés, mais attentifs

Des riverains craignaient que la Maison du Coin serve de refuge d’urgence. Certains s’inquiétaient notamment de la présence accrue de personnes en situation précaire dans le petit parc Saint-Alphonse. D’autant que des personnes sans domicile fixe campent déjà sous le pont de la Métropolitaine, tout près, et que des problèmes de cohabitation ont été signalés.

Un tract anonyme avait circulé dans le quartier dès l’annonce du projet, comparant la Maison du Coin au site d’hébergement d’urgence prévu en 2024 sur l’avenue du Bois-de-Boulogne, à Bordeaux-Cartierville, et finalement abandonné. Le parallèle était inexact. Un refuge d’urgence n’est pas une maison de transition.

Pour répondre aux préoccupations, voire aux critiques des citoyens, l’arrondissement avait organisé une soirée d’information au chalet du parc Saint-Alphonse en avril. Une quarantaine de personnes s’y étaient déplacées. Parmi les problématiques soulevées, on compte la présence d’adultes dans la section du parc réservée aux jeunes enfants.

Victor Esposito, conseiller municipal dans le district Saint-Sulpice, a indiqué qu’un prochain réaménagement du parc tiendrait compte des besoins de l’ensemble des usagers.

Un comité de bon voisinage en vue

Comme première réponse aux préoccupations citoyennes, une clôture a été installée pour fermer le site du futur chantier, resté ouvert depuis la démolition de l’ancien salon funéraire l’automne dernier.

Mission Bon Accueil s’est engagé à créer un comité de bon voisinage pour maintenir une communication constante avec les résidents du secteur. Les promoteurs ont par ailleurs invité les voisins à visiter les installations de Mission Bon Accueil au 2222, rue Ontario Est, dont le fonctionnement est similaire à ce qui est prévu à Ahuntsic.

Un financement atypique

Le coût total du projet est estimé à 15 millions de dollars. Les subventions publiques représentent moins de 20 % de cette somme ; le reste est financé par des prêts. Il s’agirait du premier immeuble neuf entièrement destiné aux personnes en situation d’itinérance à sortir du circuit spéculatif au Québec.

Le promoteur et cofondateur de Domicile fixe, Jean-François Tremblay, ne cache pas qu’il table sur une rentabilité modeste. « Ce qui restera à la fin, ce sont des marges standards, peut-être même un peu plus basses », a-t-il confié lors d’une rencontre avec les médias.

Une fois construit par Domicile fixe, le bâtiment sera acquis par Mission Bon Accueil, qui en assurera la gestion.

 

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de juin 2026.

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