Les 7 et 8 juillet, 15 mémoires ont été présentés au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), dans le sous-sol de l’église Notre-Dame-des-Anges, à Cartierville. Plusieurs personnes ont plaidé pour une promenade en continu au bord de la rivière des Prairies avec accès universel. Mais pour la première fois depuis longtemps, des citoyens qui rejettent le projet pour les inconvénients qu’il représenterait se sont fait entendre publiquement.
Deux séances de plusieurs heures, sous la présidence de Marie-Eve Fortin et de la commissaire Mireille Paul, ont porté sur le renforcement du mur du barrage Simon-Sicard.
Pour rappel, les citoyens avaient arraché une enquête du BAPE. La ministre de l’Environnement, Pascale Déry, avait mandaté l’organisme pour examiner la Phase 2 de l’enrochement destiné à renforcer le mur de soutènement. L’imposante documentation relative à la consultation publique est disponible sur le site du BAPE.
Des jeunes mobilisés pour la promenade
Ceux qui militent pour une promenade riveraine disent vouloir profiter de cette occasion historique pour favoriser l’accès aux berges. Plusieurs intervenants ont souligné l’engagement de jeunes en faveur du projet. Une pétition de 39 signatures, déposée par des élèves du collège Mont-Saint-Louis, appuie l’aménagement d’une promenade.
« C’est vraiment pour être sur le bord de l’eau, de manière sécuritaire, d’être proche de la rivière et de pouvoir passer devant la rivière», a expliqué Félice Gravel, finissante du collège Mont-Saint-Louis.
Cet accès à l’eau c’est ce qui est revenu à maintes reprises dans les propos des intervenants.
« Nous savons que 98% des rives sont inaccessibles [à Montréal] », a martelé Lise Ouelette, une citoyenne engagée. André Gravel, membre actif du comité citoyen pour l’accès aux rives, a dit compter sur le BAPE pour recommander l’aménagement de cette promenade.
François Marcil nageur qui aime aller se baigner un peu partout dans les cours d’eau, a assuré croire que l’accessibilité à la rivière attirera les nageurs comme les pistes cyclables ont attiré les cyclistes.
« Nous avons une belle rivière et elle sera plus belle avec les aménagements », a-t-il dit.
La baignade possible ?
André Bélanger, de la Fondation Rivières, propose audacieusement des aménagements pour la baignade.
« Au parc Louis-Hébert, il faut comprendre que c’est un endroit où la baignade serait tout à fait possible. Il n’y a pas de courant, l’eau est de très bonne qualité. Quand on regarde la carte des accès pour la baignade autour de Montréal, c’est un des endroits tout à fait adaptés pour ça », assure-t-il.
Il rejette l’argument voulant que l’émissaire Curotte, une canalisation de déversement des eaux de pluie collectées par les égouts, pollue le milieu.
« Il déverse en quantité importante, ça on ne le nie pas, c’est vraiment des gros déversements, mais c’est quand même peu fréquent. » L’impact sur la qualité de l’eau serait d’une « durée limitée », selon lui, comme partout en rivière.
Hydro-Québec souhaite poursuivre les travaux de consolidation du mur de soutènement en amont du barrage Simon-Sicard après l’enrochement mené en 2018-2019 dans des secteurs prioritaires. Le projet prévoit la réfection, toujours par enrochement, de trois tronçons totalisant près de 730 mètres, sur un mur de 1,3 km, aux abords du parc Louis-Hébert, de la résidence Ignace-Bourget et de l’église de La Visitation. L’investissement est estimé à 86 millions de dollars, pour des travaux à réaliser entre 2027 et 2030.
Depuis 2021, des citoyens plaident pour profiter de cette occasion afin d’aménager une promenade riveraine favorisant un meilleur accès à l’eau.
Des riverains opposés
Des citoyens voient mal un aménagement qui empiéterait sur la rive à laquelle certains ont accès depuis leurs propriétés. Le mémoire des riverains du parc Olympia, signé par 18 citoyens et présenté devant la commission par Jean Allard, met en évidence une eau jugée impropre aux activités sur les berges et des risques d’incivilités.
« Un tel accès serait “anormal”, selon l’histoire de toute la zone pertinente, et ce n’est pas ce que les riverains ont choisi et acquis », écrivent-ils. Selon eux, les propriétaires seraient tenus de maintenir la situation telle qu’ils l’ont trouvée.
Craintes de nuisances
La Résidence Ignace-Bourget, propriétaire institutionnel qui bénéficie d’un accès direct à l’eau depuis son jardin, redoute une promenade qui perturberait la quiétude des résidents. Ses gestionnaires évoquent des dégradations et du vandalisme déjà présents sur la propriété, et craignent qu’un chemin passant devant leur terrain nuise à la sécurité des lieux.
« Depuis l’aménagement de la placette éphémère au fond de la rue du Fort-Lorette il y a de cela trois ans (été 2023), nous, habitants de la Résidence Ignace-Bourget, familles et étudiants, subissons une détérioration notable du milieu », soulignent-ils dans leur mémoire.
Vols de vélos, de deux pédalos, notamment « des nuisances, des regroupements, en particulier la nuit, qui n’existaient pas du tout avant », a détaillé Jean-Hubert Thieffry, le prêtre qui dirige le Chemin neuf, l’organisme religieux occupant la résidence, devant la présidente Fortin et la commissaire Paul. M. Thieffry a parlé de consommation de boissons alcoolisées ou de drogue et de prostitution, à l’abri des regards.
Hydro-Québec a clairement dit son intention de rendre cette placette permanente. Les dirigeants de la résidence suggèrent plutôt une mini-promenade vers l’est, qui irait derrière l’église de La Visitation.
Le BAPE poursuit ses consultations en posant des questions par écrit. Après l’examen de tous les éléments, il doit livrer son rapport final au ministre de l’Environnement en octobre.










