L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale (EMMIS) mène ses actions sans tambour ni trompette. Un an après son déploiement dans Ahuntsic-Cartierville, le JDV a voulu lever des zones d’ombres sur sa mission.
EMMIS n’a pas le statut d’organisme. C’est un projet créé en 2021 par la Ville de Montréal dans le but de gérer les crises sociales et les enjeux de cohabitation dans l’espace public. Son fonctionnement repose sur la coordination de prestataires de services. Dans Ahuntsic-Cartierville, où son déploiement commence en février 2025, le Centre de référence du grand Montréal (211 Grand Montréal), la Société de développement social (SDS) et Équijustice ont la charge de le mener à bien.
Bilan de la première année
Le personnel de l’EMMIS se distingue par une surveste de couleur mauve. Équijustice peut déployer jusqu’à trois duos sur le terrain entre 7 h 30 et minuit, après quoi la SDS prend au besoin le relais avec un autre duo. Le 211 Grand Montréal informe les duos des lieux où une intervention est requise par l’entremise de leur tablette de travail géolocalisée.
Un bilan partiel fourni au Journal des voisins indique qu’entre février et décembre 2025, le 211 a reçu 193 appels, et les équipes ont réalisé 232 interventions.
Champ de compétence
Les duos mènent leurs interventions sans a priori. Ils se focalisent sur les préoccupations de chaque partie afin de trouver un moyen de faciliter leur cohabitation. Sans vouloir être la voix intérieure des gens, leurs médiations visent à leur faire prendre conscience de l’impact de leurs actions sur leur environnement.
« Notre service relève d’un projet de la Ville visant à répondre à des envies de cohabitation sociale, de vivre ensemble, dans les espaces accessibles au grand public », indique Aline Bouffandeau, directrice du projet EMMIS pour Équijustice. Les duos ont ainsi compétence pour intervenir dans les bibliothèques, les stations de métro, les arénas, les parcs, les piscines municipales et les jeux d’eau.
La gestion des comportements dans les centres commerciaux peut aussi justifier un appel à la médiation. Cependant, les équipes n’interviennent pas à l’intérieur des commerces.
Mme Bouffandeau insiste sur le fait que les intervenants n’ont pas la prétention d’être des experts. L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale n’a pas non plus pour mandat de gérer la criminalité. « Nous ne nous substituons jamais à la police », assure-t-elle. De ce fait, Équijustice, qui a la charge du projet dans l’arrondissement, ne fait pas cavalier seul.
Collaboration avec les autres partenaires de la rue
De nombreuses entités qui ont pignon sur rue dans l’arrondissement auraient pu craindre que le déploiement de l’EMMIS empiète sur leur domaine de compétence. Des rencontres en amont ont toutefois permis au personnel du projet d’expliquer son écosystème et de s’arrimer avec les services locaux existants, souligne Guillaume Rivest de la direction des affaires publiques et du protocole à la Ville de Montréal dans une correspondance avec le JDV.
L’Équipe mobile de médiation et d’intervention sociale ne fait pas de suivi individuel. Cependant, elle ne laisse pas une situation s’envenimer non plus, confie Mme Bouffandeau. Lorsqu’un enjeu dépasse son champ de compétence, elle fait du référencement.
Par ailleurs, afin que l’ensemble des entités fonctionnent en parfaite intelligence, des rencontres ont lieu régulièrement. « Dans l’arrondissement, nous sommes en coordination assez proche avec la patrouille à pied du SPVM, Rap Jeunesse et PCAC », précise la directrice. Le commandant Jean-Michel Brunet indique de son côté que les policiers ont fait plusieurs références à l’EMMIS en 2025.
Un an après le déploiement du projet, sa directrice auprès d’Équijustice veut le faire connaître davantage à la population, accroître son rôle de prévention et majorer la qualité des interventions. Dotée d’un budget de fonctionnement de 50 millions de dollars, l’EMMIS est financée à parts égales (50 %) par la Ville de Montréal et le ministère de la Sécurité publique du Québec. Le contrat a été confié à 4 organismes à but non lucratif pour les 19 arrondissements de Montréal. Outre le 211, la SDS et Équijustice, il y a aussi la Coalition Pozé.
Cet article a été publié dans la version papier du JDV d’avril 2026.











