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DOSSIER - Neige et déneigement

Un travail complexe, et pas toujours bien compris

Publié le 22/02/2019
par Jules Couturier

Montréal connaît un hiver particulièrement éprouvant en raison du grand nombre de tempêtes [neige, verglas, pluie, gel, dégel] qui s’abattent l’une après l’autre sur la métropole. Les rues de la ville et de l’arrondissement deviennent extrêmement difficiles à parcourir en raison de la neige qui s’accumule et de la glace qui se forme après les redoux. Une situation qui rend la tâche très ardue pour les équipes de l’arrondissement responsables du déneigement sur le territoire et qui joue sur l’humeur des citoyens, pour la plupart assez mécontents du travail fait pour y remédier.

Dominique Paquin, directeur des Travaux publics, à gauche; Gilles Côté, directeur du développement du territoire à sa droite (Photo: archives jdv)

Journaldesvoisins.com s’est entretenu avec Dominique Paquin, directeur des travaux publics de l’arrondissement, pour qu’il nous explique la complexité de la tâche à laquelle lui et son équipe de déneigement sont confrontés en cette dure saison.

Un hiver particulièrement difficile

« Cet hiver est particulièrement difficile », affirme d’emblée le directeur des travaux publics.

En plus de 25 ans de carrière en déneigement, M. Paquin avoue avoir été rarement témoin de conditions aussi problématiques pour son travail. Personne dans les arrondissements de la ville, nous dit-il, ne possède de solution miracle au problème.

« Il y a eu 18 épisodes de gel puis de dégel depuis le début de l’hiver. À quatre reprises, on s’est retrouvé avec de la glace à la hauteur des trottoirs. Il a été impossible de déglacer convenablement à cause du trop grand froid. Les tempêtes ont été trop rapprochées. D’habitude, on a le temps de faire le chargement de la neige avant le déblaiement. Cette année, il est arrivé que l’on n’ait pas le temps avant la tempête suivante. »

Dominique Paquin nous explique qu’on ne peut pas faire le chargement en même temps que le déblaiement puisque tous les employés et tous les équipements sont utilisés pour chacune des deux étapes.

Photo: JDV

Possibilité de modifier les parcours?

Les citoyens d’Ahuntsic-Cartierville mécontents partagent leur frustration –notamment sur les réseaux sociaux et par courriel au jdv– et ont des suggestions à proposer. Une d’elles serait d’alterner les déneigements de jour et de nuit pour qu’il y ait davantage d’équité entre les citoyens des différents secteurs. C’est une suggestion impossible à réaliser pour le directeur des travaux publics. Il s’explique:

« Le choix de parcours de chaque camion implique plusieurs semaines de travail de coordination et de logistique. Il y a beaucoup de facteurs en jeu. Les parcours sont rodés de manière à optimiser l’efficacité du travail. Les camions de transport de neige sont en roulement 24h sur 24. Un même camion qui travaille de jour à Ahuntsic va travailler de nuit à Rosemont. Les plages horaires sont établies pour optimiser l’utilisation d’un camion à son maximum. Aussi, des changements d’horaire impliqueraient plus de risques de confusion et de perte de temps. Changer les parcours risquerait de mêler autant les employés que les citoyens et demanderait une trop longue période d’adaptation. »

Et les écoles?

Des parents se sont plaints que le déneigement a été fait, encore cette année, près d’une école de l’arrondissement aux heures de passage des écoliers le matin ou en fin d’après-midi. M. Paquin nous rappelle que c’est seulement la souffleuse qui est interdite près des écoles, le reste des équipements étant accepté. Il admet que c’est peut-être arrivé que la souffleuse ait été proche d’un établissement scolaire cette année durant la période à risque. Il essaie donc de s’ajuster, de recadrer et de sensibiliser ses collègues en réunion par rapport à cette situation. Cette précaution demeure difficile à appliquer, notamment dans un des secteurs d’Ahuntsic-Cartierville où il y a cinq écoles primaires.

Photo: JDV

Manque d’abrasifs sur les trottoirs glacés

Certains citoyens se sont également plaint que leurs rues n’avaient pas reçu d’abrasifs pour faire fondre la glace depuis plusieurs jours et, dans certains cas, plusieurs semaines. Une des explications de ce phénomène est la manière inappropriée de stationner les voitures.

« Le règlement selon lequel les voitures doivent être garées à 30 cm du trottoir est plus ou moins respecté par les automobilistes, estime M. Paquin. Les autos sont souvent stationnées en partie sur le trottoir. Le miroir dépasse parfois sur le trottoir. Certaines voitures, stationnées dans leur entrée, sont en partie sur le trottoir. C’est ce qui empêche les appareils de passer sur les trottoirs. Ils vont donc contourner certains tronçons. Avec les voitures stationnées ainsi, l’appareil ne pourra jamais faire correctement son travail. »

Des voitures stationnées sur les trottoirs. Photo: JDV

La température a également un rôle à jouer dans l’efficacité des abrasifs.

« Lorsque la température atteint -15 ou -20, l’abrasif ne fond pas et reste sur place, explique M. Paquin. Les piétons le dispersent en marchant. Certains vont même le balayer lorsqu’ils promènent leur chien pour ne pas que leur bête marche dessus. »

Politique de déglaçage?

Lors du conseil d’arrondissement du 11 février dernier, la mairesse Émilie Thuillier a d’emblée mis la table au sujet du jour au début de la réunion du conseil: le déneigement. Faisant référence à la politique qui a été mise en place par l’administration Coderre, en 2015, qui avait décidé de centraliser les opérations de chargement de la neige, Mme Thuillier a dit:

«Nous avons une politique de déneigement… Il faudra peut-être penser à avoir une politique de déglaçage», a-t-elle ajouté se référant aux derniers aléas de la météo.

Et les croque-glaces?

Plusieurs citoyens se sont questionné, à savoir où étaient les croque-glaces que la Ville-centre s’était «vantée»d’avoir acheter. N’y a-t-il pas de glace sur les trottoirs?

Questionnée à ce propos, une porte-parole de la Ville-centre, Marilyne Laroche-Corbeil, a déclaré au jdv:

«La Ville est propriétaire de 10 croque-glace (9 croque-glace pour les trottoirs et 1 croque-glace pour les rues et ruelles) et en a loué 10 supplémentaires afin de faire face aux conditions particulières qui prévalent cet hiver. Les croque-glace ont été répartis dans les arrondissements qui en ont fait la demande, et sont utilisés depuis le début de l’hiver, lorsque les conditions le permettent. Afin d’être efficaces et de ne pas abîmer les trottoirs, les croque-glace doivent être utilisés lorsque l’épaisseur de la glace et la largeur du trottoir sont suffisantes. »

Incompréhension des citoyens

Dans l’ensemble, malgré les difficultés engendrées par cet hiver particulier, le directeur des travaux publics de l’arrondissement trouve que le travail de déneigement se déroule plutôt bien.

Ce qu’il trouve difficile, en revanche, c’est l’incompréhension des gens par rapport à la réalité de son travail.

« Les gens n’ont pas la perspective globale de tout ce qu’inclut le travail de déneigement et peuvent penser que c’est facile. Mais mes collègues et moi savons que ce ne l’est pas du tout. »