La vie des journaux locaux est plus difficile depuis cet été. Les hebdomadaires canadiens perdraient une grande partie de leurs revenus de circulaires depuis l’expansion, quasiment d’un océan à l’autre, du Raddar de TC Transcontinental en mai. Ils réclament à Postes Canada le même traitement tarifaire que celui accordé à cette entreprise. La société d’État parle d’une période de transition et dit vouloir maintenir le dialogue.
Dans un texte publié sur le site de Médias d’Info Canada, Paul Deegan, président de cette instance, dit que la chute des revenus publicitaires touche déjà la livraison de près de neuf millions d’hebdomadaires distribués chaque semaine au pays. Pour plusieurs éditeurs, ces revenus finançaient directement les coûts de distribution, qui, eux, grèvent toujours plus les budgets des publications.
Raddar est une compilation de circulaire imprimée comme un journal diffusée chaque semaine.
À Winnipeg, l’effet s’est fait sentir presque immédiatement. « Le secteur des circulaires s’est effondré du jour au lendemain, et nous avons dû prendre des décisions très difficiles », a résumé Mike Power, de FP Newspapers, lit-on dans le même texte. Son entreprise a fermé le Community Review, un journal gratuit qui desservait 200 000 ménages.
En Alberta, Duff Jamison, de Great West Media qui publie dans plus de 40 collectivités, parle d’une chute d’environ 80 % des volumes de circulaires. « Une menace existentielle immédiate pour de nombreux journaux hebdomadaires », est-il écrit.
Interpeller Ottawa
Benoit Chartier, président d’Hebdos Québec, a demandé à Joël Lightbound, ministre responsable de Postes Canada, d’ordonner à la société des tarifs postaux justes et un service de qualité pour les journaux.
Pour Paul Deegan, Postes Canada se sert de son monopole légal sur le courrier pour mener une opération commerciale qui étouffe la concurrence dans la distribution de circulaires. Cette pratique irait à contre-courant des politiques de soutien aux médias de Patrimoine canadien, pourtant cité en exemple à l’international par l’Association mondiale des éditeurs de presse The World Association of News Publishers (WAN-IFRA).
La poste répond
La société d’État dit vouloir poursuivre le dialogue avec les médias. « Nous comprenons que les journaux communautaires et les médias publicitaires locaux jouent un rôle important au sein des communautés canadiennes, et nous demeurons déterminés à les soutenir », écrit Valérie Chartrand, responsable des relations avec les médias, dans un échange de courriels avec le Journal des voisins (JDV).
On apprécie le rôle de ces publications dans l’information du public, notamment dans les régions rurales et éloignées du pays. Reste toutefois sans réponse la question de savoir si Postes Canada compte harmoniser ses pratiques commerciales avec les politiques de soutien aux médias de Patrimoine canadien.
Mme Chartrand précise que la même structure tarifaire du service Courrier de quartier s’applique aux journaux communautaires et aux circulaires, calculée selon le format, le poids et le volume.
« Les journaux communautaires pliés contenant plusieurs feuillets publicitaires non fixés sont plus lourds et plus difficiles à livrer », ajoute-t-elle.
Les termes du contrat entre TC Transcontinental et Postes Canada restent confidentiels. La société d’État se limite à dire que « la solution Raddar répond à un profil de produit particulier conçu pour répondre à un besoin du marché ».
Il reviendrait donc aux éditeurs de choisir l’option qui offre le meilleur équilibre entre coûts et résultats selon l’analyse de Postes Canada.











