
L’organisme Rap jeunesse (Rue action prévention jeunesse) était au Café de Da, à la Maison de la culture Ahuntsic, pour une rencontre avec les citoyens sur la question de l’itinérance. L’atelier avait pour but de les outiller davantage sur le sujet.
Au regard du faible nombre de participants à cet atelier, on aurait conclu que le sujet ne représente pas un enjeu de société. Ou encore, que l’on est à l’abri et pourtant.
Tous concernés
Personne n’est vraiment à l’abri de se retrouver en situation d’itinérance, souligne d’emblée les animateurs. Pour cause, un ensemble de circonstances isolées ou imbriquées peuvent y mener. La perte de son emploi, une séparation, le coût du loyer, la révélation sur son orientation sexuelle ou sur son identité de genre, le décrochage scolaire constituent une liste non exhaustive de facteurs qui conduisent une personne en situation d’itinérance.
« Je pense qu’on peut basculer du jour au lendemain en situation d’itinérance », intervient Amélie, l’une des rares participantes à cet atelier.
L’itinérance désigne un processus de désaffiliation sociale et une situation de rupture sociale qui se manifestent par la difficulté pour une personne d’avoir un domicile stable, sécuritaire, adéquat et salubre en raison de la faible disponibilité des logements ou de son incapacité à s’y maintenir et à la difficulté de maintenir des rapports fonctionnels, stables et sécuritaires dans la communauté. Il s’explique par la combinaison de facteurs structurels, individuels et institutionnels qui s’inscrivent dans le parcours de vie des hommes et des femmes.
Le croisement de contexte, d’événements et de facteurs amène au point de bascule. Assumer que l’on se retrouve dans cette situation peut prendre un certain temps, car il y a différents types d’itinérance, souligne l’intervenant social chez Rap Jeunesse, Félix Biot.
Itinérance visible et itinérance cachée

À travers des mises en situation, les animateurs ont abordé les multiples facteurs qui concourent, souvent par effet domino, à ce que l’on retrouve dans l’une ou l’autre situation.
La forme la plus connue est l’itinérance visible. Il s’agit de personnes qui n’ont pas de logement et qui passent leur nuit dans les métros, dans des abris de fortune, comme les tentes.
Dans la province, le dernier dénombrement de 2025 indique que 12 077 personnes sont en situation d’itinérance visible. Cela représente une hausse de 20 % sur les trois dernières années. À Montréal, il s’établit à 5036 personnes, soit 42 % de l’itinérance visible au Québec.
Elle peut s’étaler sur une longue période — chronique — ou être une alternance entre l’acquisition d’un logement et la rue — cyclique.
Ils sont près du double par rapport à la capacité d’accueil des refuges.
Toutes ces personnes qui vivent dans la rue, dans les faits, ne constituent pas la plus grande portion de la problématique, précise Emma Varnier de Rap jeunesse. Elles ne sont que l’aspect visible d’un iceberg.
En effet, la plus répandue est l’itinérance situationnelle encore appelée itinérance cachée. Elle concerne les personnes qui se retrouvent temporairement sans logement.
« Les personnes qui se retrouvent dans cette conjoncture ne se considèrent pas généralement comme vivant en situation d’itinérance », souligne Félix Biot.
Cette situation englobe le fait de passer la nuit dans sa voiture, chez des amis, et, dans une certaine mesure, le loge-trotteur (couchsurfing) — lorsqu’il devient une nécessité de survie par manque de logement.
Ces personnes vivent dans l’adversité au quotidien. Rap jeunesse leur offre certains services, dont au niveau administratif. Il faudrait susciter un débat de société pour trouver des solutions pérennes afin de faciliter le vivre-ensemble, soulignent les animateurs.











