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Trente-six métiers

Profession: recycleur de métal

Publié le 25/08/2018
par Joran Collet

Guillaume Lemanceau au boulot ! (Photo: archives jdv)

Vous n’avez pas fait de ménage de printemps, mais vous comptez vous y mettre avec l’automne et les journées plus fraîches? Du bac brun au bac vert, tous les moyens sont bons pour inciter au recyclage des déchets ménagers. Certains de nos biens ne sont toutefois pas aussi facilement recyclables. Ils deviennent alors une mine d’or pour certains qui leur font la chasse dans le cadre de leur métier.

Il y a près de 10 ans, Guillaume Lemanceau, un résidant de l’arrondissement, a fait un choix important : changer de carrière. Propriétaire, avec sa conjointe, d’un restaurant dans le centre-ville de Montréal, il réalise que les obligations reliées à la restauration sont trop importantes. Ils font alors le choix de vendre leur restaurant d’affaires.

Ces parents de quatre enfants décident que lui restera à la maison. C’est par hasard qu’il se tourne petit à petit vers le recyclage du métal. Un changement qu’il s’explique encore mal.

« Je ne sais pas ce qui est arrivé […] j’ai toujours été quelqu’un de manuel », souligne M. Lemanceau pour expliquer ce passage à deux professions que tout oppose.

Une décennie plus tard, il continue à parcourir les rues de l’arrondissement, et ne compte pas s’arrêter de sitôt. Son entreprise, Lucky Recyclage, occupe bien ses journées.

Dans la cour arrière

Selon M. Lemanceau, l’île de Montréal est un paradis pour tous ceux qui décident de faire du recyclage de métal. Pas besoin d’une grosse organisation, d’un vaste terrain ou encore d’avoir fait plusieurs années d’études pour se lancer dans le recyclage de métal. C’est une activité à la portée de tous, qui peut se faire dans sa cour arrière avec juste un camion, pour autant que l’on n’ait pas peur d’y mettre les efforts nécessaires, de se salir les mains et de faire preuve de persévérance.

Ce n’est toutefois pas tout le monde qui est fait pour accomplir ce genre de tâches. Au fil des ans, il voit souvent de nouvelles têtes dans le métier; certains restent un temps, d’autres partent rapidement. Faire le recyclage de métaux est une activité pleine d’incertitudes.

En effet, toutes les saisons ne sont pas propices à cette activité. La période la plus achalandée va du printemps jusqu’à l’automne, mais le temps fort, c’est l’été. Une période durant laquelle les gens jettent leurs biens pour différentes raisons, allant du déménagement aux simples rénovations.

« Ça m’arrive de faire trois rues et le pick-up est plein », s’amuse M. Lemanceau.

Une fois l’hiver arrivé, c’est toutefois beaucoup plus difficile.

Se lancer dans le recyclage de métaux, c’est aussi accepter de chercher continuellement des choses à recycler.

« C’est une profession dans laquelle on n’a pas vraiment de clients », souligne-t-il.

Le résidant d’Ahuntsic-Cartierville bénéficie toutefois d’un atout de taille puisqu’il est souvent recommandé par bouche-à-oreille dans l’arrondissement. Si vous passez devant sa maison, aucun signe ne vous permettra de savoir qu’un ferrailleur s’y cache. Les résidants des environs savent pourtant qui appeler au besoin. Certaines personnes le contactent ou viennent déposer des électroménagers directement chez lui.

C’est aussi un travail à temps plein, sept jours sur sept, puisqu’il lui arrive que des gens le contactent la fin de semaine.

« Si vous ne vous déplacez pas, c’est un autre qui tourne qui va le prendre », poursuit-il.

M. Lemanceau admet qu’il est toujours en constante recherche de matériel à ramasser. À bord de sa Deux-Chevaux, il arpente parfois tranquillement les rues de l’arrondissement, même quand il est en famille. Une déformation professionnelle comme les autres…

« Avec moi, pas d’excès de vitesse », plaisante-t-il.

Rester simple

En faisant attention à ses dépenses, le travail de ferrailleur peut être relativement rentable.

Pour M. Lemanceau, ce travail lui permet d’avoir un revenu d’appoint. Il est possible, si on y met les efforts, d’en faire un revenu substantiel. Mais lui a décidé de maintenir un petit roulement d’activités. Une méthode qui lui convient parfaitement. Il a aussi choisi de ne pas faire de réparation ou de vente de produits d’occasions. Certes, il lui arrive de garder certains objets pour lui ou pour des proches, mais, à plus grande échelle, le travail de réparation nécessiterait de tester les appareils, de les entreposer et de les revendre.

« J’ai pensé un moment prendre un petit local sur Fleury avec tout du matériel recyclé […], mais ça nécessite une autre structure », précise-t-il. « Je ne peux pas les tester […] je ne peux pas prendre la chance de les revendre et que la personne ait des problèmes avec », poursuit-il. De plus, c’est sans compter le nombre de fois qu’une machine lui a été remise « en état de marche », et qui, une fois décomposée, se soit plutôt révélée « en fin de vie ». « Neuf fois sur 10, les machines sont abîmées à l’intérieur », précise-t-il.

En quoi ça consiste

Une fois son chargement complété, c’est à Laval, et plus précisément à Met-Recy, un grand centre de récupération, que M. Lemanceau va déconstruire et revendre les biens qu’on lui confie pour être recyclés.

Une fois sur place, les différents objets sont décomposés et triés. On sépare aussi le plastique du reste, puisque celui-ci n’est pas recyclable.

« Maintenant, il y a énormément de plastique, c’est moins cher, mais au niveau recyclage, c’est terrible », souligne-t-il.

Cette partie du processus nécessite un certain nombre d’efforts puisqu’il faut complètement détruire l’objet. Le temps nécessaire quant à lui varie grandement, toutefois; pas besoin de faire dans la dentelle pour cette partie du processus.

C’est donc parfois à la masse et au « grinder » que sont réduites en différentes pièces vos vieilles laveuses-sécheuses, votre four ou même vos voitures et camions.

« À deux sur un véhicule, en quelques heures il n’est plus là », confirme-t-il.

Il faut aussi savoir distinguer les différents métaux que l’on trouve dans chaque appareil. En effet, le cuivre par exemple vaut souvent une petite fortune. Le kilo se négocie actuellement à trois dollars alors que d’autres métaux peuvent valoir 25 sous le kilo. Une somme qui peut paraître dérisoire, au premier abord, mais c’est sans compter sur le fait qu’une tonne peut être vite obtenue.

« Le cumul du poids, on l’a rapidement», précise M. Lemanceau.

Au cours de toutes ces dix années, il a vu passer un nombre incalculable d’objets recyclables. Le plus fréquemment, rien d’extraordinaire. En dehors des habituels fours ou laveuses/sécheuses sur lesquels il met la main, certains lui demandent de s’occuper de leur voiture. Il lui est déjà arrivé de se faire remettre un bateau.

Toutefois, une demande marque encore sa carrière. Une entreprise de l’arrondissement allait fermer ses portes et on lui a proposé de venir chercher une énorme quantité d’aiguilles à coudre, pour un total de plus de 600 kilos.

Cet article a été publié dans le mag papier du printemps 2018 et mis à jour par Christiane Dupont en août 2018.