Sœur Françoise a bel et bien enlevé son voile

Religieuse de la congrégation des Sœurs du Bon-Conseil

C’est en regardant une photo de ma classe de 1ère année en 1956 chez les Sœurs du Bon-Conseil, sur le boulevard Gouin, que j’ai constaté le temps qui s’était écoulé depuis l’époque où les garçons portaient un uniforme de matelot et les filles une jupe et une blouse, tous figés derrière nos petits pupitres de bois, sous le regard maternel de notre enseignante Sœur Françoise.

Difficile d’imaginer Sœur Françoise sortant dans le quartier Ahuntsic, sans son voile et sa cornette empesée tel un hublot ne laissant paraître que son visage, sans oublier ses habits religieux lourds et sombres qui effaçaient complètement sa silhouette féminine.

Élève des Jardins d’enfance, je ne saisissais pas ces enjeux vestimentaires qui ont longtemps démarqué les personnes qui consacraient leur vie à Dieu des profanes qui les entouraient. Des centaines de femmes et d’hommes pratiquaient une forme de mise en commun de l’argent et du travail, partageant leur lieu de résidence souvent appelé couvent.

La faute à qui?

Les temps ont beaucoup changé, car plus aucune religieuse, sauf exception, ne circule en ville en portant le costume traditionnel de sa congrégation. Est-ce la faute à Mgr Parent et son fichu rapport? Est-ce la faute du pape Jean XXIII qui a marqué, dit-on, l’ouverture de l’Église catholique au monde moderne? Est-ce la faute au sociologue Guy Rocher qui, dans l’esprit de certains intégristes, a traqué les crucifix dans les écoles pour mieux les confisquer?

Non, la réponse est ailleurs. Ce sont les gestes qui témoignent de notre engagement spirituel. Rappelons-nous de l’adage: l’habit ne fait pas le moine. Les religieuses n’ont pas renié leur foi sans pour autant imposer leurs croyances dans leur habillement..

C’est au parloir de la maison-mère des Sœurs de Sainte-Anne, à Lachine, en visitant ma petite cousine Fernande, religieuse depuis plus d’une quarantaine d’années, que je remarque ses cheveux gris. Sœur Fernande est technicienne en radiologie à l’hôpital des religieuses de sa congrégation. Elle ne porte plus le voile.

« En 1991, à la demande des religieuses, le voile devient facultatif. Les costumes des autres congrégations religieuses de Québec suivent sensiblement la même évolution »,  explique Josianne Desloges, dans un article du quotidien Le Soleil, le 28 mars 2010.

Laïcité et gros bon sens

Au Québec, les congrégations religieuses ont amorcé ce mouvement avec la Révolution tranquille des années 1960 qui a transformé le système d’éducation et fait des religieuses dans l’enseignement des enseignantes comme leurs collègues laïques, et dans les hôpitaux des infirmières comme leurs consœurs, selon la journaliste.

Pourquoi faudrait-il absolument afficher ses croyances religieuses partout et en tout temps?,  questionne pour sa part le sociologue Maurice Angers.

Aussi, je me demande pourquoi certaines confessions religieuses tardent à s’adapter aux réalités du travail et de la vie civile dans le monde contemporain. À la limite, j’imagine mal une agente de bord d’Air Canada habillée en religieuse ou un peintre en bâtiment coiffé d’un turban.

Le sacré et le profane ne se disputent pourtant pas la place. On parle de laïcité alors qu’en fait, il s’agit souvent de simple gros bon sens.

Pierre Lussier, journaliste retraité

Résidant d’Ahuntsic-Cartierville, le 20 mai 2021


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