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Huit-cent arbres non remplacés entre 2007 et 2014, avant l'agrile

Arbres abattus non remplacés, malgré une politique de l’arbre claire

Un problème qui persiste dans la durée

Publié le 16/02/2017
par Rédaction

Un peuplier centenaire sur le boulevard Gouin a dû être abattu par l’arrondissement récemment dans le Sault-au-Récollet. Sera-t-il remplacé? (Photos: jdv P. Rachiele)

À la période de questions du conseil d’arrondissement du 13 février, Marc Lécuyer, un résidant, s’est adressé aux élus pour partager ses inquiétudes sur l’état actuel de la canopée d’Ahuntsic-Cartierville.

« Le quartier dans lequel j’ai choisi d’habiter il y a une vingtaine d’années ne ressemble plus du tout à ce qu’il était. On l’a énormément déboisé. Pourtant, nous avons adopté il y a plusieurs années le plan canopée qui prévoyait un rehaussement de la canopée. On semble maintenant l’avoir oublié », déplorait-il.

Et M. Lécuyer ne faisait pas référence à l’abattage de frênes dû à l’agrile particulièrement en vigueur dans l’arrondissement depuis 2014, pas avant. Il y a quelques jours, les résidants ont appris encore une fois que plusieurs centaines de frênes attaqués par l’agrile au parc Marcelin-Wilson allaient être abattus.

Déficit d’arbres accumulé, pas la faute de l’agrile

Arbre non remplacé sur La Promenade Fleury (Photo: courtoisie)

En même temps que les citoyens réalisent que l’arrondissement est menacé par l’agrile, ils constatent que de nombreux arbres abattus dans les années précédant l’arrivée de l’agrile (ndlr: 2014) n’ont toujours pas été remplacés.

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C’est le cas de Daniel Gaudry, également résidant d’Ahuntsic-Cartierville. Constatant que de nombreux arbres n’étaient pas remplacés sur le territoire, M. Gaudry a décidé de mener une enquête afin de faire la lumière sur cette question.

Faute d’avoir des réponses de l’arrondissement à ses propres questions sur le remplacement des arbres, M. Gaudry a fait une demande d’accès à l’information, le 9 novembre dernier. Les données qu’il a obtenues sont pour le moins troublantes. Il a contacté journaldesvoisins.com pour tirer la sonnette d’alarme.

Pas les seuls

Daniel Gaudry et Marc Lécuyer ne sont pas les seuls citoyens d’Ahuntsic-Cartierville à se poser des questions au sujet du non remplacement des arbres dans Ahuntsic-Cartierville.

D’autres citoyens comme eux ne cachent pas leurs inquiétudes.

Pierre Lachapelle, ancien conseiller municipal dans l’arrondissement, est l’un d’entre eux. Sur l’avenue Papineau, tous les arbres ont été coupés pour faire place nette en vue d’un important projet de réaménagement de l’artère, et également de réaménagement paysager par la même occasion, a annoncé l’arrondissement lors de la mise en oeuvre de ce projet.

M. Lachapelle émet, pour sa part, quelques réserves. Pour l’instant, l’endroit est plutôt clairsemé, et rien n’indique selon lui qu’un reboisement important sera entrepris. « Ils ont tout arraché et ça a été drastique. Ce qu’ils ont mis à la place ne couvre pas autant qu’avant. Ils ont replanté, mais comparativement à avant, c’est plutôt désertique. Est-ce que ça va rester très très dégagé? C’est l’impression que ça me donne », dit-il.

Un autre citoyen connu, et qui pour cette raison préfère rester dans l’ombre, a contacté journaldesvoisins.com à plusieurs reprises concernant le dossier des arbres sur le territoire. Selon lui, un marronnier planté il y a plusieurs années entre les rues Prieur et Fleury avait été déplacé par une chenillette effectuant du déneigement l’hiver. L’arbre incliné qui pousse désormais à 45 degrés n’a toujours pas été redressé malgré les nombreuses demandes que le citoyen a adressées à l’arrondissement.

Autre arbre non remplacé sur La Promenade Fleury (Photo: courtoisie)

En outre, a-t-il dit à journaldesvoisins.com, à d’autres endroits comme sur la rue Lajeunesse ou sur la Promenade Fleury, plusieurs arbres abattus depuis fort longtemps n’ont toujours pas été remplacés.

2007-2014: déficit de 800 arbres

Dans son Bilan du plan d’action de développement durable pour les années 2010-2015,  la mairie de l’arrondissement affirme avoir atteint son objectif de planter un arbre pour chaque arbre abattu, tel que le veut sa Politique de l’arbre.

Malheureusement, les données officielles obtenues par Daniel Gaudry via la Loi d’accès à l’information révèlent une tout autre histoire. Les chiffres obtenus par M. Gaudry font état d’une situation pour le moins inquiétante.

Ahuntsic-Cartierville accuse un sérieux retard par rapport à d’autres arrondissements, et ce, depuis plusieurs années.

Les chiffres en disent long. Entre 2007 et 2014 –année au cours de laquelle l’agrile a commencé à attaquer les frênes–, il y aurait au total plus de 800 arbres en déficit pour tout l’arrondissement d’Ahuntsic-Cartierville, dans les rues et dans les parcs.

« Grosso modo si l’on fait une moyenne, il y a, depuis 2007, entre 100 et 300 arbres qui ne sont pas remplacés chaque année», affirme Daniel Gaudry.

            Plantations
Années Abattages Rues et parc En boisé (arbres en pot)
2007 436 295 0
2008 483 273 0
2009 605 503 105
2010 437 473 326
2011 439 313 1171
2012 533 366 569
2013 537 412 200

2014

782 489 110
2015 1255 912 100
2016 (au 28-11-2016) 984 1058 247

Faible argumentaire de l’arrondissement

Pierre Gagnier, maire de l’arrondissement Ahuntsic-Cartierville (Photo: jdv P. Rachiele)

Chiffres à l’appui, journaldesvoisins.com a informé le maire Pierre Gagnier du déficit quant au nombre d’arbres abattus qui ne sont pas replantés. Le maire Gagnier a alors précisé qu’il ne s’agissait pas d’une question de budget, mais de ressources disponibles, affirmant d’autre part qu’il faut laisser le temps aux employés de faire leur travail.

« S’il manque des arbres, il faut donner le temps de les planter, parce que ce n’est pas une question de budget ou quoique ce soit : c’est une question de ressources ni plus ni moins, car il y a une équipe qui débarrasse les arbres qui sont morts. Et quand on est dans la saison, il y a des équipes qui sont attelées à ça, mais il faut leur donner le temps », a-t-il déclaré.

Journaldesvoisins.com s’est aussi adressé à M. Louis Lapointe, directeur des travaux publics de l’arrondissement. À propos du nombre d’arbres abattus n’étant pas remplacés, M. Lapointe s’est fait succinct tout en se voulant rassurant. « Pour nous c’est une priorité », a-t-il déclaré.

État des lieux à Ahuntsic-Cartierville  

Arbre non remplacé angle Lajeunesse et Prieur. (Photo: courtoisie)

Si chaque année est différente, la situation dans l’arrondissement demeure globalement inquiétante, car la tendance à couper sans replanter persiste dans la durée et a commencé bien avant l’abattage des arbres à cause de l’agrile.

En outre, les arbres en pot qui font souvent un pied en hauteur sont inclus dans le même tableau que les arbres en en motte, qui sont pour leur part beaucoup plus haut ….et cela pourrait laisser croire qu’ils remplacent les arbres abattus.   En fait ce sont bien deux catégories d’ arbres différents, car les arbres en pot sont pour les boisés, et les arbres en motte sont pour les rues et parc. Bref, les arbres en pot sont vraiment séparés des arbres en motte (donc, non inclus) et ils sont indiqués dans une colonne spéciale, à la droite du tableau.

Dans le tableau ci-dessus, on voit bien que les deux types d’arbres sont regroupés dans la même catégorie des arbres ayant été plantés, mais dans deux colonnes différentes. Tout cela contribue, selon le citoyen Gaudry, à gonfler les chiffres et à donner une fausse impression de la réalité :

« Dans les rues et les parcs, il y a en moyenne 200 arbres abattus de plus que le nombre d’arbres plantés, sauf qu’en ajoutant les arbres en pot, on laisse croire qu’il n’y a plus de déficit, ce qui est faux ».

Les arbres en pot sont concentrés dans le boisé du Domaine Saint-Sulpice, tandis que les arbres en motte sont généralement des arbres longeant certaines rues et grandes avenues.

(Mise à jour) « On joue avec les chiffres, car les arbres en pots sont des petits arbustes qui ne remplacent pas les gros arbres ayant été abattus. En fait, ces minis arbres sont destinés principalement au boisé St- Sulpice pour y remplacer le nerprun (ndlr: plante nuisible et envahissante)», déplore M. Gaudry.

À d’autres occasions, on incorpore dans le calcul des arbres plantés pour des projets en nouveau développement sans se soucier d’arbres abattus depuis plusieurs années et qui tardent à être remplacés. Autrement dit, on plante du nouveau, mais on ne remplace pas l’ancien. C’est ce que l’on observe, par exemple, en face des résidences Millen où de nouveaux arbres ont récemment été plantés tandis qu’au parc Ahuntsic, plusieurs arbres abattus n’ont toujours pas été remplacés.

Pour lire le Plan d’action Canopée 2012-2021 de la Ville de Montréal, cliquez ici.

Pour lire l’excellent document de la Fondation David-Suzuki, Les infrastructures vertes, un outil d’adaptation aux changements climatiques pour le Grand Montréal, produit en novembre 2015, cliquez ici.