Les enseignants du Collège Regina Assumpta en grève ce mardi 24 octobre. (Photo: Loubna Chlaikhy, JDV)

Les enseignants du Collège Regina Assumpta se sont mobilisés lors d’une seconde journée de grève ce mardi 24 octobre, à Ahuntsic-Cartierville. Il s’agit du seul établissement privé en grève, dans le cadre des négociations de convention en cours au Québec. Reportage.

Drapeaux «En grève» plantés, pancartes à la main, boissons chaudes, tuques et mitaines, les professeurs du Collège Regina Assumpta se sont équipés pour tenir le piquet de grève toute la journée ce mardi. Il s’agit de la seconde mobilisation au sein de l’établissement privé, après une première journée de grève le 11 octobre dernier.

Augmentation des jours de congés maladie, encadrement de l’enseignement à distance, ou encore réduction du nombre d’élèves par classe sont au cœur des revendications du corps professoral.

«C’est la première fois de l’histoire de Regina Assumpta qu’il y a une grève. Même avec sœur Annette, qui est une anti-syndicaliste notoire, on était parvenu à s’entendre. Les dernières négociations, il y a 5 ans, ont également abouti à des gains de chaque côté», assure Patrick Lupien, président du Syndicat des enseignantes et enseignants du Collège Regina Assumpta (SEECRA-CSN).

Mais pourquoi les négociations ont-elles pris une telle tournure? Alors que la convention collective est échue depuis juin dernier, une porte de sortie va-t-elle s’ouvrir?

Moins d’élèves dans les classes

«Les enjeux sont tout sauf salariaux. On vise la réussite de nos élèves et, pour cela, on demande que la nouvelle convention fixe un nombre maximal d’élèves par classe au premier cycle. Théoriquement on ne devrait pas dépasser les 36 élèves, mais il suffit de dédommager l’enseignant pour ajouter des places supplémentaires. On est déjà allé jusqu’à 41 élèves en maths, ou encore 43 en sport», témoigne le syndicaliste, qui enseigne depuis 18 ans ici.

Les enseignants n’ont pas le choix d’avoir des élèves supplémentaires: cela leur est imposé. Eux réclament de fixer un vrai nombre maximal qu’on ne puisse jamais dépasser. Ils ne sont pas intéressés à être dédommagés pour le dépassement du nombre, puisqu’ils estiment que ce n’est pas bon pour les élèves d’être dans des classes surchargées.

La centaine d’enseignants ont voté la grève à 97 %. (Photo: Loubna Chlaikhy, JDV)

Cette année, aucune des classes de la centaine de professeurs de l’établissement ne compte plus de 36 élèves, selon le syndicat. «On veut une convention qui reflète ce qu’il y a actuellement dans nos classes, rien de plus. C’est pourquoi on ne comprend pas ce refus catégorique de la direction [de fixer un nombre maximal à 36]», souligne Patrick Lupien.

Selon Léandre Lapointe, vice-président de la Fédération nationale des enseignantes et des enseignants du Québec (FNEEQ), «de 15 % à 20 % des élèves du secteur privé ont des problèmes d’apprentissage, soit 8 ou 9 élèves par classe». Ce constat nécessite, selon les enseignants, de restreindre la capacité des classes afin de pouvoir assurer un enseignement pédagogique adapté à chacun.

Dans le secteur public, les classes comptent un maximum de 28 élèves en 1re secondaire, 29 en 2e secondaire et 32 en 3e, 4e et 5e secondaires.

Enseignement à distance et congés maladie

Pas de doute, le système éducatif a été particulièrement marqué par la pandémie. Parmi les effets à long terme, le développement de l’enseignement à distance est largement décrié par les syndicats, comme par certains élèves et parents.

Dans la même logique de maintien de la qualité de leurs cours, les grévistes réclament donc l’établissement de règles de travail concernant l’enseignement à distance. S’ils reconnaissent que la direction «n’a pas pris ce chemin pour le moment», ils souhaitent qu’un cadre commun garantisse les conditions de l’utilisation de l’enseignement à distance à l’avenir.

Les coups de klaxon de certains automobilistes solidaires ont ponctué la journée de mobilisation des enseignants du Collège Regina Assumpta. (Photo: Loubna Chlaikhy, JDV)

«L’enseignement à distance est mieux que pas d’enseignement du tout, mais bien loin derrière les cours en présentiel. D’autant que les choses ont changé et que l’on doit gérer les effets de la technologie sur la concentration et l’attention de nos élèves», confie Patrick Lupien.

Quant à leurs conditions de travail, les grévistes souhaitent obtenir une augmentation de leurs jours de congés maladie. À l’heure actuelle, au delà de leur banque de 8 jours, un délai de carence de 20 jours s’applique avant de percevoir la prise en charge de l’assurance maladie.

La direction pointée du doigt

Tandis que les enseignants ont passé la journée devant les grilles du collège, l’un des plus grands établissements privés du Québec, ils dénoncent un manque de volonté avec la direction. Une assemblée générale est prévue en fin de journée afin de voter un nouveau mandat de grève.

«Il y a eu 16 séances de négociation, et nous sommes en processus de conciliation avec le Tribunal du travail. Le problème est que cette direction, qui est en place depuis moins de deux ans, est arrivée à la table des négociations avec 10 demandes de reculs majeurs, une nouvelle avocate et une attitude de fermeture complète. On a eu une lueur d’espoir lors de la dernière rencontre, puis ils ont fait marche arrière. Il y a une absence de volonté d’avancer ensemble et de trouver un accord», estime Patrick Lupien.

L’absence de dialogue avec la direction est dénoncée par les grévistes. (Photo: Loubna Chlaikhy, JDV)

Le dialogue semble bel et bien rompu. Contactée par le Journal des voisins, la directrice de l’établissement de plus de 2000 élèves n’a pas souhaité répondre à nos questions à ce jour.

De leur côté, certains élèves ont lancé une mobilisation symbolique demain. Ils invitent leurs camarades à porter des pantoufles ou des bas de couleurs (interdits par le code vestimentaire) afin de montrer leur soutien à leurs professeurs. Affaire à suivre.



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