Quartier de Montréal au nord de la Métropolitaine, il a su conserver la mémoire des lieux et des gens qui les ont faits, à vrai dire de tout ce qui a résisté aux développements immobiliers, aux chantiers municipaux, aux changements de maires et aux crises d’identité de la métropole.
Prenez les Sœurs de la Providence, cette congrégation religieuse qui a accueilli les démunis, les vieux et les malades quand personne d’autre ne voulait s’en occuper. Sans elles, on n’aurait pas l’Hôpital du Sacré-Cœur. Elles ont aussi laissé, entre autres, le 4C, la friperie Cartier Émilie, La Corbeille et la Maison de la Famille. On appelle cela des organismes communautaires.
Les Sœurs de Miséricorde, sur l’avenue qui porte leur nom, ont pris soin des mères seules et des bébés abandonnés quand la société leur faisait les yeux ronds. Leur couvent, on en discute encore : le transformer en logements inquiète. Effectivement, ce n’est pas du béton, c’est de la mémoire.
Sur la glace – on est au Québec ! –, les Braves d’Ahuntsic, fondés par Maurice Richard. Il voulait que les petits du quartier apprennent le hockey. Et 71 ans plus tard, 600 à 700 enfants par année enfilent leurs patins, rendant hommage sans le vouloir au Rocket. Cela nous dit quelque chose de la fierté d’ici.
La SDC Promenade Fleury, pilier et modèle du commerce local, fait qu’une rue commerciale n’est plus une rue comme les autres depuis plus de 40 ans.
Les collèges Regina Assumpta et Mont-Saint-Louis étaient ceux de jeunes adolescents d’hier, adultes aujourd’hui. Ils sont ingénieurs ou profs, et elles, infirmières ou politiciennes. Certains rentrent encore chez eux le soir dans le quartier qui les a vus grandir et disent « chez nous ».
Ces vieilles institutions – en tout cas, pas toutes – ne sont pas des musées. Elles sont vivantes et comptent encore pour les gens d’Ahuntsic-Cartierville, qu’ils soient de souche ou d’adoption. Elles sont garantes d’identité, tels des garde-fous, pour que le quartier ne glisse pas, ne perde pas son âme, ne devienne jamais un bout de Montréal interchangeable. Elles avisent les promoteurs, les élus et la population : « Écoutez-nous, il y a quelque chose ici. » Elles disent surtout qu’Ahuntsic-Cartierville restera ce qu’il est, un quartier qui sait qui il est.
Ce texte a été publié dans la version papier du JDV d’avril 2026.










