Les activités de l’organisme Marchés Ahuntsic-Cartierville (MAC) se tiendront-elles cette année ? Depuis la saison hivernale, cette question taraude l’esprit des commerçants qui participent à ses différents marchés. À l’orée de l’été, le doute persiste et les voix divergent.
La nouvelle administration n’avait pas eu le temps de prendre ses marques qu’elle devait déjà se pencher sur ce dossier. Producteurs agricoles et autres acteurs économiques lançaient l’alerte au conseil d’arrondissement de mars sur la possible cessation d’activité de MAC. La mairesse Maude Théroux-Séguin confiait quelques jours plus tard au Journal des voisins (JDV) que l’organisme était en situation de faillite.

Un idéal plombé
MAC – entreprise d’économie sociale et organisme à but non lucratif (OBNL) – a été fondé en 2011. Il s’était assigné la mission de faciliter la vente des produits locaux en réduisant les intermédiaires entre les producteurs et les citadins tout en luttant contre les déserts alimentaires dans l’arrondissement.
Comme un château de cartes, les activités de l’organisme se sont effondrées. Outre le marché public Ahuntsic sur la rue Basile-Routhier, le marché solidaire Sauvé contigu à la station de métro éponyme chancelle. De plus, le camion des marchés mobiles, qui permettait de rejoindre la population dans certains lieux stratégiques, a été vendu. Moins médiatisée, la carte Proximité – coupon nourricier gratuit pour les familles à faible revenu – en pâtit également.
Qu’est-ce qui a bien pu se passer pour que MAC fasse faillite ? Cette question restera de l’ordre de la rhétorique. En effet, à la mairie, tout le monde semble ignorer la réponse, et MAC fait la sourde oreille – toutes nos tentatives pour communiquer avec le rare personnel encore présent à l’OBNL sont restées sans écho. Problèmes de gouvernance ? Rentabilité défaillante ? Chacun y va de son interprétation. Quoi qu’il en soit, ces activités saisonnières constituaient une importante source de revenus pour les commerçants concernés.
Un soutien de plus de 300 000 $
Nathalie Goulet, de l’opposition officielle à la mairie, ne s’explique pas la faillite. Elle a du mal à comprendre que l’OBNL n’a pas encore fourni ses états financiers de 2025. Son parti avait, en son temps, financé avec ses propres fonds une étude de préfaisabilité d’un marché public dans l’arrondissement. Cette étude, réalisée en 2019, avait permis de lancer le marché public de la rue Basile Routhier. Et depuis, l’arrondissement a accompagné l’OBNL avec un financement de près de 350 000 $ sur six ans.
En avril dernier, Maude Théroux-Séguin avait exprimé son intention de mettre fin à cette participation, affirmant que le projet ne fonctionnait pas. Madame Goulet invite plutôt la mairesse à se mettre en mode solution, car ce projet est d’intérêt public.

Il faut sauver le marché public
Une pétition lancée pour inviter l’arrondissement à ne pas abandonner le navire a recueilli plus de 500 signatures. Si l’administration Théroux-Séguin envisage de ne plus investir dans ce projet, elle demeure cependant à l’écoute de toutes les propositions, souligne la mairesse.
Certains organismes auraient manifesté un intérêt pour la cause. Ville en vert, par exemple, souhaiterait organiser le marché solidaire à la station de métro Sauvé. Toutefois, obtenir des informations sur ce dossier s’avère très difficile, car l’organisme brille par son silence.
Pour sa part, GUEPE – Groupe uni des éducateurs-naturalistes et professionnels en environnement –, qui gère le pavillon d’accueil du parcours Gouin, souhaite reprendre le marché de la rue Basile-Routhier, ce rendez-vous commercial étant complémentaire à ses activités sur l’avenue piétonne Park Stanley, en bordure de la rivière.
Dans la recherche de solutions, les Marchés d’ici ont été approchés. Diane Seguin, directrice générale de l’organisme, confiait au JDV qu’elle ne fermait pas la porte à une intervention, à condition d’obtenir des informations sur l’écosystème de MAC. Son OBNL coordonne plusieurs marchés publics à travers la province.
L’espoir subsiste de voir les marchés de l’arrondissement s’animer de nouveau cette année, « mais il est minuit moins une », confie Nathalie Goulet pour insister sur la contrainte du temps.
Ce texte a été publié dans la version papier du JDV du mois de juin 2026.










