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(Photo: archives jdv)

Après un long hiver, le printemps démarre en trombe. Et la chaleur arrive parfois très vite, sans crier gare. Comme les oiseaux après la pluie, les gens sortent. Quand il fait chaud et humide, ils recherchent les plans d’eau. Toutefois, si votre surveillance se relâche et que vous avez de jeunes enfants, ou si les petits voisins lorgnent le plan d’eau de votre cour arrière et que cette dernière n’est pas bien clôturée, ce peut être dangereux pour leur sécurité. Trois jeunes enfants sont morts noyés au cours des derniers jours au Québec. Dans cet article publié dans notre magazine de l’été 2013, nous abordions certains aspects de la question qui est toujours d’actualité.

Mi-mai : rue Hogue, dans le quartier Ahuntsic, Céline Carrière a déjà ouvert sa piscine. Elle n’est pas la seule. Les plaisirs de l’été rappellent toutefois la nécessité de penser sécurité. En 2012, seulement au Québec, la Société de sauvetage dénombrait 75 noyades, un chiffre qui rappelle que le Québec est la province canadienne où l’on déplore le plus grand nombre de noyades chaque année.

Michèle Mercier, directrice, Prévention et sécurité, Croix-rouge canadienne (2017), explique cette tendance du fait que la population du Québec est concentrée dans de grandes villes comme Montréal et Québec : « Le territoire est très urbain. Les résidants n’ont pas énormément de terrain et la piscine est donc située très près de la maison ce qui constitue une part du problème. »

Nos petits, des victimes faciles

Depuis 1991, la Croix-Rouge canadienne recueille, en partenariat avec la Société de sauvetage, les données concernant les noyades à partir des rapports du Bureau du coroner.

Le portrait de la situation attriste Mme Mercier.

«Depuis plus de vingt ans, c’est toujours le même type de clientèle qui se noie le plus, soit les enfants de quatre ans et moins.»

Lorsque Céline Carrière a emménagé dans sa demeure d’Ahuntsic Ouest, sa plus jeune, maintenant adulte, allait justement avoir quatre ans.

«Mes enfants savaient nager, raconte-t-elle, mais ils étaient petits. Jamais je ne les laissais sans la surveillance d’un adulte. »

En raison des grandes tendances des rapports de noyade, la Croix-Rouge a mis sur pied un programme préscolaire destiné aux enfants âgés entre six mois et cinq ans :

«Dans ce programme, on demande aux parents d’accompagner les tout-petits dans l’eau. Nos instructeurs profitent de l’occasion pour donner des consignes en matière de sécurité aquatique. C’est la combinaison natation et sécurité qui sauve des vies », souligne Michèle Mercier.

Nager pour la vie

Karina Renaud, coordonnatrice aquatique au YMCA Ouest-de-l’Île considère insuffisante la formation offerte par la Croix-Rouge, qu’elle qualifie   d’« initiation à l’eau ».

De retour au Québec après avoir vécu de nombreuses années aux États-Unis, elle offre un cours de survie aquatique basé sur une technique très populaire de l’autre côté de la frontière. Son programme Nager pour la vie s’adresse aux bébés et aux jeunes enfants âgés entre huit mois et quatre ans.

 « Je montre à mes petits nageurs comment remonter à la surface s’ils tombent. J’y parviens avec un langage simple et imagé : “Tu sautes à l’eau, tu te retournes sur le dos, tu mets tes ailes de papillon et tu regardes le ciel.” »

La Croix-Rouge désapprouve, pour sa part, cette méthode d’apprentissage. Selon l’organisation, en cas de noyade, les conditions ne sont pas les mêmes.

« De nombreuses piscines ne sont pas chauffées. C’est un facteur de stress supplémentaire pour les enfants, au même titre que les vêtements, s’ils tombent à l’eau accidentellement. De plus, si nos plus jeunes portent des couches absorbantes, celles-ci deviennent extrêmement lourdes. Jamais ils ne pourront revenir à la surface », plaide Michèle Mercier.

Alors que la directrice Prévention et sécurité, de la Croix-Rouge appelle à la prudence, Mme Renaud défend son programme.

« Je ne pourrai jamais prétendre que ma technique est 100 % à l’épreuve de la noyade. Même un grand nageur comme Michael Phelps n’est pas à l’abri, dit-elle. Je donne simplement une chance et des habiletés supplémentaires qui pourraient aider en cas d’urgence. »

Pour être en règle

Outre les cours de natation, l’aménagement des piscines résidentielles est un aspect crucial. Thierry Pitioret, domicilié rue Prieur en est bien conscient.

« Notre terrain est clôturé, raconte le résidant, mais notre piscine ne l’est pas. Autrefois, le règlement nous le permettait. Il a changé depuis l’acquisition de notre piscine et c’est une bonne chose. Surtout que dans Ahuntsic, tout le monde à des piscines, notre voisin sur Meunier, sur Tolhurst… »

Le nouveau règlement municipal géré  par l’arrondissement auquel M. Pitioret faisait référence est en vigueur depuis juillet 2010. Il s’applique aux piscines installées après le 31 octobre 2010 qui doivent obtenir un permis de l’arrondissement avant l’installation, que ce soit une piscine creusée ou hors-terre. Le règlement stipule, entre autres, que la piscine ainsi que le terrain doivent être clôturés.

Certaines piscines hors-terre peuvent se soustraire à cette exigence si elles ont une échelle munie d’une portière de sécurité se refermant et se verrouillant automatiquement.

Inspection gratuite

Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, suggère de faire appel aux visites de vérification de courtoisie à domicile gratuites afin de s’assurer de la conformité de son installation.

« Nos inspecteurs se rendent chez vous et en une heure, ils observent tous les aspects de votre aménagement et dressent une liste de recommandations. Ils donnent aussi de petits trucs pour s’assurer que votre encadrement est toujours sécuritaire. »

Les conseils dont parle M. Hawkins sont tous disponibles en ligne depuis la mi-mai sur le tout nouveau site baignadeparfaite.com avec, en complément, un test d’auto-évaluation des installations, des jeux et des outils éducatifs pour les enfants.

Michèle Mercier, quant à elle, insiste sur l’importance de ne laisser aucun objet flottant sur l’eau en dehors des heures de baignade, car un canard de plastique ou un ballon aux couleurs vives est susceptible d’attirer les tout-petits.

En outre, elle suggère d’apporter, lors de la baignade, breuvages, collations, crème solaire et téléphone pour ne pas être tenté de laisser les enfants sans surveillance le temps d’un aller-retour à la maison.

Consignes et adulte responsable

Pour Mme Mercier, posséder une piscine exige d’avoir la patience de répéter les consignes de sécurité.

« Lorsque l’on apprend aux enfants à traverser la rue, on ne leur explique pas seulement une fois de regarder à droite, à gauche, et d’arrêter à la lumière rouge. Il faut constamment faire des rappels et c’est la même chose lorsque l’on a une piscine résidentielle. »

Pierre Foisy, résidant de la rue Tanguay et père de cinq enfants croit, pour sa part, que lors de la visite de la parenté ou d’un groupe d’amis, pour la baignade, rien ne vaut la surveillance des enfants par UN adulte désigné.

« On lui donne un sifflet et on lui dit : “Pour les 30 prochaines (15 ou 20) minutes, tu surveilles les jeunes! Au bout du laps de temps, mentionne M. Foisy, l’adulte désigné choisit un autre comparse qui prend aussitôt la relève. Le sifflet change alors de main. »

Et pendant ce temps, le père de famille suggère que l’adulte choisi ne jase pas avec les autres, ne boive pas de boisson alcoolisée, ne quitte pas les lieux mais demeure attentif et garde les yeux fixés sur la piscine et les enfants.

« Il est LE surveillant désigné et agit comme tel. Aussi, le sifflet lui rappelle sa responsabilité », de conclure M. Foisy.

Cet article a été écrit par notre collaboratrice Elizabeth Forget-Le François

 

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