Réinventer le dialogue avec les citoyens

L'arrondissement envisage de clarifier les ordres du jour et de vulgariser les sujets techniques. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Écouter cet article

Un simple instantané des récents conseils d’arrondissement suffit pour constater la frustration, voire la colère d’avoir été pris au dépourvu que partage une frange des citoyens. En cause : les manquements en matière de communication entre la municipalité et la population. L’administration Théroux-Séguin veut corriger la situation.

Moins d’un an après sa prise de fonction, le conseil des élus veut sortir du strict minimum légal. Pour répondre à une population bousculée par la complexité des dossiers d’urbanisme, il a commandé une étude à l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM). Le conseil souhaite expliquer les dossiers plus tôt et plus efficacement, tout en multipliant les espaces de dialogue. L’objectif est de donner confiance à une population qui veut être entendue.

L’arrondissement envisage de clarifier les ordres du jour et de vulgariser les sujets techniques. Photo : Benoît Dosseh / JDV

Le dialogue à l’étroit dans 90 secondes

Selon Maude Théroux-Séguin, le temps alloué aux questions au conseil d’arrondissement ne permet pas un véritable dialogue. Trois questions par sujet, 90 secondes pour intervenir, 60 secondes pour une sous-question : ces règles facilitent la gestion de la séance, mais permettent difficilement d’explorer un plan d’urbanisme complexe ou les effets d’un projet immobilier. « On ne peut pas s’en tenir à cela pour dire qu’on a un dialogue avec la population », affirme-t-elle.

Ces limites alimentent une impression récurrente de ne pas être informé suffisamment tôt. Les dossiers de la Miséricorde, du Réseau express vélo (REV) ou du 1420, rue Legendre Est, cristallisent ce malaise. Même lorsqu’une administration respecte ses obligations – avis public, affichage, documentation en ligne –, le message peut ne pas atteindre les personnes concernées. Une petite pancarte réglementaire ou un document technique publié sur Internet ne garantit pas la transparence.

Les enjeux : confiance, inclusion et qualité des projets

Le premier défi est celui de la confiance. Les citoyens peuvent être méfiants s’ils ont l’impression qu’on leur « cache quelque chose ». La mairesse cite l’exemple de la Maison du coin – Crémazie, située au 745, boulevard Crémazie Est, un projet de logement écologique pour des personnes en situation d’itinérance. Sans une communication proactive, l’annonce réglementaire aurait pu être perçue comme une tentative de passer en force.

Le deuxième défi est celui de l’inclusion. Ahuntsic-Cartierville, avec ses 135 000 résidents, regroupe des milieux de vie très différents. Tout le monde ne consulte pas les mêmes plateformes, ne maîtrise pas le vocabulaire municipal, ni ne dispose du même temps pour suivre les dossiers. Dans certains secteurs, rappelle la mairesse, la participation électorale tourne autour de 30 %, et elle demeure sous les 50 % même dans les districts les plus mobilisés.

Enfin, il y a aussi un enjeu d’efficacité. Consulter ne signifie pas céder à toutes les demandes, mais utiliser « l’intelligence terrain » pour repérer des angles morts. Les résidents voient immédiatement les détails, comme un arrêt d’autobus mal placé ou une circulation mal anticipée. « Lorsqu’on a un dialogue, c’est sûr que les projets s’améliorent », résume notre interlocutrice.

Un laboratoire de participation publique

L’arrondissement a confié à l’OCPM une démarche en deux étapes. D’août à septembre 2026, l’organisme a recueilli les expériences, attentes et préoccupations de la population et des acteurs du milieu. Au cours de l’hiver 2027, un projet de cadre de participation publique sera soumis à une consultation officielle, puis fera l’objet d’un rapport de recommandations, en vue d’une adoption à l’été 2027. Ce cadre doit rendre les démarches « plus efficaces, dynamiques et inclusives », tout en améliorant leur prévisibilité et leur transparence.

Avant la finalisation du cadre, plusieurs pistes sont envisagées. Des cafés citoyens favoriseraient des échanges informels avec la mairesse, les conseillers de district et leurs équipes, autour de thèmes récurrents. Des conseils itinérants sont aussi envisagés, mais pas comme une solution miracle. Déplacer une séance coûte cher et ne garantit pas une salle plus remplie. Pour la mairesse, il convient de déterminer si le véritable frein vient de la distance, du format, du contenu ou de l’impression que tout est déjà décidé. Il faut tester, mesurer l’achalandage et accepter de corriger le tir.

Une démocratie qui se joue à deux

La démarche ne garantit pas l’unanimité ni la disparition des conflits, mais cherche à les rendre compréhensibles, documentés et respectueux. Écouter ne signifie pas adhérer à la demande, mais gouverner implique de trancher. Une décision expliquée et suivie d’un retour clair augmente les chances de compréhension.

La mairesse souligne une responsabilité partagée : l’administration doit mieux informer, tandis que les citoyens doivent s’intéresser aux décisions qui façonnent leur quartier. « Ça prend deux personnes pour danser le tango », dit-elle.

À Ahuntsic-Cartierville, l’enjeu dépasse donc la communication municipale : il s’agit de redynamiser le réflexe démocratique, un échange à la fois.

Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’octobre 2026.

Partager cet article

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avis public

Consulter les détails

À lire également

TIRAGE mieux vous connaître

Pour participer au tirage, merci de répondre à toutes les questions.

Toutes les données sont sécurisées dans un serveur établi au Québec.