Irène Senécal et Suzanne Beaudoin-Dumouchel : pionnières de l’enseignement des arts plastiques dans nos écoles

Irène Sénécal. Photo :Mise en ligne nsur Wikipedia par Sebasto-License CC BY-SA 4.0

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Avant la Révolution tranquille des années 1960, peu de jeunes Canadiens français avaient le privilège de vivre dans un milieu où l’apprentissage des arts visuels était valorisé et accessible. Voici l’exemple de deux pionnières de l’enseignement des arts plastiques qui ont contribué à changer cette situation dans les écoles publiques primaires et secondaires.

Irène Sénécal. Photo :Mise en ligne sur Wikipedia par Sebasto-License CC BY-SA 4.0

Reconnue pour ses pratiques novatrices en pédagogie de l’art au Québec, Irène Senécal (1901-1978) est née à Montréal. Peintre et pédagogue, elle fait partie des premières cohortes d’étudiants de la nouvelle École des beaux-arts (EBAM), inaugurée en 1923.

Un accord entre M. Maillard, directeur de l’EBAM et commissaire à la Commission des écoles catholiques de Montréal (CECM), et M. Lagacé, directeur de l’enseignement du dessin de cette commission, permet à de nouveaux diplômés de commencer une carrière d’enseignant dès septembre 1929. Ces pionniers enseignent à une époque où peu d’élèves atteignent une scolarité équivalente à une 5e secondaire d’aujourd’hui. L’enseignement des arts, lorsque des cours sont offerts, se limite généralement à quelques séances de dessin où la reproduction d’images saintes est souvent de mise.

Irène Senécal se distingue dès ses débuts. Elle s’intéresse aux techniques d’enseignement des arts qui reposent sur la liberté de création et l’acquisition du sentiment artistique chez les enfants, plutôt qu’aux apprentissages par reproduction de modèles classiques.

Elle explore d’abord de nouvelles approches dans des contextes parascolaires (bibliothèques publiques, cours du samedi, centres d’art de l’École des beaux-arts, etc.). Ses conceptions de l’apprentissage des arts liant la maîtrise des techniques de base, un enseignement en évolution continuelle et la psychologie contribuent à l’émergence de nouvelles méthodes d’enseignement.

Les manifestes Prisme d’yeux et Refus global sont publiés en 1948. Alfred Pellan et Paul-Émile Borduas ont alors une influence sur les pratiques artistiques et l’enseignement spécialisé destiné aux artistes professionnels. En 1949, Irène Senécal organise une exposition de dessins d’enfants à l’Art Association of Montréal, précurseure du Musée des beaux-arts de Montréal. L’exposition est chaleureusement accueillie par la critique. Les nouvelles méthodes de Mme Senécal rencontrent cependant toujours une forte résistance à la CECM. La société canadienne-française évolue, mais plus rapidement que la direction de la commission, semble-t-il.

Insuffler un vent nouveau à l’enseignement des arts

Dès 1950, Irène Senécal entrevoit la possibilité d’amorcer une réforme de l’enseignement des arts aux enfants. C’est à Lachine que les portes s’ouvrent en premier. Elle accepte l’invitation de Louis-Georges Chassé, de la Commission scolaire de Lachine, qui lui permet de concevoir des programmes d’arts plastiques selon ses idées, tant au primaire qu’au secondaire.

Cela l’amène à proposer des cours de pédagogie artistique à la direction de l’EBAM. En formant à cette institution des enseignants de 1955 à 1958, Irène Senécal assure la diffusion de son approche de l’éducation artistique dans toute la province. Elle prend sa retraite des écoles publiques en 1960, mais continue d’enseigner à l’EBAM jusqu’en 1968.

La revue Vision, publiée par l’Association des professeurs d’arts plastiques du Québec (aujourd’hui l’Association des enseignant.e.s spécialistes en arts plastiques), lui a consacré l’ensemble de son numéro 19 à l’été 1975.

Pionnière Ahuntsicoise

Suzanne Beaudoin-Dumouchel. Photo : Albert Dumouchel 1951. Collection MNBAQ https://www.mnbaq.org/collections/oeuvres/suzanne-beaudoin-dumouchel#informations

Dans une entrevue réalisée à sa résidence patrimoniale au 1737, boulevard Gouin Est en 2001, Suzanne Beaudoin-Dumouchel (1920-2018) relate qu’elle a répondu en 1957 à l’appel d’Irène Senécal. Cette dernière invitait alors les étudiants de l’EBAM à suivre des cours du soir en pédagogie.

Après avoir complété ces cours, Mme Beaudoin-Dumouchel fait ses débuts d’enseignement dans les écoles primaires de Montréal. « Il fallait faire 60 minutes de cours de dessin, rappelle-t-elle. On entrait dans la classe avec notre chaudière […] pour la gouache. On apportait tout nous-mêmes. Il n’y avait pas d’atelier ; ça n’existait pas encore. […] J’ai fait 8 ans à la commission scolaire [à raison de] 12 écoles par semaine. »

 Parmi ces nombreuses écoles, elle a œuvré à celle de la Visitation, au Sault-au-Récollet et à l’école Saint-André-Apôtre, où Mme Céline Ménard, membre de la Société d’histoire d’Ahuntsic-Cartierville, l’a connue comme enseignante.

Suzanne Beaudoin-Dumouchel, qui était elle-même une artiste accomplie, sera ensuite embauchée à l’Institut des arts appliqués, qui sera intégré en 1968 au cégep du Vieux Montréal. Elle y poursuivra sa carrière au niveau collégial.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’août 2026.

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