Ahuntsic-Cartierville doit beaucoup à l’esprit pionnier des Sœurs de la Providence et des Sœurs de Miséricorde.
Les Sœurs de la Providence

La congrégation des Sœurs de la Providence, fondée en 1843 par Émilie Tavernier‑Gamelin, a été fidèle, au fil des années, à sa vocation de charité auprès des plus vulnérables. Son histoire est intimement liée à celle de Montréal et, plus particulièrement, à celle d’Ahuntsic‑Cartierville.
Le vaste domaine que les religieuses ont acquis au début du 20e siècle, entre la rivière des Prairies et ce qui deviendra le quartier Val‑Royal, a permis l’implantation d’œuvres diverses : centre d’hébergement, services sociaux, accueil de personnes âgées, malades ou démunies.
Les sœurs sont des bâtisseuses. C’est à elles que revient la construction d’un centre d’hébergement vendu à la Ville en 2016, qui accueille aujourd’hui le Centre communautaire et culturel de Cartierville, le 4C. Un bâtiment de 8000 mètres carrés, excellemment bien entretenu, avec un immense terrain, cédé pour le quart de sa valeur foncière.
La présence des religieuses marque le paysage urbain avec l’Hôpital du Sacré‑Cœur, fondé par la congrégation en 1926. Mais également avec la friperie Cartier Émilie, la banque alimentaire La Corbeille, la Maison de la Famille, le CACI ou la Maison des Parents.
L’héritage des Sœurs de la Providence se révèle dans un réseau d’organismes communautaires qui soutiennent les familles, les nouveaux arrivants et les personnes en situation de pauvreté. Des organismes nés de leurs initiatives, puis confiés à des laïcs.
Alors que l’État et le milieu communautaire ont pris le relais dans les domaines de la santé, de l’éducation et de l’aide sociale, la congrégation s’est recentrée sur l’accompagnement de ses religieuses âgées et sur des missions à l’étranger, en Haïti ou en Égypte, par exemple.
Une ombre au tableau
La tradition de compassion et de soutien social des Sœurs de la Providence s’est accompagnée d’une part plus sombre. Cette congrégation a en effet participé activement, à la fin du 19e et au début du 20e siècle, à l’administration de pensionnats pour Autochtones dans l’Ouest canadien. Ce système a causé des traumatismes profonds et la mort d’enfants. Sans défaire les sœurs de leur responsabilité historique, c’est surtout leurs actions de miséricorde qui façonnent le regard porté sur la congrégation. Celle-ci demeure encore présente à Cartierville par son musée, ses bâtiments et les organismes qui perpétuent son œuvre sociale.
Les Sœurs de Miséricorde

Cette congrégation religieuse féminine hospitalière a donné son nom à une rue ainsi qu’à un ancien couvent – voué aujourd’hui à abriter des logements –, perpétuant ainsi leur souvenir à Cartierville.

Rosalie Cadron-Jetté, une veuve mère de onze enfants, dont six vivants, a établi sa résidence dans une petite maison du faubourg Saint-Laurent de Montréal. Elle y a accueilli des femmes enceintes célibataires, qui étaient rejetées par la société. Cette œuvre donnera naissance à la congrégation.
En 1848, sur la demande de l’évêque Ignace Bourget, Rosalie Cadron-Jetté prononce ses vœux simples. Elle devient Mère de la Nativité et fonde la communauté des Sœurs de Miséricorde. Elle sera chargée d’accueillir les mères enceintes hors mariage et les enfants abandonnés. Les religieuses qui l’accompagnent ne manqueront pas d’être accusées « d’encourager le vice ». Toutefois, leur action et leurs œuvres les mèneront à développer rapidement une expertise en obstétrique. Elles contribueront ainsi à structurer les soins de maternité à l’échelle du Canada. Elles formeront en outre les puéricultrices à l’Hôpital de la Miséricorde, dans le centre-ville, jusqu’en 1971.
Elles laissent aujourd’hui l’empreinte de leur rôle de pionnières. Par ailleurs, leurs bâtiments sont devenus des enjeux de patrimoine et de reconversion urbaine. Dans le paysage bâti montréalais, on connaît notamment l’ancien Institut des Sœurs de la Miséricorde, un ensemble conventuel fermé au cœur de réflexions pour sa reconversion. À Cartierville, non loin de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal, on trouve leur maison mère et leur couvent, sur l’avenue de la Miséricorde.
Depuis la fermeture du couvent de Cartierville en 2020, les quarante dernières religieuses, très âgées, ont quitté le quartier, marquant ainsi la fin d’une époque. Toutefois, la Famille internationale de Miséricorde est encore présente dans le quartier. La Maison de la Famille, un ancien bâtiment de la congrégation, en est le siège, et elle offre un hébergement temporaire aux religieux en déplacement à Montréal.
Autrement, le projet de conversion en logements de leur couvent inquiète les riverains, attachés au caractère paisible et à la mémoire sociale du lieu.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV du mois d’avril 2026.












