Quarante-deux studios avec l’intention de combler le vide entre l’hébergement d’urgence et le logement autonome. La Maison du Coin — Crémazie, présentée lors d’une conférence de presse à Ahuntsic le 7 mai, se veut une nouvelle façon de faire face à l’itinérance à Montréal.
La construction du bâtiment se fera sur le terrain de l’ancien salon funéraire Urgel Bourgie, sur le boulevard Crémazie, non loin du parc Sainte-Alphonse. Les travaux doivent être lancés avant l’automne, pour une livraison dans environ un an.
Le projet est financé et construit par Domicile Fixe, un promoteur spécialisé dans les logements hors marché. Mission Bon Accueil en fera l’acquisition et en assurera la gestion. Avec un coût total estimé à 15 millions de dollars, les subventions publiques couvriraient moins de 20 % de la facture. Le reste obéit aux règles du financement traditionnel. Le bâtiment sera certifié LEED et sera le premier du genre au Québec à sortir entièrement des circuits spéculatifs.
« C’est pour ça qu’on est à l’aise de dire que c’est un projet de 15 millions. Après ce qui restera à la fin, ce sont des marges standards. Peut-être un peu plus basses », a souligné Jean-François Tremblay, cofondateur de Domicile Fixe.
Un maillon manquant
La Maison du Coin — Crémazie ne sera pas un refuge. Il n’y aura pas de prise en charge des dépendances ou des troubles de santé mentale sur place. Elle s’adresse aux personnes qui ont déjà fait un bout de chemin, qui sont stabilisées et qui n’ont plus leur place dans les ressources d’urgence.
« Nous avons des services d’urgence, mais le point c’est qu’une personne qui est dans un lit de camp ou dans un refuge d’urgence ne peut pas se retrouver en stabilité », a dit Sam Watts, PDG de Mission Bon Accueil.
Le projet mise sur ce que M. Watts a appelé un « continuum de soins ». Des services intégrés adaptés aux besoins des résidents, avec des séjours d’une durée moyenne d’un an. Ce modèle existe dans l’Ouest canadien, mais c’est une première au Québec.
Un projet phare à Ahuntsic
La mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, qui a participé à la conférence de presse de présentation du projet, a défendu l’idée d’une ville plus agile face à ce type d’initiatives.
« Il faut vraiment que les constructeurs, les promoteurs, les organismes communautaires trouvent des solutions et la ville sera plus agile pour faciliter que ces projets se fassent », a-t-elle souligné.
Des voisins inquiets, un dialogue promis
Le permis pour construire la Maison du Coin a été accordé dans le cadre de ce que les administrations municipales appellent le PL 31. Les modifications apportées en 2023 à la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme permettent aux municipalités d’exempter certains projets à vocation sociale de ce processus pour en accélérer la réalisation.
Le projet n’a pas fait l’objet du processus de consultation publique. L’arrondissement a néanmoins organisé une soirée d’information avec les promoteurs pour les riverains.
« Il y avait beaucoup de questions, il y a toujours beaucoup d’inquiétude. Quand on arrive et qu’on ouvre une ressource sur l’itinérance, les gens s’imaginent ce que ça va devenir. Vous le savez, ce que les gens imaginent », a dit la mairesse d’Ahuntsic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin. Elle se dit fière d’accueillir un tel projet sur le territoire de l’arrondissement.
Mission Bon Accueil a également promis de mettre sur pied un comité de bon voisinage pour maintenir le dialogue avec les résidents du secteur.










