Arrivé de France avec sa famille il y a près de trois ans, Marlow Isambard fréquente l’école Fernand-Seguin. Celle-ci offre un programme enrichi qui stimule son intérêt, tout en soulevant une réflexion plus large sur l’accès à ce type de parcours spécialisé.
Chaque matin, Marlow quitte la maison avec son sac et se rend seul à l’école. Le trajet est court – environ 300 m –, et pour l’enfant de sept ans, cela représente une marque d’autonomie. « Il en est très fier », confie son père, Benjamin Isambard.

Un besoin de stimulation
« Marlow a toujours été un peu en avance, et il semblait s’ennuyer à l’école avec le programme habituel », raconte Benjamin. La lecture en est un exemple. L’enfant l’a apprise seul, à la maison, porté par l’envie d’accéder aux livres qui l’intéressaient.
Sa mère, Chloé Brault, par crainte de voir l’enfant perdre l’intérêt pour l’école, mène des recherches et découvre le programme offert à l’école Fernand-Seguin. Les portes ouvertes ont permis de dissiper certains doutes. La découverte des activités scientifiques, de robots et de différents projets a décuplé l’intérêt de l’enfant.
Ce programme enrichi est apparu comme une réponse possible. La famille y voyait un environnement plus stimulant, tout en restant dans le réseau public. « C’est une chance qu’un programme comme celui de Fernand-Seguin soit offert dans le public », estime Benjamin Isambard. La famille n’aurait pas nécessairement cherché une option équivalente dans le privé.
Dans ce cadre particulier, Marlow apprend aussi à travailler en équipe, à s’adapter, à attendre son tour et à vivre avec les autres. Pour ses parents, ces apprentissages sociaux comptent autant que les services scolaires.
À la maison, la famille évite de multiplier les activités scolaires. Le soir, les parents privilégient plutôt les jeux et le temps libre, qu’ils jugent essentiels à cet âge.
L’appréhension de la sélection
Benjamin avoue avoir eu quelques appréhensions quant au processus d’accès à cette école. Faire passer des épreuves à un enfant de cinq ou six ans a suscité des hésitations. Il y voyait une forme de concours, difficile à banaliser à cet âge. Il craignait que son fils vive mal ce contexte de sélection. Mais l’évaluation s’est finalement bien déroulée, sans pression apparente pour l’enfant.
Un regard sur deux systèmes scolaires
Outre Marlow, la famille a un autre enfant : Côme Isambard, inscrit au programme d’études normal de l’école primaire Ahuntsic. Il avait commencé l’école en France avant l’arrivée de la famille au Québec, et il entamera le programme Défi de Sophie-Barat à la rentrée 2026-2027.
L’expérience des deux enfants amène le père à comparer les systèmes scolaires français et québécois. De ce regard croisé – sans être un expert sur le sujet, précise-t-il –, il estime que le modèle d’apprentissage français est plus rigide et trop théorique. Au Québec, les journées scolaires sont structurées, mais l’enseignement y alterne avec diverses activités : arts visuels, théâtre, sport, anglais ou sciences, ce qui, selon lui, est plus respectueux de l’enfant.
Il observe en outre que la présence d’orthopédagogues, d’intervenants et d’équipes de soutien dans les écoles fait aussi la force du système scolaire québécois, ce type d’accompagnement étant beaucoup moins présent en France dans l’enseignement classique. Selon lui, un programme public pour ceux qui ont du talent peut par ailleurs contribuer à réduire le décrochage scolaire.
La question de l’accès
Après trois ans au Québec, Benjamin Isambard se dit conquis par le système scolaire québécois. Cependant, la famille demeure consciente de ses limites. L’école primaire Fernand-Seguin demeure la seule du CSSDM à offrir ce genre de programme. « Est-ce que cela crée un système à plusieurs vitesses entre le normal, le public enrichi et le privé ? » s’interroge-t-il.
Son témoignage illustre une tension bien présente dans le réseau scolaire : comment répondre aux besoins particuliers de certains enfants tout en maintenant une réflexion sur l’équité d’accès ?
Aux souvenirs d’une ancienne
Catherine Barnabé, commissaire et traductrice indépendante, fait partie des premières promotions à avoir fréquenté l’école Fernand-Seguin, inaugurée le 25 janvier 1989.
De son passage, l’ancienne élève retient surtout le caractère scientifique de l’établissement, notamment les expo-sciences annuelles, qui ont nourri sa curiosité et son autonomie. Elle a également apprécié les classes regroupant des élèves de deux niveaux, qui lui ont permis de développer une plus grande capacité à travailler seule.
Cette école du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM) est réservée à une clientèle douée. Elle accueille par sélection des enfants d’un haut potentiel intellectuel (HPI). « À mon époque, l’école était davantage perçue comme un établissement à vocation scientifique que comme un établissement réservé aux élèves à haut potentiel », souligne Catherine, qui ne s’inclut pas dans l’acronyme HPI.
Catherine Barnabé et sa mère estiment qu’il faut éviter que les enfants ayant de grandes facilités s’ennuient et décrochent, tout en rappelant l’importance d’accorder aussi des moyens aux élèves en difficulté.
Fernand-Seguin comprend deux pavillons : le pavillon Hubert-Reeves et le pavillon Julie-Payette. Ce dernier accueillera des élèves EHDAA (Élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage) du point de services TSA-BEPSSI dès la rentrée.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’août 2026.










