Les neufs joyaux du patrimoine bâti en danger

Ferronnerie d'art/forge. Courtoisie CMAQ

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L’avenir du programme de formation aux métiers d’art du patrimoine bâti est, en ce moment, en pointillé. Lancé officiellement il y a trois ans, il pourrait s’arrêter malgré l’intérêt qu’il suscite.

Le Conseil des métiers d’art du Québec (CMAQ) a mis ce programme en place en collaboration avec le cégep du Vieux Montréal. Il permet d’obtenir une AEC (attestation d’études collégiales) en métiers d’art du patrimoine bâti.

Le CMAQ a répertorié une centaine de métiers d’art dans la province. Parmi eux, neuf ont, depuis 2011, le cachet de métiers d’art liés au patrimoine bâti en ce qu’ils réunissent des savoir-faire traditionnels essentiels pour la restauration et la conservation de bâtiments anciens. Ces neuf joyaux sont les arts décoratifs, la ferronnerie d’art/forge, la charpenterie, la ferblanterie, l’ébénisterie-menuiserie, la plâtrerie, la taille de pierre, la vitrerie d’art/vitrail et la maçonnerie.

Après les avoir répertoriés, l’organisme a décidé, en raison de leur importance, de mettre sur pied des formations très spécialisées dans chacune de ces techniques, indique Catherine Charron, gestionnaire de projet, Quartier des métiers d’art et architecture et patrimoine. Ces formations s’adressent aux personnes qui ont déjà une base dans leur métier – d’artisan ou d’ouvrier – et qui manifestent un intérêt pour le patrimoine bâti. Elles portent sur huit des neuf disciplines recensées, la maçonnerie étant exclue.

Sans un soutien financier structurant, la transmission des savoirs traditionnels est en jeu. Les programmes d’arts décoratifs, de ferronnerie d’art / forge, de charpenterie, de ferblanterie, d’ébénisterie-menuiserie, de plâtrerie, de taille de pierre, de vitrerie d’art / vitrail et de maçonnerie s’en trouvent menacés. Photo : Gracieuseté du CMAQ

Une formation à point nommée et incertaine

La création de ce programme mettait fin à une lacune. En effet, avant sa mise en place, le Québec n’avait pas d’école de formation aux métiers artisanaux du patrimoine bâti reconnue par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

La formation comprend 16 unités réparties sur 510 heures en 2 blocs : un bloc théorique de 225 heures et un bloc de 285 heures consacré aux travaux pratiques en atelier. Elle accueille une dizaine d’apprenants par cohorte depuis sa création, dont 30 % de femmes. Ces trois dernières années, deux cohortes ont été diplômées et ont ainsi pu enrichir leurs compétences en ébénisterie-menuiserie traditionnelle, en taille de pierre et en charpenterie traditionnelle. Une troisième est en voie de diplomation grâce, notamment, au soutien de la Commission des partenaires du marché du travail, dans le cadre du Fonds de développement et de reconnaissance de la main-d’œuvre. « En juin, nous aurons une première cohorte de forgerons diplômés en métier du patrimoine », indique madame Charron.

Le programme est très prisé, assure-t-elle. Cependant, malgré les listes d’attente, rien ne garantit sa continuité. Il est en effet suspendu depuis deux ans. Seul le volet forge ayant été subventionné, le cégep du Vieux Montréal a dû prendre cette décision en raison des coupes budgétaires.

Mûrement réfléchi et documenté, avec un projet pilote lancé en 2021, ce cadre structurant tombe-t-il en ruine ? Au Conseil des métiers d’art du Québec, on ne dissimule pas sa préoccupation. « Il y a des enjeux importants pour la transmission de ces savoir-faire. Ce programme est pertinent pour la conservation du patrimoine bâti, car il garantit une relève [qualifiée] dans ces métiers-là. Il est toutefois en danger si le ministère ne débloque pas les budgets », analyse Catherine Charron.

Claudine Deom, professeure associée à l’école d’architecture de l’UdeM, souligne pour sa part que ces formations diplômantes permettent aux artisans de collaborer en symbiose avec les autres acteurs de la construction, notamment les architectes, à la conservation des bâtiments patrimoniaux.

Les quatre compagnons de l’arrondissement

Grâce au CMAQ, nous avons repéré quatre artisans basés dans l’arrondissement qui ont à cœur la protection du patrimoine bâti. Il s’agit des compagnons Yann Poisson-Lemay, plâtrier-ornemaniste, Robert Tuturman, Jimmy Skindilias et Raid Hasabo, tous trois peintres décorateurs. Nous leur consacrerons un article dans le site du JDV.

Une petite lueur d’espoir

À travers l’initiative « Équipe Canada forte », le gouvernement fédéral annonçait, en avril 2026, un plan d’investissement sur cinq ans de 6 milliards de dollars devant servir à former près de 100 000 nouveaux travailleurs dans les métiers de la construction d’un océan à l’autre.

Passons, à dessein, sous silence la chicane des compétences. Cet investissement devrait donner un petit répit au gouvernement provincial, qui fait presque figure de père Fouettard avec ses coupes budgétaires. Mais bien que cette initiative du gouvernement Carney ravive une lueur d’espoir, Catherine Charron ne veut pas bondir de joie trop vite, car elle appréhende la répartition du montant : « On espère avoir un budget pour les métiers rares.»

En structurant cet écosystème, le Conseil des métiers d’art du Québec essaie de créer des compagnons du devoir au doigté québécois afin de ne pas travestir la valeur historique et architecturale du patrimoine bâti.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV de juin 2026.

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