L’éducation alimentaire des oiseaux

Merle nourrissant son jeune. Photo ; Jean Poitras

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Chez les humains, les nourrissons ont le réflexe inné de la tétée, puis lorsque vient la phase d’ingestion de solides, les parents leur enseignent l’usage des ustensiles et le choix des aliments selon leur culture.

Merle nourrissant son jeune. Photo ; Jean Poitras

Pour ce qui est de nos amis les oiseaux, l’apprentissage de l’alimentation est loin d’être uniforme. Chez certaines espèces, les parents enseignent à leurs rejetons la bienséance alimentaire, tandis que, pour certaines autres, les poussins quittent le nid en ayant le réflexe inné de s’alimenter sans l’intervention des parents.

Il faut souligner que, chez nous, tous les oiseaux doivent atteindre la taille et les facultés d’adulte en quelques mois, migration et froidure d’hiver obligent.

Prenons le cas des hirondelles. Lorsque les oisillons sortent de l’œuf, les parents s’évertuent à rapporter insectes, chenilles et autres bestioles pour nourrir ces petits affamés. Puis, ayant développé leur plumage, les jeunes sortent du nid et font leur apprentissage du vol. Pendant quelques jours, les parents continuent à leur apporter de la nourriture, mais de moins en moins fréquemment. Les juvéniles suivent alors les parents pour parfaire leur apprentissage de la chasse en vol et ainsi gagner leur autonomie.

Les parulines adultes s’occupent aussi de leur progéniture après son envol. Par contre, la durée de cette dépendance est plus longue que chez les hirondelles, et se compte en semaines plutôt qu’en jours. S’alimentant dans les arbres, les bosquets ou même au sol, il faut plus de temps aux juvéniles pour apprendre les subtilités du guide alimentaire spécifique à leur espèce.

Les jeunes Balbusards pêcheurs passent presque deux mois au nid après l’éclosion, période durant laquelle ils sont alimentés de poisson frais par leurs parents. Puis, lorsqu’ils ont maîtrisé l’usage de leurs ailes, ils continuent d’être nourris par les parents pendant encore une quinzaine de jours. Fait à noter, c’est la femelle qui cesse cette tâche en premier, et qui quitte le site de nidification pour commencer sa migration. Le mâle continue de nourrir ses rejetons pendant encore quelques jours, mais de moins en moins souvent. Les juvéniles entreprennent leur apprentissage de la pêche en imitant leur père, et lorsque celui-ci les quitte à son tour, ils perfectionnent leurs compétences par une suite d’essais-erreurs. Ils sont pleinement autonomes lorsqu’ils entreprennent leur migration en octobre.

J’ai eu la chance d’observer le Plongeon huard lorsqu’il élevait ses jeunes. Les poussins quittent le nid quelques heures après l’éclosion. Ils suivent à la nage leurs parents sur l’étendue d’eau où ils sont nés, grimpant parfois sur le dos des adultes lorsque la fatigue les gagne. Comme son nom l’indique, cet oiseau s’alimente en plongée. Les parents ramènent des poissons frétillants à leurs petits qui ne se font pas prier pour les gober. Puis, au bout de quelques semaines, lorsque l’adulte s’approche, il plonge sa tête sous l’eau pour forcer le juvénile à prendre la nourriture sous la surface. « Voilà mon petit, les poissons, ça ne vit pas dans l’air mais bien sous l’eau ! » Peu après, lorsqu’un adulte plonge pour pêcher, les jeunes plongent instinctivement leur tête sous l’eau pour observer autant que possible sa technique de pêche. Au bout de quelques semaines, ils plongent à leur tour pour débusquer leurs proies. Il leur faut alors environ une douzaine de semaines pour parfaire leur plumage et prendre leur envol. Lorsqu’ils nous quittent en octobre, ils sont parfaitement autonomes.

Les canards barboteurs – Canard colvert, Canard souchet, Canard chipeau, Canard noir et autres – ne nourrissent pas leurs petits. Après l’éclosion des œufs, les femelles amènent les canetons vers des herbiers aquatiques où ils vont instinctivement s’alimenter des végétaux et parfois de quelques invertébrés qui s’y trouvent. La femelle les surveille et les éloigne du rivage si un prédateur ou un autre danger se pointe. On peut parfois voir une ou deux femelles avec un regroupement de plusieurs couvées de canetons. Les jeunes suivent ces adultes jusqu’à l’envol, qui se produit une quarantaine de jours après l’éclosion.

C’est similaire pour les Bernaches. J’ai déjà observé des oisons de quelques jours picorer dans les herbes d’un parc sous l’œil attentif d’un adulte le cou bien dressé pour détecter toute menace.

Bernaches et oisons. Photo : Jean Poitras

Après la quinzaine de jours à subvenir à leurs besoins lorsqu’ils étaient au nid, le Merle d’Amérique va continuer de nourrir ses rejetons pour 15 autres jours après leur envol. Qui n’a pas observé de ces jeunes merles à poitrine tachetée suivre leurs parents sur les pelouses en piaillant pour se faire nourrir ? Après cette période, les juvéniles sauront se débrouiller seuls en imitant le comportement des parents sur les pelouses et dans les champs.

On pourrait discuter longuement sur les enseignements parentaux de notre faune aviaire en matière d’alimentation. Les exemples ci-haut montrent comment les comportements en cette matière sont variés. À vous maintenant de les observer.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’août 2026.

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