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Exclusif: Art religieux

De belles découvertes à l’Église de la Visitation

Publié le 04/07/2019
par Alain Martineau

Détail de la pièce trouvée (Photo: jdv A. Martineau)

En effectuant des travaux à l’intérieur de l’Église de la Visitation, ce printemps, les spécialistes en restauration ont fait la découverte d’une œuvre artisanale datant du tout début de la post-Conquête, autour de 1773 environ. Une belle surprise pour les amateurs d’histoire et d’arts religieux notamment et pour les habitués de l’église historique du boulevard Gouin, dans le Sault-au-Récollet.

Pendant les travaux visant à revamper la partie inférieure du mur du sanctuaire, on a dû enlever un panneau et surprise…Sur la face arrière d’une planche de merisier, se trouvait une œuvre, un décor floral de style Louis XV.

L’histoire de ce panneau est quand même fort intéressante, nous replongeant dans notre histoire.

Tout porte à croire qu’en refaisant la décoration d’origine de l’enceinte, le sculpteur David Fleury David (né dans le Sault-au-Récollet) aurait, vers 1820, récupéré et réutilisé au moins une planche de bois de l’ancien retable (construction à la verticale des décors peints ou sculptés, souvent dorés, se trouvant derrière l’autel de l’église), dont la face principale représentait une œuvre florale.

La première décoration dans l’église a été exécutée par le sculpteur français Philippe Liébert, peu de temps après la construction de l’église, mais quelques années après la Conquête.

La découverte est récente, le 12 avril dernier, selon ce que nous avons obtenu en exclusivité par Patrick Goulet, l’un des marguillers (administrateurs bénévoles) du lieu de culte d’Ahuntsic. M. Goulet nous a accueillis récemment pour nous parler de cette belle découverte, à l’intérieur même de l’église, la seule dans l’île de Montréal qui date du temps de la colonie française.

Longue phase de déco

Il faut remonter à la période 1749-1751 pour parler des débuts de construction de l’enceinte. L’église devait remplacer la petite chapelle du Sault-au-Récollet sise plus à l’ouest, dans le giron du Fort-Lorette.

Mais la période d’aménagement intérieur et de décoration s’est étalée sur 75 ans. C’est un Français d’origine qui fut mandaté dans un premier temps pour exécuter les travaux.

« Le premier sculpteur qui est intervenu fut le Français  Philippe Liébert, a indiqué M. Goulet. ll est venu ici à trois reprises, en 1764, puis de 1771 à 1773 et une dernière fois  entre 1791 et 1794 pour sculpter l’ancienne chaire et le tabernacle actuel. Puis David Fleury David, fils de la paroisse, né en en 1742, a eu le mandat des autorités de refaire la décoration (en gros, de 1815 à 1830). On a  trouvé ici  un décor antérieur à l’actuel, grâce au travail d’une équipe de restauration. L’œuvre date des environs de 1773, le tout reste à être déterminée par le Centre de conservation du Québec, constitué d’experts en la matière », a-t-il mentionné.

Mais par le biais des archives de la paroisse, on a pu en parallèle  apprendre des choses intéressantes.

« On sait que Fleury (qui a donné son nom à la célèbre rue et promenade dans Ahuntsic) s’était attaqué au retable, soit à la décoration du mur du sanctuaire, la face la plus sacrée de l’église. Fleury a fait ce travail dans les années 1820, donc ça fait quelque 200 ans, ce n’est pas rien », a noté le marguiller.

« Quand on a demandé à Fleury de refaire la décoration. On se trouvait autour de 1815. Le mandat était de refaire le décor de l’époque de Liébert, de ne rien garder, sauf les portes du sanctuaire. Récemment, en faisant les travaux, on a retourné une planche de bord qui datait de l’époque  de Liébert. Donc, Fleury aurait commis une petite faute en gardant un élément de l’ancien  décor. On ne s’attendait  pas à ça », a relevé M. Goulet.

Oeuvre de son époque

On voit sur le tableau de petites fleurs, des rinceaux dorés, dans un style rococo, cadrant parfaitement à la tendance de l’époque. (Voir photo)

Maintenant, il est possible de voir ce qu’il en reste du tableau original, témoin d’un épisode marquant de l’histoire de la paroisse du Sault, comme on aime l’appeler.

« Notre mission, a poursuivi Patrick Goulet,  est de mettre en valeur et protéger la planche en question. C’est unique, on replonge vraiment dans les sources de la Nouvelle-France, de la présence amérindienne, de l’époque des  Sulpiciens. Notre mission ici aujourd’hui est de protéger et de mettre en valeur ce nouvel élément qui s’ajoute à ce qu’on a déjà, entre autres des artefacts dans la sacristie, qui sont bien protégés », a-t-il souligné.

La direction de la paroisse a reconnu l’importance de préserver le précieux panneau et de le présenter dans sa  nouvelle vitrine d’exposition à la sacristie «pour aider à comprendre les différentes étapes d’ornementation de l’église».

Par ailleurs, on a aussi découvert lors du dégagement de  ce même panneau, un ancien fini au tombeau du maître autel sculpté par Quévillon en 1806.

« L’ornementation démontre bien que l’autel et son tabernacle (signés Liébert en 1793) devaient être, à l’origine, plus dégagés vers l’avant et donc ceinturés d’un précédent retable, et que le retable actuel à colonnes est bel et bien d’une période postérieure, et donc de la facture de l’époque de David Fleury », a conclu M. Goulet.