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Lettre du ministre des Transports à Air Canada

Une action jugée incomplète et peu profitable aux citoyens

Publié le 09/03/2018
par Gabriel Bernier

3 mars 2018: plus d’une douzaine d’arrivées à l’aéroport Dorval-Trudeau après minuit d’appareils pesant plus de 45 000 kg. Ces arrivées étaient déjà prévues la veille, au moment de faire cette capture d’écran.Plusieurs avions arrivent des îles du Sud et ramènent des vacanciers. Ce ne sont donc pas des exceptions, telles qu’urgences médicales, retards d’horaire causés par le trafic aérien, ou délais dus à la météo. (Source: tableau des arrivées, aéroport Dorval-Trudeau)

À la fin du mois de décembre dernier, le ministre fédéral des Transports a timidement ouvert la porte aux récriminations des résidants vivant sous le bruit des avions en demandant au transporteur Air Canada de rénover sa flotte d’aéronefs A320. Un geste jugé incomplet par le président des Pollués de Montréal-Trudeau, Pierre Lachapelle, qui exige des actions plus que des vœux pieux.

La demande du ministre Marc Garneau s’adresse uniquement à Air Canada et ne concerne pas les autres compagnies aériennes. Dans sa lettre, rendue publique par La Presse, le ministre des Transports reconnaît que le bruit des avions est un « problème constant » pour les gens vivant à proximité des aéroports.

Marc Garneau a ainsi invité la direction du transporteur aérien à munir ses aéronefs A320 de déflecteurs d’air, permettant de réduire le bruit émis par ces appareils.

Le président des Pollués de Montréal-Trudeau tient à remettre les pendules à l’heure.

Bien qu’il affirme que l’action du groupe de citoyens ne vise pas à dénoncer une compagnie aérienne en particulier, il aurait aimé que la demande du ministre Garneau ratisse plus large.

« Bien qu’on sait que ça fait partie du bruit, on ne s’est jamais attardé à une partie du fuselage d’un type d’avion. Pour nous, toutes les compagnies aériennes sont visées, car tous les avions font du bruit », explique Pierre Lachapelle, qui valorise d’abord les mesures visant la réduction du bruit.

« Le problème est beaucoup plus large. Le problème s’adresse à tout le trafic aérien qui survole les quartiers densément peuplés de Montréal, et qui est bruyant de jour comme de nuit », ajoute-t-il.

M. Lachapelle soutient que la rencontre prévue en septembre 2016 entre le ministre des Transports du Canada et les Pollués de Montréal-Trudeau a finalement été annulée, et qu’aucun autre rendez-vous n’a été établi par la suite.

Avec prudence, M. Lachapelle dit qu’il sent néanmoins que Transports Canada commence à tendre l’oreille aux récriminations des résidants qui souffrent du bruit causé par le trafic aérien de l’aéroport Montréal-Trudeau.

« Ce qui est intéressant, c’est que M. Garneau reçoit régulièrement des plaintes des citoyens. Jusqu’à maintenant [NDLR: l’envoi de la lettre à la direction d’Air Canada], ça n’avait jamais été avoué », dit-il.

Reconnaissance des tests

Pierre Lachapelle regrette que les tests de son effectués par les Pollués de Montréal-Trudeau, qui incriminent les compagnies aériennes, ne soient pas pris au sérieux par Aéroports de Montréal (ADM). M. Lachapelle explique que les stations de mesure installées dans Ahuntsic-Cartierville « donnent des résultats très inquiétants pour ce qui est de la quantité de décibels que subissent les gens » vivant sous le trafic aérien.

« Ce qu’on relève, ce sont des pics de 60, 70 et 90 décibels, ce qui dépasse de loin ce que l’Organisaton mondiale de la santé (OMS) recommande pour assurer la santé publique », soutient M. Lachapelle.

Des stations de mesure installées par le gouvernement coûtent environ 25 000 dollars, selon Pierre Lachapelle. Celles des Pollués de Montréal-Trudeau coûtent en moyenne de 300 à 500 dollars. Ces moyens plutôt « faibles », soutient-il, n’ont pas encore convaincu Aéroports de Montréal, qui est responsable des aéroports de Montréal-Trudeau et de Mirabel depuis 1992, de la gravité du problème de bruit des avions.

Dans l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville, les citoyens particulièrement affectés sont ceux qui demeurent entre les rues Sauvé et Fleury, souligne M. Lachapelle. Sinon, les résidants des arrondissements à l’est de la ville et ceux de Saint-Laurent, Pointe-Claire et Dorval paient également le prix du trafic aérien.

Transports Canada n’a pas accordé l’entrevue téléphonique demandée par journaldesvoisins.com, mais nous a fait parvenir un courriel.

« Transports Canada comprend les préoccupations des citoyens qui vivent près des aéroports, des exploitants aériens et des transporteurs aériens et est conscient que l’incidence du bruit causé par les activités aéronautiques est un problème constant pour ces personnes », affirme la conseillère principale des relations avec les médias, Marie-Anyk Côté.

Action collective

En septembre 2016, les Pollués de Montréal-Trudeau ont intenté une action collective contre Aéroports de Montréal. La première audition s’est tenue les 20 et 21 novembre dernier.

Pierre Lachapelle attend la réponse du tribunal à savoir si la demande de son organisme est recevable. Les Pollués de Montréal-Trudeau sont opposés aux représentants du gouvernement canadien, des Aéroports de Montréal et de Transports Canada. Après la première audition, la Cour supérieure du Québec a six mois pour se prononcer.

Dans cette action collective, les Pollués de Montréal-Trudeau reprochent à ADM de ne pas en faire assez pour réduire le bruit des avions. M. Lachapelle déplore que les aéroports canadiens, administrés par des compagnies privées comme ADM, n’aient « aucune imputabilité » et n’aient « aucun compte à rendre » aux citoyens sur le plan environnemental.

Restrictions durant la nuit?

Dans sa missive envoyée au journaldesvoisins.com, Marie-Anyk Côté rappelle que l’aéroport Montréal-Trudeau est en activité 24 heures par jour, exception faite des appareils de plus de 45 000 kg, qui ne peuvent décoller entre minuit et 7h et atterrir entre 1h et 7h.

Mais des exceptions sont prévues…

« Occasionnellement, des vols d’appareils de plus de 45 000 kg peuvent être autorisés à l’intérieur de cette période, notamment pour des urgences médicales, des retards occasionnés par la météo ou des délais incontrôlables dus au trafic aérien », indique Mme Côté.

Or, ce sont ces exceptions qui poussent plusieurs résidants à croire que les restrictions de vols appliquées par ADM sont plus ou moins contraignantes. Plusieurs vols arrivent du Sud après minuit, notamment, comme en fait foi notre tableau plus haut, dont les avions font beaucoup plus que 45 000 kg. L’Airbus  330-300 d’Air Transat, pour ne nommer que celui-là, fait 215 000 kg au décollage.

Les plus petits aéronefs, eux, ont l’autorisation de voler en tout temps.

Vols de nuit: problèmes de santé

Dans un article publié le 10 janvier dernier dans journaldesvoisins.com, Roger Trottier, du groupe Citoyens pour une qualité de vie (CVQ) allait même jusqu’à soutenir que ce couvre-feu n’en est pas vraiment un.

« Tout le monde pense qu’il y a un couvre-feu. Ce n’est pas vrai », affirme Roger Trottier.

Pour Pierre Lachapelle, les vols de nuit occasionnent des problèmes majeurs pour la santé des résidants vivant sous le trafic aérien. Il demande à ce qu’un réel couvre-feu s’applique.

« Surtout la nuit, [le bruit des avions] occasionne des interruptions de sommeil pour des centaines ou des milliers de personnes. On aimerait connaître les chiffres, et ce serait aux autorités compétentes de documenter le tout. Nous sommes pleins de bonne volonté, mais n’avons pas les budgets des gouvernements. On demande à ce qu’une étude épidémiologique soit faite et, jusqu’à maintenant, tout ce que la Direction de la santé publique (DSP) a produit, c’est un avis de santé publique », explique le président des Pollués de Montréal-Trudeau.