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Pénurie de main-d'oeuvre...

Les aînés en renfort ?

Publié le 26/07/2019
par Jules Couturier

Le Québec est entré  récemment dans une ère de pénurie de main-d’oeuvre. Un problème qui touche directement certains commerçants d’Ahuntsic-Cartierville.

« J’ai énormément de mal à trouver du personnel, se désole Josiane Bonneau de la Chocolaterie Bonneau. Je ne sais plus comment faire pour trouver du personnel sur qui compter. »

La copropriétaire de l’établissement de la rue Fleury Ouest confie avoir entendu des échos semblables provenant de commerces voisins qui partagent cette difficulté à trouver du personnel.

« Cette pénurie de main-d’oeuvre devrait durer une dizaine d’années et l’on risque d’en entendre parler de plus en plus », estime Irène Demczuk, coordonnatrice du projet Générations au travail, réussir ensemble! de l’Association québécoise de gérontologie.

Le projet dont est chargée Mme Demczuk sert à voir et à valoriser le potentiel des travailleurs de plus de 50 ans. Ils font partie de la solution à la pénurie de main d’oeuvre selon elle.

Le projet Générations au travail

Le projet Générations au travail, réussir ensemble! est un projet subventionné par le Secrétariat aux aînés. Il organise des forums régionaux pour réunir les partenaires du marché du travail et pour échanger sur l’embauche et le maintien à l’emploi des travailleurs de 55 ans et plus. Le but est d’outiller les entreprises et de les aider à mettre en oeuvre de bonnes pratiques pour soit attirer cette main d’oeuvre, soit la maintenir en emploi.

« Les entreprises devraient fournir des horaires plus flexibles, des semaines plus courtes ou la possibilité de faire du télétravail pour permettre aux gens de profiter de leurs temps libres sans avoir à complètement quitter leur emploi non plus », nous dit Irène Demczuk.

Le projet Générations au travail vise à accompagner les entreprises pour les aider à mettre ces conditions en place.

Une question d’argent

« Le Québec est la province où les gens prennent leur retraite le plus tôt par rapport à toutes les autres provinces canadiennes. C’est également l’endroit au Canada où il y a le plus de personnes aînées qui demandent un supplément de revenu garanti puisqu’elles se retrouvent dans une situation de pauvreté à la retraite », poursuit Mme Demczuk.

Entre 30 et 40 % des gens qui retournent au travail ou y restent plus longtemps le font pour des raisons financières, estime la professeure Diane-Gabriel Tremblay de l’Université TÉLUQ. Ils se rendent compte que leur régime de retraite ou leur épargne ne suffit pas à leurs besoins.

Des avantages?

Plus souvent encore que pour des raisons financières, c’est l’intérêt pour le travail qui motive les personnes âgées à retourner sur le marché du travail.

« Souvent les gens trouvent la retraite ennuyante. Ils ont besoin du milieu social que procure le travail pour ne pas souffrir d’isolement », explique Diane-Gabriel Tremblay.

Et les aînés retournent également au travail pour transmettre leurs connaissances. C’est là que leurs intérêts rejoignent ceux des entreprises.

« Le transfert intergénérationnel de connaissances, le mentorat et l’encadrement représentent les principales raisons qu’a une entreprise d’embaucher une personne plus âgée », affirme Mme Tremblay.

Un autre avantage de retenir les services d’une personne de plus de 50 ans est la fidélité à l’entreprise.

« Les gens en début de carrière vont vouloir tester ailleurs, chercher les meilleures conditions possibles alors qu’une personne plus âgée a déjà fait le tour du marché du travail et va s’en tenir à son choix pour le reste de sa carrière », croit Diane-Gabriel Tremblay.

Le taux d’absentéisme serait aussi moins élevé chez les travailleurs plus âgés. « Les statistiques montrent que les jeunes parents s’absentent plus souvent que les employés plus vieux qui, eux, ont moins de responsabilités familiales et donc moins de raisons de s’absenter », explique Irène Demczuk.

Autre avantage que nous explique Diane- Gabriel Tremblay : « l’expérience des années permet d’être plus performant et productif, surtout dans le domaine du service ».

Un commerce peu convaincu

Josiane Bonneau de la Chocolaterie Bonneau apporte une nuance aux propos d’Irène Demczuk et de Diane-Gabriel Tremblay sur le taux d’absentéisme. La copropriétaire de la chocolaterie a embauché deux personnes trouvées grâce à un programme d’emploi pour les 55 ans et plus. Elle nous confie ses réserves, liées à son expérience.

« Les deux employées que j’ai engagées sont souvent absentes et deviennent très vite fatiguées. Si l’une travaille une semaine, la semaine suivante, elle ne viendra pas, car elle sera trop épuisée. J’ai une employée qui est en absence de maladie depuis 15 jours », souligne-t-elle.

Chez Lowe’s Canada

Lowe’s Canada, entreprise qui regroupe entre autres les grandes quincailleries Rona et Réno-Dépôt, dont on retrouve des succursales dans Ahuntsic-Cartierville, n’a pas de programme visant spécifiquement l’embauche d’employés plus âgés. De façon générale, elle favorise tout de même la recherche d’employés de toutes les générations.

Kathie Deneault, vice-présidente divisionnaire, partage la vision du projet Générations au travail. « Dans nos magasins, jumeler différentes générations permet de combler les besoins malgré la pénurie de main-d’oeuvre. Les retraités ont souvent une plus grande disponibilité et flexibilité sur le plan des horaires, notamment durant la période estivale qui est notre saison forte, ce qui nous accommode bien. Ces employés en « seconde carrière » sont aussi extrêmement appréciés de leurs collègues plus jeunes qui bénéficient d’un transfert de connaissances, d’expériences et de vécu professionnels, de mentorat, etc. Nous leur offrons un environnement de travail qui leur permet de s’épanouir et des horaires de travail flexibles. »

En fin de compte, il est évident pour tous les experts interviewés que les pertes financières associées à l’instauration d’une flexibilité d’horaires seront moins grandes que celles que vont subir les entreprises si elles ne trouvent pas de main-d’oeuvre.

Reste maintenant à prouver que ce principe peut s’appliquer dans Ahuntsic-Cartierville.

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Cet article a été publié une première fois dans notre mag papier du printemps 2019.